‹ Racine et Victor HugoChapitre 74 sur 118 · V. HIJGU i:i' LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE, iîil · texte numérisé non relu

V. HIJGU i:i' LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE, iîil

glorifie de faire la loi aux rois et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et de terribles leçons. Soit qu'il élève les trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'il communique sa puissance aux princes, soit qu'il la retire à lui-même et ne leur laisse que leur propre faiblesse, il leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui... »

... Ou lorsqu'il s'écrie dans un autre discours :

t Nous mourons tous, disait cette femme dont l'Écriture a loué la prudence au second livre des Rois, et nous allons sans cesse au tombeau, ainsi que des eaux qui se perdent sans retour. En effet, nous ressemblons tous à des eaux courantes. De quelque superbe distinction que se flattent les hommes, ils ont tous une même origine, et cette origine est petite. Leurs années se poussent successivement comme des flots ; ils ne cessent de s'écouler; tant qu'enfin, après avoir fait un peu plus de bruit et traversé un peu plus de pays les uns que les autres, ils vont tous ensemble se confondre dans un abîme où l'on ne reconnaît plus ni princes ni rois ni toutes ces autres qualités qui distinguent les hommes; de même que ces fleuves tant vantés demeurent sans nom et sans gloire, mêlés dans l'océan avec les rivières les plus inconnues... »

Quand Bossuet parle de la sorte, il énonce des iieua; communs, je veux dire des pensées

2S2 RACINE El VICTOR HUGO.

qui n'ont rien de neuf ou d'original et que tout le monde est sans doute capable de concevoir. Cependant nul homme de sens et de goût ne s'avise d'en nier la valeur ou de murmurer avec dédain qu'il en aurait bien pu faire autant, car J'orateur souverain les a superbement marquées au coin de son style, car le prêtre les a revêtues de cette majesté supérieure et unique qu'une grande autorité personnelle rehaussant le caractère sacerdotal ajoute à la parole humaine.

Eh bien! il en est delà poésie de Victor Hugo comme de l'éloquence de Bossuet. Elle est toute remplie, toute semée de lieux communs j'allais dire qu'elle en est constituée et comme pavée, oui, pavée solidement, soit que, pensif, il pèse

Ce qu'un Napoléon peut laisser de poussière Dans le creux de la main ' !

soit qu'après la mort du roi de Rome, il s'écrie :

Tous deux sont morts. Seigneur, voire droite est terrible! Vous avez commencé par le maître invincible,

Par l'homme triomphant; Puis vous avez enfin complété l'ossuaire : Dix ans vous ont suffi pour filer le suaire

Du père et de l'enfant!

t. Deuxième ode A li coionm

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Gloire, jeunesse, orgueil, biens que la tombe emporte ! L'homme voudrait laisser quelque chose à la porte, Mais la mort lui dit non... '

soit enfin qu'il nous montre la mort en personne entrant à Timproviste, au milieu d'une orgie, dans la salle du festin :

.. Quelqu'un frappe soudain l'escalier du talon, Quelqu'un survient, quelqu'un en bas se fait entendre, Quelqu'un d'inattendu qu'on devait bien attendre.

Ne fermez pas la porte. Il faut ouvrir d'abord. Il faut qu'on laisse entrer...

Le spectre est effrayant. Il entre dans la salle. Jette sur tous les fronts son ombre colossale. Courbe chaque convive ainsi qu'un arbre au vent ; Puis il en choisit un, le plus ivre souvent, L'arrache du milieu de la table effrayée, Et l'emporte, la bouche encor mal essuyée ^ !

Lieux communs, vieilleries mille fois rebattues, disent en haussant les épaules certains raffinés que la recherche de la quintessence fait logiquement aboutir à la suppression de la pensée elle-même, par crainte et par dégoût de la banalité.

Ces raffinés sont des impuissants. Une ori-

J. Napolron 11.

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