‹ Racine et Victor HugoChapitre 80 sur 118 · V. HUGO ET LA. POESIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA. POESIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE

Cet oiseau diligent dont le chant entendu Annonce au laboureur le /"rmi qu'il a pondu;

le thé :

Le feuillage chinois qui, par un doux succès. De nos dîners tardifs corrige les excès, Et, faisant chaque soir sa ronde accoutumée, D'une chair indigeste apaise la fumée.

On a cité partout les quatre vers et les trois périphrases dont s'est servi M. Legouvé, le père, pour faire dire à Henri IV : « Je voudrais que le plus pauvre paysan de mon royaume pût au moins avoir la poule au pot le dimanche » :

Je veux enfin qu'au jour marqué pour le repos L'hôte laborieux des modestes hameaux Sur sa table moins humble ait, par ma bienfaisance. Quelques-uns de ces mets réservés à V aisance.

Un ancien traducteur de Pindare, n'osant se servir d'un certain mot, horrible à prononcer, « qui produirait, dit-il, un mauvais effet en français et suffirait pour gâter la plus belle ode du monde », le mot de... coq, le traduit ainsi, noblement : a Cet oiseau domestique dont le chant annonce le jour et qui n'a que son pailler pour théâtre de ses exploits » *,

ît. Cité par VilIcMiiain, Pindare.

26i RACINE ET VICTOR HUGO.

La révolution romantique a rendu à la langue française le service de lui sauver simplement la Vie en la débarrassant de cette vieille friperie classique qui l'enlaçait et l'étouffait comme une ronce envahissante ; elle a fait l'air autour de tant de mots du dictionnaire profondément enterrés dans l'ombre, elle les a ressuscites et rappelés au grand jour, redonnant à chacun son droit de cité dans la poésie et dans l'éloquence.

D'oiî et quand partit le signal de cette grande révolution, ou, pour mieux dire, de cette renaissance de la littérature? Est-ce bien Victor Hugo qui en a eu le premier l'idée et qui l'a mise en train"? Ne se serait-elle pas faite sans lui, et devons-nous, en bonne justice distributive, lui en rapporter uniquement 1 honneur*? Il serait imprudent et d'ailleurs fortinutile d'avoir pour notre poète tant de prétention. Un fait peut nous suf- Qre : Victor Hugo, né chef d'école, ajoué ici, un

\. Parmi les précurseurs immédiats de Victor IIuj^o, un des principaux est Slendbal, qui, vers 1820, demandait pourquoi le vers français se vanlo do n'admettre que le licrs des mots de la langue, tandis que les vers anglais peuvent tout dire.

Il convient aussi, il convient surtout de nommer à part Chateaubriand, le plus grand prosateur français du dix-neuvième siècle. S'il y a des stylos, ou du mcins dos vocabulaires plus riches, plus complets que le sien, il n'existe point de langage plus beau pour ia couleur et rbarmouia-

Page 1