‹ Racine et Victor HugoChapitre 84 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU ■XTX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU ■XTX* SIÈCLE

çaise peut, sans le secours d'aucun barbarisme ni d'aucun solécisme, tout dire, tout exprimer, tout peindre; il ne s'agit que de la connaître; ce n'est point elle qui a jamais fait défaut aux écrivains, ce sont les écrivains qui l'ont ignorée ou dédaignée. Et l'œuvre de Victor Hugo, considérée au point de vue philologique et grammatical, n'est pas autre chose que la démonstration la plus éclatante qu'aucun écrivam français, à la fois poète et prosateur, ait encore faite de cette vérité.

Ce conquérant qui s'amuse à prendre les allures d'un Attila littéraire est, ne vous y trompez pas, un amant aussi respectueux que Boileau de notre belle langue, un observateur aussi plem de scrupules que Vaugclas des règles essentielles de la grammaire française. Dans la même pièce des Co?z/em/?/rt^/o»6-, après avoir raconté commeni il ûta du cou du chien stupéfait son collier d'épithètes, comment il fit fraterniser dans l'herbe la vache et la génisse, et comment il osa le premier nommer le cochon par son nom, le chef de l'armée romantique crie à ses troupes victorieuses ce mot de ralliement :

Guerre à la rhétorique, et paix à la syntaxe ' 1 i, Répome à un acte d'accusation. — En IS'iP, (if^xi-. In pré-

La syntaxe, en effet, n'a point eu à se plaindre de Victor Hugo. Jamais ce terrible homme ne lui a fait subir les attentats violents dont le doux Lamartine est coutumier *.

Cette alliance de la plus grande richesse possible du vocabulaire avec une correction magistrale compose la rare excellence de Victor Hugo comme écrivain ^ Je ne connais point de poète en France, et je ne connais que deux prosateurs qui puissent lui être comparés pour la possession aisée et puissante de l'organe qu'ils manient et pour leur connaissance approfondie de toutes

face des Odes et Ballades, Victor Hugo avait écrit de même : « Plus on dédaigne Ja rhétorique, plus il sied de respecter la grammaire. On ne doit détrouer Arislote que pour faire régner Vaugelas. »

4. Ces fautes de Lamartine gâtent vraiment le plaisir qu'on goûte à sa lecture. Boilcau a raison; l'auteur le plus divin cesse de nous ravir, quand la langue ou la grammaire souiïre et se plaint trop haut, comme dans les vers suivants :

A l'angle d'un buisson, sous un tronc de charmille. Un jeune montagnard, près d'une jeune fille, Sur la même racine étaient assis tous deux.

Jocelyn. — Troisième époque.

2 Les futurs auteurs ne glossaires de Victor Hugo auront néanmoins à relever certaines anomalies. Ainsi le moi traître est souvent employé par lui comme un féminin. Est-ce par inattention ou en connaissance de cause? Je ne trouve dans le dictionnaire de Littré qu'un exemple de cette forme; c'es? ce vers de La Boétie :

Traistre beauté, venimeuse doulceur.

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