V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
pic, OU doux infiuitifs de même nature, affreuse et malheureuse ^ révéler et celer :
Esl-ce là celte reine auguste et malheureuse, Celle de qui la gloire et l'infortune affreuse Retentit jusqu'à moi dans le fond des déserts? Voltaire, Mérope.
Je vais te révéler Des secrets qu'à ta foi je ne puis plus celer.
(Exemple cité par M. Th. de Banville.)
Voilà de pauvres rimes, quoiqu'elles aient bien assez de lettres consonantes, puisqu'elles en ont même un peu plus que ce qui suffit strictement. La médiocrité des rimes est l'usage constant au dix-huitième siècle.
Quelques faiblesses accidentelles dont on a fait trop de bruit ne doivent point nous empêcher de dire qu'en règle générale il n'en avait pas été amsi des grands poètes de notre belle époque classique. Malherbe, Corneille, Molière, Racine, tous enfin, à l'exception de La Fontaine, qui n'est pas un modèle en tant que rimeur et qui semble avoir continué sur ce point les errements du XVI® siècle où la valeur de la rime n'était pas encore comprise ', à l'exception aussi du brave
i. M. Becq de Fouquières cite un exemple topique de ce dé-
Boileau, qui n'a pas toujours réussi dans ses plaisants efforts pour « attraper » la rime, et qui d'ailleurs n'est pas un grand poète, tous nos grands classiques en général riment avec un soin très suffisant au delà duquel il n'y a plus qu'excès puéril et dangereux. Voici, à titre d'exemple, seize vers consécutifs du célèbre discours de Cinna aux conjurés, que je cite afin d'établir nettement aux yeux du lecteur le caractère essentiel de la rime riche dans notre poésie classique :
Lui mort, nous n'avons point de vengeur ni de maître ,'
Avec la liberté Rome s'en va renaître;
Et nous mériterons le nom de vrais Romains.
Si le joug qui l'accable est brisé par nos mains.
Prenons l'occasion tandis qu'elle est propice :
Demain au Capitule il fait un sacrifice ;
Qu'il en soit la victime, et faisons en ces lieux
Justice à tout le monde à la face des dieux.
faut d'oreille et d'intelligence musicale des poètes du seizième siècle Ce sont ces vers de Ronsard, parlant de la vertu :
Si elle s'augmentait, sa force fût montée Au plus haut période, et tout serait ici Vertueux et parfait, ce qui n'est pas ainsi.
Période et parfait étant les mots de valeur, tandis que ici et ainsi n'ont aucune imporlance, ces vers, pour être bien faits, devraient être retournés de la façon suivante :
Sa force fût montée au plus haut période, Et tout serait ici vertueux et parfait.
Voy. le Traite général de versification (rançai^r, p. 74,