‹ Racine et Victor HugoChapitre 91 sur 118 · V. HUGO CT LA POESIE FRANÇAISE AU XIX' SIIXLK · texte numérisé non relu

V. HUGO CT LA POESIE FRANÇAISE AU XIX' SIIXLK

Là, presque pour sa suite il n'a que noire troupe; C'est (ie ma main qu'il prend et l'encens et la coupe; Et je v.:ux pour signal que cette même main Lui donne, au lieu d'encens, d'un poignard dans le sein. Ainsi d'un coup mortel la victime frappée Fera voir si je suis du sang du grand Pompée; Faite.s voir, après moi, si vous vous souvenez Des illustres aïeux de qui vous êtes nés.

Voilà de belles et bonnes rimes; mais remarquons bien ce qui constitue surtout leur excellence : la richesse des rimes de Corneille consiste beaucoup m'^rnsdans la quantité de lettres ou de syllabes pareilles alignées les unes audessous des autres que dans l'importance et la sonorité des mots dont le grand poète a instinctivement fait choix pour terminer chacun de ses vers. Main et seni , sacrifice et propice, maître et renaître, ne sont, par elles-mêmes, que des rimes suffisantes; mais ce sont les mots nécessaires, et la valeur solide de l'idée communiquant sa force à l.i rime, celle-ci fait dès lors aussi bonne figure pour le moins que si elle s'appuyait sur un cortège brillant de consonnes.

Comme la rime riche bien entendue, la « dislocation » de l'alexandrin n'était pas non plus chose nouvelle, du moins dans une certaine

mesure : réserve indispensable, car la principale différence du vers classique et du vers appelé romantique, faute d'un meilleur mot, consistant en ce que le second est plus librement coupé, on la ferait totalement disparaître pour peu qu'on exagérât la ressemblance des bons vers de l'un et de l'autre type \ Cette ressemblance existe pourtant , et nous ne pouvons pas accepter comme la vraie formule du vers classique la fameuse règle de Boileau :

Que toujours dans vos vers le sens coupant les mots Suspende l'hémistiche...

Le bon Boileau, ouvrier exact, fabriquait avec une louable application des vers bien carrés et solides ; mais de grands artistes, tels que Racine et La Fontaine , ont maintes fois donné à l'alexandrin classique un aspect plus varié et plus intéressant que cette symétrie parfaitement régulière qui le faisait comparer par Stendhal aux deux branches d'une pincette.

Pour prendre mon premier exemple au cœur même de la poésie classique, les vers suivants du songe d'Athalie :

i. Et en effet, comme on le verra plus loin (note de la page 304), il n'y a aucune différence fondamentale entre les bons vers classiques et les bons vers romantiques.

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