‹ Racine et Victor HugoChapitre 95 sur 118 · V. HUGO ET 14. l'OÉSIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET 14. l'OÉSIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE

Lents,courbés, et sur leurs manteaux croisantles mains.

(M. Catulle Mendès.)

Tout l'ensemble de sa vision meurtrière.

(M"'= LOUISA SiEFERT.)

Lui qui vécut dans les murs froids d'une mansarde

(M. François Coppée.j

Et ce centre, tu le sais bien, n'existe point.

Sache voir l'univers

Autrement que comme un poème '.

(M. Jean Ricuepin.)

Quand le vers on esL là, sa ruine étant complète, la prétention serait un peu forte de vouloir encore le régler, le maintenir, et d'empêcher, par exemple, le môme mot d'occuper à la t'ois l'un et l'autre hémistiche, comme dans le distique suivant :

Le train parti de Versailles pour Saint-Lazare, Étant omnibus, s'arrêtait à chaque gare 2.

i. Je ne range point au nombre de ces lignes faussement appelées vers l'alexandrin suivant de M. Théodore de Banville :

Les clairs feuillages sous les rayons semblaieut rire,

parce qu'ici il y a un effet qui peut justifier très exceptionnellement l'excessive irrégularité de la coupe.

2. Je change un peu deux vers tirés d'une charge spirituelle et amusante dont l'auteur est M. Jules Lemaître; mais ou sait assez qu'il ne manque pas, dans la poésie contemporaine, de vers analogues écrits de bonne foi, puisque un poète comme M. Jean Aioard (sans parler des décadents) a bien dit ou plutôi fort mal dit :

F.t j'aspire ton souvenir avec ivresse.

1! cstirallleiK-< beaucoup plus facile d'adinettre, à t Irc d'excep-

290 RACINE Ef VICTOR HU&O.

Voilà la versification du progrès, je n'osp. pas dire la poésie de l'avenir!

Sans doute, Victor Hugo a poussé plus loin que La Fontaine et même qu'André Cliénier les effets nouveaux de rythme poétique dus à des discordances qui ne sont qu'apparentes et qui se résolvent en harmonie pour toute oreille convenablement exercée; mais jamais il n'est allé jusqu'à rompre l'équilibre nécessaire du mètre. Les vers absolument boiteux, comme ceux dont je viens de donner des échantillons, sont introuvables dans les poésies de toute sa belle époque, et je doute fort qu'on pût en découvrir même dans celles de sa caducité, car la décadence chez Victor Hugo a eu pour caractère l'appauvrissement de la substance, non point le relâchement de la forme ; en devenant de plus en

tion rarissime, bien entendu, certains vers ou l'hémistiche s'efface au milieu d'un beau mot significatif et sonore, que ceux où l'hémistiche s'accroche et '^e heurte à de gauches particules monosyllabiques. C'est ainsi (|ue le vers suivant de Baudelaire (ou de M. Richepin) :

Et nous allons appareiller pour les étoiles

est infiniment plus harmonieux et plus facile à mesurer que les absurdes échantillons cités tout à l'heure. Ce vers se scande en effet de la meilleure grâce du monde en trois groupes de quatre syllabes :

Et nous allons — appareiller — pour les étoile».

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