V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE
plus vides de pensée et finalement d'imagina- . lion, ses vers ont conservé jusqu'à la fin leur ancienne fermeté de structure,
Le Poème du Jardin des plantes^ dans l'Ar dètrz grand-père^ s'ouvre par ces alexandrins dont presque aucun n'a la césure classique, mais que tout esprit un peu cultivé mesurera aussi vite et aussi facilement que des hexamètres de Boileau :
Le comte de Buffon fut bonhomme. Il créa
Ce jardin imité d'Évandre et de Rhéa
Et plein d'ours plus savants que ceux de la Sorbonne,
Afin que Jeanne y puisse aller avec sa bonne;
Buffon avait prévu Jeanne, et je lui sais gré
De s'être dit qu'un jour Paris un peu tigré,
Complétant ses bourgeois par une variante,
La bêle, enchanterait cette âme souriante ;
Les enfants ont des yeux si profonds, que parfois
Us cherchent vaguement la vision des bois;
Et Buffon paternel, c'est ainsi qu'il rachète
Sa phrase sur laquelle a traîné sa manchette,
Pour les marmots, de qui les anges sont jaloux,
A fait ce paradis suave, orné de loups.
Torquemada, dansle drame qui porte son nom, de mande à François de Paule s'il faitdes miracles, et le saint lui répond en beaux vers, librement et admirablement coupés, qu'il ne fait pas de miracles, mais qu'il adore Celui qu'il voit en faire :
; J'en vois. Tous les matins l'aube argenté les eaux, ^ L'énorme soleil vient pour les petits oiseaux, ' La table universelle aux affamés servie
Se dresse dans les champs et les bois, et la vie Emplit l'ombre, et la fleur s'ouvre, et le grand ciel bleu Luit; mais ce n'est pas moi qui fais cela, c'est Dieu.
J'ai pris à dessein mes exemples dans les dernières ou dansles moindres productions du grand poète; car, si je remontais aux chefs-d'œuvre, il me deviendrait trop facile, trop difficile plutôt, au milieu de tant de richesses, de choisir les spécimens les plus remarquables de discordance savante et harmonieuse. Je n'en rapporterai qu'un de cette classe, tout simplement celui que cite M. Becq de Fouquières, le duel de Roland et d'Olivier dans la Légende des siècles :
Le duel reprend. La mort plane, le sang ruisselle, Durandal heurte et suit Closamont; l'étincelle Jaillit de toutes parts sous leurs coups répétés. L'ombre autour d'eux s'emplit de sinistres clartés. Ils frappent; le brouillard du fleuve monte et fume;; Le voyageur s'effraye et croit voir dans la brume D'étranges bûcherons qui travaillent la nuit.
Le jour naît, le combat continue à grand bruit; La pâle nuit revient; ils combattent; l'aurore Reparaît dans les cieux, ils combattent encore.
Examinez presque tous les alexandrins de'