‹ RacineChapitre 13 sur 30 · LA BATAILLE DRAMATIQUE. — AMIS ET EN'XRMIS · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DRAMATIQUE. — AMIS ET EN'XRMIS

Ce caractère et ce tour d'esprit assuraient à Racine de solides amitiés et des protecteurs à la cour, mais aussi beaucoup d'inimitiés. Le nombre de ses amis et de ses ennemis s'accrut encore, et surtout, des enthousiasmes et des colères que soulevaient les nouveautés de son théâtre.

A l'époque de ses débuts. Racine s'était étroitement lié avec quelques-uns des gens de lettres les plus célèbres de sa génération, d'abord La Fontaine, puis Molière, Boileau et Chapelle. Ce sont les habitués du Mouton blanc et des dîners d'Auteuil. Nous les retrouvons plus tard, avec Charles de Sévigné et quelques seigneurs de la cour, aux soupers de la Champmeslé, « des soupers délicieux, c'est-à-dire des diableries (1) ». Mais Molière manque alors à l'appel, Molière fatigué, malade, d'ailleurs à demi brouillé avec l'auteur d'^lexandre. Plus tard. Racine est en relations amicales

(1) Lettre de il™^ de Sévigné à M"» de Grignan, 1«' avril 167L

avec Bossiiet, Nicole et Arnauld, La Bruyère, Valincoiir, le voyageur nernior, les Pères Hourdaloue, Bouhours et Kapin. Mais, pour Hacirïe, l'ami de toute la vie, le conlident des ambitions et des mécomptes, le conseiller intime, ce fui Boileau. Dans l'automne de IGGIi. l'abbè Le Vasseur, se trouvant à C.rône près de Villeneuve-Saint-Georges, où la famille de Boileau possédait une maison, avait montié au saliri(juc un ouvrage de Hacine, soit, comme on l'a dit, V Ode de la Henommce, soit plutôt le manuscrit de la Thrlxiide. Boileau y avait reconnu des promesses de talent et avait seulement joint aux compliments quelques observations de détail. Peu de jours a[)rès, Bacine écrivait : « Je suis fort obligé à l'auteur des Hefnarques et je l't'stimt' infiniment. Je ne sais s'il ne me sera point permis <|u('l<|ue jour de le connaître » (< ). L'abbé Le Vas'^eu^ se cliai gea de les présenter l'un à l'autre. (ïc fut b^ point de départ de cette étroite et féconde amitié qui fait tant d'honneur à tous deux. Dans le monde des lettres, à la cour, à l'Académie, on ne séparait guère leurs dfux noms. On les louait, on les honorait, on les altacjuait ensemble :

Si Boileau de Hacine embrasse riritérét,

A détendre Boileau Racine est toujours prêt (2).

Ce qui liait si fortement les deux poètes, ce n'était pas seulement une très vive sym|)alhie et l'estime réciproque, c'était encore la communauté des idées littéraires. Très vite Boileau avait pris sur l'esprit mobile et inquiet de Bacine un grand ascendant. Il le mettait en trarde contre certaines tendances de son imai^'iualion comme de son caractère. Il l'arrêtait dans sa campagne contre Nicole, le réconciliait avec Port-Uoyal, l'appuvait à la cour, le s(»utHnait a[)rès P/ièdrr et Atlinlie. En tout, il le maintenait dans le bon chemin, l'aidait a

(r Lettre à !•■ Vasseur, décembre 1663. (2) Pradon, Epitre o Alcanire.

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