‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 12 sur 130 · LA « NYMPHE DE LA SEINE · texte numérisé non relu

LA « NYMPHE DE LA SEINE

Ils sont des plus grands rois l'agréable séjour ; Us le sont des plaisirs, ils le sont de Tamour. n n'est rien de si doux que l'air qu'on y respire. Je reçois les tributs de cent fleuves divers. Mais de couler sous votre empire, C'est plus que de régner sur l'empire des mers.

Oh ! que bientôt sur mon rivage

On verra luire de beaux jours !

Oh ! combien de nouveaux Amours

Me viennent des rives du Tage î Que de nouvelles fleurs vont naître sous vos pas ! Que je vois après vous de grâces et d'appas Qui s'en vont amener une saison nouvelle 1 L'air sera toujours calme et le ciel toujours clair ;

Et près d'ime saison si belle L'âge d'or serait pris pour un siècle de fer.

Oh ! qu'après de rudes tempêtes

n est agiéable de voir

Que les Aquilons, sans pouvoir,

î!^'osent plus gi'onder sur nos têtes ! Que le repos est doux après de longs travaux ! * Qu'on aime le plaisir qm suit beaucoup de maux ! Qu'après un long hiver le printemps a de charmes ! Aussi, quoique ma joie excède mes souhaits.

Qui n'aiu:ait point senti d'alarmes Pourrait-il bien juger des douceiu:s de la paix?

J'avais perdu toute espérance,

Tant chacun croyait malaisé

Que jamais le ciel apaisé

Dût rendre le calme à la France :

Mes champs avaient perdu leyrs moissons et leiu^ fleurs ; Je roulais dans mon sein moins de flots que de pleurs : La tristesse et l'efîroi dominaient sur mes rives : Chaque joiu: m'apportait quelques malheurs nouveaux ;

Mes nymphes, pâles et craintives, A peine s'assuraient dans le fond de mes eaux.

De tant de malheurs affligée.

Je parus un jour sur mes bords,

30 RACINE. — GHAP. III

Pensant aux funestes discords Qui m'ont si longtemps outragée ; Lorsque d'un vol soudain je vis fondre des cieux Amour, qui me flattant de la voix et des yeux : « Triste nymphe, dit-il, ne te mets plus en peine ; « Je te prépare un sort si charmant et si doux,

« Que bientôt je veux (jue la Seine (( Kende tout l'univers de sa gloire jaloux.

« Je t'amène, après tant d'années, « Une paix de qui les douceurs, X(. Sans aucun mélange de pleurs, « Feront couler tes destinées.

« Mais ce qui doit passer tes plus hardis souhaits, « Une reine viendra sur les pas de la paix. « Comme on voit le soleil marcher après l'aurore, « Des rives du couchant elle prendra son cours ;

« Et cet astre surpasse encore « Celui que l'Orient voit naître tous les jours. »

L'ode, avant d'être présentée au joi, avait été soumise au jugement de Cha])elain, « le mieux rente de tous les beaux esprits » et qui se qualifiait lui-même « le premier ])oète du temps », titre que ])crsonnc encore ne songeait à lui contester. Or, sur les détails de la présentation et sur ce qui s'ensuivit, nous avons les confidences mêmes du poète dans une lettre à Le Vasseur :

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