GLOIRE A JESUS-CHRIST ET AU TRES SAOT SACREMENT
Ayant appris que vous aviez dessein de faire ici un voyage, j'avais demandé permission à notre Mère de vous voir, parce que quelques personnes nous avaient assurées que vous étiez clans la pensée de songer sérieusement à vous ; et j'aurais été bien aise de rapprendre par vous-même, afin de vous témoigner la joie que j'aurais, s'il plaisait à Dieu de vous toucher; mais j'ai appris depuis peu de jom's une nouvelle qui m'a touchée sensiblement. Je vous écris dans l'amertume de mon coMir, et en versant des larmes que je voudrais pouvoir répandre en assez grande abondance devant Dieu pour obtenir de lui votre salut, qui est la chose du monde que je souhaite avec le plus d'ardeur. J'ai donc appris avec douleur que vous fréquentiez plus
34 RACINE. — ClIAP. III
que jamais des gens dont le nom est abominable à toutes les personnes qui ont tant soit peu de piété, et avec raison, puisqu'on leur interdit l'entrée de l'église et la communion des fidèles, même à la mort, à moins qu'ils ne se reconnaissent. Jugez donc, mon cher neveu, dans quel état je puis être, puisque vous n'ignorez pas la tendresse que j'ai toujours eue pour vous, et que je n'ai jamais rien désiré, sinon que vous fussiez tout à Dieu dans quelque emploi honnête. Je vous conjure donc, mon cher neveu, d'avoir pitié de votre âme, et de rentrer dans votre cœm- pour y considérer sérieusement dans quel abîme vous vous êtes jeté. Je souhaite que ce qu'on m'a dit ne soit pas vrai ; mais si vous êtes assez mallieureux pour n'avoh' pas rompu un commerce qui vous déshonore devant Dieu et devant les hommes, vous ne devez pas penser à nous venir voir ; car vous savez bien que je ne pourrais pas vous parler, vous sachant dans un état si déplorable et si contraire au cluistianisme. Cependant je ne cesserai point de prier Dieu qu'il vous fasse miséricorde, et à moi en vous la faisant, puisque votre saJut m'est si cher.
Les mauvaises fréquentations dont il est parlé dans cette lettre, c'étaient celles des comédiens et surtout des comédiennes. A l'endroit où nous sommes parvenus de la vie du poète, il ne faisait que d'entrer en relations avec eux : pensant être plus heureux avec l'hôtel de Bourgogne qu'avec le Marais, il prenait les conseils d'une demoiselle Beauchâteau, comédienne de la « troupe royale '\ pour une tragédie ou, plus probablement, une comédie romanesque qu'il rêvait d'écrire sur les Amours d'Ovide. Il la remerciait de ses conseils en l'appelant « la seconde Julie d'Ovide ». Et les choses n'allaient pas plus loin. Mais il reèserrait son commerce avec l'abbé Le Vasseur et Jean de La Fontaine, La Fontaine dont les fugues devenaient plus fréquentes à mesure et qui maintenant, pour un oui, pour un non, lâchait Château-Thierry et son acariâtre