‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 16 sur 130 · RACINE A UZÈS · texte numérisé non relu

RACINE A UZÈS

/. Racine aspirant au petit collet. — //. Le sentiment de la nature chez Bariiic — ///. Mafcriaux pour les tragCdies futures.

Le vicaire général d'Uzès est un de ses oncles maternels, Antoine Sconin, ancien abbé de Sainte-Gene^^ève de Paris, homme docte, remuant et volontaire.

Bon guide pour une chasse aux bénéfices ! C'^est pour tenter d'en atteindre un que Racine s"est mis en route. Et sa famille, qui s'inquiète de ses fréquentations pari- -iennes, l'a vu d'un bon œil répondre à l'appel de cet oncle puissant et serviable, le seul des huit oncles maternels de Racine qui ne fût pas un « franc rustre » et qui éprouvât quelque tendresse^payée de retour, pour le fils de Jeanne Sconin.

Le prétexte du séjour de Racine à Uzès est l'étude de la théologie. Et. de théologie. Racine s'occupera bien un peu près de son oncle ; il lira même la Bible avec passion, mais en poète, comme il fait de tous ces auteurs grecs, latins, espagnols, italiens, dont il compose des extraits ou qu'il s'exerce à traduire. H trouvera bien encore le temps de travailler pour lui et de cultiver ses dons naturels. Les petites pièces mythologiques et galantes se multiplient sous sa plume, comme les Bains de Vénus (fâcheu-

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sciuoiit perdus), les jolies Stances à PartJiénisse et cette petite pièce sans titre enchâssée dans une lettre à M. Vitaid et dont la « chute » est si heureuse :

Le ciel est toujours clair tant que dure son cours Et nous avons des nuits plus belles que vos jours.

C'est peut-être le premier vers vraiment « racinien » du poète. Il porte la date du 17 janvier 1662 et il est né à Uzès, — Uzès, cette seconde Scythie !

Ces gens d'Uzès n'étaient pourtant pas tout à fait les barbares que dit Racine ; ils avaient des lettres, et leurs fiUes étaient jolies. L'une d'elles faillit prendre le cœur de notre poète. Il se ravisa au second examen et par prudence sans doute autant que par discernement. Cette même prudence lui commandait de ne point trop se répandi-e dans la société d'Uzès, pour ambitieuse qu'ell(> fût de se frotter à un jeune bel esprit parisien distingué par ]M. Chapelain. Il décimait les invitations, ne se montrait dans les rues qu'escorté d'un « révérend père », affectait une gravité au-dessus de son âge et restreignait à peu près sa vie au petit cercle de ses li\Tes.

Pure comédie ! Le voyez-vous, ce faux étudiant en théologie, qui se nourrit secrètement d'ambition et de littérature? Un ancien juge au tribunal d'Uzès a recueilli, aux archives de l'ancien évêché, quelques traits de ce Racine théologien, qu'il a communiqués à M. André Hallays :

Sa chevelure brune retombait sur un collet de batiste tout uni et n'ayant point de glands à ses deuxibouts, un vi'ai collet ecclésiastique ; sa toilette était à l'avenant, c'est-à-dire d'une simplicité qui sentait la gêne ; l'habit noir était de drap, mais râpé ; le manteau mourait de vieillesse ; les bas étaient de grosse laine, les souliers très forts ; il aimait beaucoup la marche et s'en allait souvent rêver à travers champs,"pensant sans doute à autre chose qu'à la médiocrité de sa bourse...

Ce Racine-là est le Racme édifiant et officiel : le vrai Racme, nous l'avons dans les lettres de cette époque à ses amis de Paris. EUes sont proprement un régal. Sérieux

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