‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 2 sur 130 · JI RACINE — AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

JI RACINE — AVANT-PROPOS

C'est une condition assez bonne malgré tout pour apprécier l'œuvre du poète à sa valeur. Et peut-être jugeonsnous mieux Racine écrivain ou l'entendons-nous mieux que ne le faisaient les contemporains.

Mais connaissons-nous l'homme aussi bien? Quel était-il? Et l'image que nous nous en faisons ressemble-t-elle à l'image qu'on s'en faisait de son vivant? 11 est difficile de l'assurer. Si l'écrivain appartenait h tous, au dix-septième siècle l'homme n'intéressait qi»e ses amis et les gens de. sa parenté. Or, nous n'avons sur l'homme chez Racine que des témoignages très brefs, comme les cinq lignes nécrologiques de Saint-Simon, ou trop visiblement intéressés, comme les filandreux Mémoires de son fils. Et il faut donc nous résigner à le recréer de toutes pièces ou quasi. Mais à peine quelques traits de sa physionomie commencent-ils à se dégager que l'œuvre intervient et nous rejette sur l'auteur. C'est l'écueil presque inévitable des biogra])hies littéraires. J'imagine que, ])our bien écrire la vie de Racine, il faudrait ne se souvenir de l'écrivain que dans ses rapports avec l'homme et traiter celui-ci comme on fait des héros de roman. I^e miracle d'équilibre qu'est cette vie au milieu des traverses et des contradictions les plus violentes nous deviendrait tout de suite sensible par ce biais : avec les faits que nous fournit la vie de Racine on construirait un merveilleux personnage dans la manière des héros de Balzac ou de Mérimée, qui serait plus près de la vérité peut-être, plus cohérent en tout cas, que le Racine épars, fragmentaire et inconsistant des biographies habituelles, — y compris celle qu'on va lire.

Ch. L. G.

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