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CHAPITRE VIII

ANDROMAQUE

Suite de la brouille avec Molière. — II. La première passion

Racine. — III. La merveille (TAndromaque. — IV. Si Racine

n'a peint que des personnages de cour ou l'homme de tous les temps.

« Racine, le tendre Racine, aurait eu peu de chose à faire pour être méchant », a écrit quelque part Sainte- Beuve. Le poète n'habitait plus chez son cousin Vitart ; il avait cessé à l'hôtel de Luynes ses fonctions de sousintendant et pris logement en \'ille, rue de Grenelle-Saint- Germain, où nous le retrouvons à l'automne de 1667. Il y mettait la dernière main à une nouvelle pièce : Andromaque, dont il faisait répéter le principal rôle à imc actrice qu'il avait connue chez Molière et cpi'il venait de lui enlever : la Duparc.

On allègue pour son excuse que, s'étant brouillé avec Molière, il croyait n'avoir plus de ménagements à garder avec lui. Et l'excuse est plaisante. MUe Duparc n'était point sans doute de ces talents supérieurs qui font la fortune d'un théâtre. Cependant nous savons par Molière lui-même qu'elle avait du naturel et qu'elle s'était fort bien acquittée du rôle de Climène dans la Critique de V École des femmes. En outre elle tenait les premiers emplois de tragédie dans la troupe du Palais-Royal et on ne pouvait la remplacer au pied levé dans cette troupe, numé-

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jiqiiement assez faible, mais très étroit ment serrée jusqu'alors autour de son chef. Attachement d'autant pin touchant et honorable, comme l'a remarqué Eugène Despois, qu'à cette date Mohère était loin d'avoir établi solidement sa fortune. Les deux seules défections qu'on signale dans la troupe sont celle de Brécoiu't qui, en 1664, passa du Palais- Royal à l'Hôtel de Bourgogne (1), et celle de la Duparc, qui était, il est \Trai, une récidiviste de la désertion, ayant déjà, en 1659, lâché Mohère pour le théâtre du Marais ; mais, sauf ces deux acteurs, aucun des autres membres de la troupe, de 1658 à 1667, n'avait cédé aux « tentations d'intérêt et de renommée qui pouvaient les atther ailleurs » (Despois). Et peut-être la Duparc ellemême n'y eût-elle pas cédé, si Racine, dans l'intervalle, n'avait pris la dkection de ses affahes et commencé de régenter son cœur en même temps que sa maison.

Voici donc la première liaison certaine du poète. Racine avait vingt-huit ans en 1667 ; la Duparc, trente-cinq. Elle était veuve, depuis 1664, du comédien René Berthelot, sieur Duparc, un des premiers acteurs de la troupe de Molière, dans laquelle elle était entrée en 1653 ; elle avait été, dans sa fleur, en 1658, le dernier amour — rebuté — de Corneille vieillissant et qui la célébra sous le nom à' Iris. Racine l'avait connue au temps de V Alexandre, mais il se peut que leur commerce n'ait commencé que plus tard, en 1667, quand la Duparc, vers Pâques, quitta le Palais-Royal.

Les témoignages sur sa beauté som unanimes. Brossette, d'après une conversation de Boileau recueiUie par Mathieu Marais, dit qu' « elle était grande, bien faite » ; Robinet vante son « port de reine » et « ses charmes » ; la

(1) C'est à tort, en effet, que Despois croit que la défection de la Duparc fut unique.

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