LES PERSONNAGES DE » URITANNICUS
jusque-là et qui commence à lui échapper, dont Néron l'avmt pas encore goûté l'eniMcment, soumis qu'il était i sa mère, à Sénèque et à Burrhus, et qu'il veut enfin posséder.
Et. sans doute, étant donné le personnage clAgrippiue, îîême atténué, ramené à des proportions plus humaines, jurgé de ce qu'il contenait de trop monstrueux, mais qui i;agne peut-être en sublime horreur à cette réduction de tous ses vices en un seul : l'ambition, il était difficile dïns- ;ituer une pareille femme protagoniste de. la vertu et de 'opposer à Xéron, protagoniste du crime. Aussi Racine a-t-U eu soin de la doubler de Burrhus. personnage sym- )athique au premier chef et de la probité la plus scrupuleuse, très propre donc pour faire entendre dans cette pièce le langage de Thonneur, qui détonnerait dans la bouche d'Agrippine. Les circonstances seules font que les intérêts d'Agrippine se confondent avec ceux de Burrhus, traité d'abord par elle en ennemi, et qu'eu plaidant sa cause elle plaide involontah-ement celle de la morale éternelle ; ces mêmes circonstances, qui l'obligent de s'allier à Burrhus, lui font épouser les intérêts de Britannicus et de Junie. Mais cette solidarité passagère avec les personnages sympathiques du drame ne lui ôte aucun trait de son abominable caractère, et c'est son ambition qu'elle sert en paraissant les servh*. Cela est si \Tai que Racine a pu dire — et nous avons les meilleures raisons de l'en croire — que sa «tragédie n'est pas moins la disgrâce d'Agrippine que la mort de Britannicus )>.
Il s'était tout spécialement appliqué à ce personnage, lui-même nous le dit encore, et à le « bien exprimer ». Mais le personnage de Xéron n'est pas « exprimé >' avec moins de maîtrise. Le fait de l'avoir présenté à ce moment de sa carrière où le monstre commence à naître en lui est particulièrement révélateur de l'art d'un Racine. Le poète n'aurait pu pousser aussi loin l'analyse des nuances avec une âme déjà enfoncée dans le mal, et, cependant, l'impression n'est point affaiblie, bien au contraire, parce qu'il semble que derrière ce ce monstre naissant » on aper-
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çoivc la longue perspective de crimes qui va s'ouvrir avec la mort tle Britaimicus. En même temps le })oète nous fait saisir toutt^s les racines secrètes d(;s vices et des mauvais instincts qui fornu^ront ce composé monstrueux : le goût de, la souffrance d'autrui (ce qu'on appellera plus tard lo sadisme), la vanité, la jalousie, l'hypocrisie, l'ingratitude, le bas cabotinage. Personne n'a jamais su trouver avec une pareille sûreté le point psychologique d'un personnage...
Burrhus n'occupe que le second plan du dianie avec Narcisse. On a tout dit sur l'intégrité, la robuste franchise, le verbe dépouillé de ce bon grognard. Le personnage était nouveau assurément. Mais sa naïveté singulière, cette facilité que lui a donnée Racine à prendre ses désirs pour des réalités et à croire qu'avec une harangue et quelques bons conseils on peut changer en agneau timide nn scélérat de vocation, sont pour le moins d'aussi bons traits que son humeur soldatesque. Boileau, qui avait un faible pour ce caractère de Burrhus, dans lequel il se retrouvait vaguement, eut grand raison de faii'e supprimer à Racine la scène qui ouvrait primitivement l'acte III et où Burrhus démasquait Narcisse et lui reprochait sa duplicité. « Il n'approuvait pas, nous dit-on, que Burrhus se commît ainsi avec Narcisse et il disait que cette scène ne pouvait finir que par des coups de bâton. » Elle avait un autre inconvénient : celui de rendi'e Burrhus trop clairvoyant et de l'enlever à sa vraie nature, qui est celle d'un honnête homme sans mahce, peu disposé à soupçonner le mal chez autrui et persuadé qu'avec quelques concessions on finit par ranger les coquins au parti de la vertu. Il ne faut pas moins q le la mort de Britannicus pour lui dessiller les yeux et 1 éslairer sur la vanité des prédications philosophiques.
On ne saurait pass"er enfin devant le personnage de Narcisse sans faire remarquer le parti merveilleux que Racine en a tiré. De tous les chefs d'accusation di-essés par les romantiques contre les classiques, le plus justifié peut-être concerne l'abus des confidents « sans carac-