VI. — Une femme (ou le mari) revient chercher la dernière
Au moyen de la réalisation du jeu par des cartes ou des jetons, il sera facile de comprendre le raisonnement de Bachet, que nous reproduisons ci-dessous : « Il semble que cette question ne soit fondée en aucune raison; mais toutefois la condition apposée qu'il ne faut point qu'aucune femme demeure accompagnée d'aucun des hommes si son mari n'est présent, nous peut guider
Première r.écréation.
pour trouver la solution d'icelle par un discours infaillible. Car il est certain que pour passer deux à deux, il faut ou que deux hommes passent ensemble ou deux femmes, ou un homme avec sa femme. Or, au premier passage, on ne peut faire passer deux hommes (car alors un homme seul demeurerait avec les trois femmes, contre la condition) ; donc il est nécessaire que deux fenitaes passent, ou qu'il passe un homme avec sa femme; mais ces deux façons reviennent à une, d'autant que si deux femmes passent, il faut que Tune ramène le bateau ; partant une seule se treuve en l'autre rive; et si un homme passe avec sa femme, le même adviendra, d'autant que l'homme doit ramener le bateau (car si la femme le ramenait , elle se treuverait avec les deux autres hommes sans son mari).
(i Au second passage, deux hommes ne peuvent passer, car l'un deux lairrait sa femme accompagnée d'un autre homme; un homme aussi avec sa femme ne peut passer (car, étant passé, il se treuverait seul avec deux femmes); il est donc nécessaire que les deux femmes passent: ainsi les trois femmes étant passées, il faut que Tune d'icelles ramène le bateau. Quoi fait, au troisième passage, oîi restent à passer les trois hommes et une femme, on voit bien que deux femmes ne peuvent passer, puisqu'il n'y en a qu'une; un homme aussi avec sa femme ne peut passer (car étant passé il se treuverait seul avec les trois femmes) ; donc, il faut que deux hommes passent et allent vers leurs deux femmes, laissant l'autre avec la sienne. Or, qui ramènera le bateau?
(( Un homme ne peut le faire (car il lairrait sa femme accompagnée d'un autre homme); une femme [ou deux femmes) (') ne
(') Les mots en italique ne sont pas dans Bachet; c'est un oubli.
Les traversées en bateau.
peut aussi (car elle irait vers un autre homme en laissant son mari) ; que si les deux hommes le ramenaient, ce serait ne rien faire, car ils retourneraient là d'où ils sont venus. Partant, ne restant autre moyen, il faut qu'un homme avec sa femme ramène le bateau.
« Au quatrième passage, où restent à passer deux hommes avec leurs deux femmes, il est certain qu'un homme avec sa femme ne doit passer (car ce serait ne rien faire) ; les deux femmes aussi ne peuvent passer (car alors les trois femmes seraient avec un seul homme) ; donc il faut que les deux hommes passent. Alors pour ramener le bateau, deux hommes ne peuvent être employés (car ce serait retourner là d'où ils sont venus); un homme seul aussi ne peut (car, cela fait, il se treuverait seul avec deux femmes); donc il faut que ce soit la femme qui, en deux fois, aille quérir les deux autres femmes qui restent à passer, et voilà le cinquième et le sixième passage. Partant, en six fois, ils sont tous passés sans enfreindre la condition ('). »
Le raisonnement qui précède nous montre que le problème proposé ne comporte qu'une seule solution en six passages, au plus.