‹ Raffet, sa vie et ses œuvresChapitre 6 sur 15 · Mort en · texte numérisé non relu

Mort en

qui el qu il dé irai! le voir! !.<•- \ oilà loua !<• deux, le protecteur el le pi vi i la i ne I aranne,

n" 12; arrivés sur le palier, Raffel retinl vivement le bras de son ami au m imenl où celui-ci allai! saisir le cordon de la onnette : Utends, lui dil il, attends un | moi le temps de me remettre '. Il étail ému el tremblant, comme s'il avail eu quelque chose à redouter. Enfin, la porte s'ouvril el Gbarlet, qui avail pressenti le grand artiste, l'accueilli! avec bonté el lui donna une place dans son atelier.

Là, Rafle 1 travailla avec Lan! d'ardeur e! de succès, qu'il tut admis à l'École des beaux-arts sous le n' 8/i.O, le Il octobre L824; il j avail six mois à peine qu'il étail entré chez Charlet.

Dès le commencemenl de l'année L825, il Fui occupé pendant plusieurs mois à faire, pour un amateur qui venail chez son maître, des petits sujets de genre el des scènes militaires d'après un programme qui lui étail donné; ces dessins à la sépia sur papier de couleur el rehaussés de blancs lui étaienl peu payés, il esl vrai, mais cette ressource, jointe au produit de quelques peintures qu'il faisait chez lui pour M. Riban, suffisait à sa modeste ambition.

Ce travail fut interrompu par une affreuse maladie qui faillit coûter la vie à Raffet. 11 fut atteint de la petite vérole qui le retint au lit pendant environ deux mois. Charlet avait un pied-à-terre à Moussy-le- Vieux , près Dammartin ; il allait passer une partie de la belle saison chez le père Pommier, l'aubergiste du village : ce fut dans cette auberge que Raffet alla rejoindre son maître et passer sa convalescence.

A son retour, Raffet songea à faire de la lithographie. Il avait pu s'initier, en taillant les crayons de Gharlet, aux mystères de cet art encore nouveau, mais il n'osait pas le questionner; et puis, souvent Charlet aimait à travailler seul, dans un petit atelier séparé 1 : alors, impossible de rien voir ! Ce fut son camarade de Rudder qui, novice luimême dans ce genre de travail, lui en donna les premières notions. Raffet prit une petite pierre, l'emporta chez lui et fit sa première lithographie qu'il intitula : Attaque d'un village. Le dessin était terminé, mais il fallait trouver un éditeur; et ce n'était pas chose facile, surtout pour un commençant. Le hasard lui vint en aide : Frérot, un éditeur de fraîche date, venait souvent chez Charlet; de Rudder lui fit voir l'épreuve et lui proposa la planche. Après quelques moments d'hésitation, Frérot l'accepta et en fixa le prix à 20 francs, à la condition qu'on lui ferait un pendant: le lendemain, Raffet ne se sentait pas de joie en apprenant qu'il allait avoir les honneurs de l'exposition des boulevards et de la rue, entre les Géricault, Charlet, Bellangé, H. Vernet, etc. Aussi, quand son ami lui rappela qu'il s'était engagé en son nom à lui faire faire un pendant, s'écria-t-il : « Comment, un pendant? mais, mon cher, je lui en ferai cinquante, s'il les veut ! » Et il fit la Prise d'un retranchement, qui, bientôt, fut suivie d'autres sujets militaires, de scènes de mœurs et de théâtre les plus

4, Nous devons d.re ici que Charlet ne faisait pas paver ses élèvesil fallait, pour être admis dans son atelier, qu'on lui plût et que déjà 1 on fut d'une certaine force ; il donnait à copier des sépias, des aquarelles. On y dessinait d'après la bosse, mais jamais d'après le modèle vivant; et quand ses élèves voulaient peindre, c'étaient des casques de vieilles armures, groupés auprès d'étoffes de velours ou de soie, qui leur servaient de modèles.

en vogue : Robin des Bois, el Jocko, on le singe du Brésil.

Nous n'avons pas l'intention de mentionner dans cette Notice toutes les lithographies de Raffet, mais nous aurons quelquefois l'occasion de citer des planches devenues tellement rares, qu'elles sont presque ignorées de tous; de ce nombre est : Le général Foy aux Champs-Elysées; il tient à la main un parchemin sur lequel on lit : Charte. Les dieux Mars et Mercure le présentent à Napoléon qui lui pose sur la tête la couronne de l'immortalité ; l'empereur, en uniforme de général, est à demi enveloppé d'un manteau blanc ; dans le fond, des généraux, des maréchaux et des déesses de l'Olympe contemplent ce tableau. Cette lithographie, l'une des premières de Raffet, a été exécutée d'après la composition d'un amateur qui a fait mettre les initiales PL dans le bas du dessin.

Vers la fin de l'année 1825, un éditeur publia un album par divers artistes; Raffet, qui jusque-là n'avait produit que quelques croquis, y prit la plus belle part, en faisant paraître deux planches dignes de son maître et représentant : la première, un grenadier de la vieille garde, la tête nue, le sabre à la main, portant un jeune enfant qu'il serre contre sa poitrine en s'écriant : « Je le sauverai ou je perdrai la vie ! » la seconde, une vivandière donnant à boire à un soldat blessé, lui disant : « Nous avons la victoire, Fan fan, bois, c'est Catin qui régale. »

Raffet, ainsi que nous l'avons dit, n'avait pas encore fait de lithographies terminées; aussi était-il inquiet de la réussite de ses deux dernières. Il vint à l'imprimerie Senefelder et Ce que dirigeait M. E. Knecht, et où j'étais premier ouvrier.. Raffet me recommanda les plus grands soins, ajoutant avec cette modestie que nous lui avons

tous connue : « Je sais que mes dessins ne sont pas trèsbien, mais, en y apportant toute votre attention, ils pourront passer, et je vous en serai très-reconnaissant ! » Il revint le soir, vit les épreuves et en fut satisfait ; il ne cessait de répéter en me serrant la main : « C'est étonnant! rien n'y manque, tout est venu comme je l'ai fait! Ah ! mon cher ! vous n'avez pas idée du plaisir que je vous dois. » Moi, qui n'avais fait que mon devoir, j'étais surpris de ces remercîments ; car trop souvent les artistes, sobres d'éloges envers nous, sont portés à nous rendre responsables de leur inexpérience. Raffet me quitta en me laissant son adresse ; je fus le voir plusieurs fois, rue de la Verrerie, h ; il m'accueillit avec bienveillance et affection , me présenta à sa mère, et bientôt nous nous liâmes d'une amitié fraternelle qui ne fit que s'accroître pendant trente-cinq années des relations les plus intimes.

En 1826, il fit paraître chez Moyon son premier album, composé de quatre planches et un frontispice ; puis il continua, pour Frérot, les petites scènes militaires et de mœurs, et commença Y Histoire de Jean-Jean (seize planches et un frontispice), qu'il ne termina qu'en 1827. Il entreprit, pour le même éditeur, une suite assez nombreuse des uniformes de l'armée française, dont nous aurons l'occasion de reparler plus loin.

Cette même année, il fit les batailles de Maïpu, d'Ayacucho, de Fleurus; la Communion des Grecs à Missolonghi, etc., puis une petite planche devenue excessivement rare : elle représente un officier supérieur en costume de hussard étranger ; il est assis, tenant une plume dans la main droite et dans l'autre un parchemin sur lequel on lit : Abdication; la Renommée tient la palme de la gloire

qu'elle présente au guerrier el embouche la trompette dont la flamme, en se développanl , laisse apercevoir,

tracés en petits caractères : Viva Bolivar!

De 1826 à 1827 parut, chez Décrouan, une Histoire de Napoléon en vingt-quatre planches. Cette publication esl d'un curieux enseignement: en même temps que certaines parties de ces dessins sont des plus médiocres, d'autres décèlent une main hardie et une imagination féconde qui font pressentir que l'artiste ne s'en tiendra pas là.

Ses albums de 1827 et 1828, édités, le premier, par Moyon, et le second chez Chabert, attestèrent d'incontestables progrès, mais on craignit qu'il ne devînt l'imitateur de son maître, tant ses compositions se rapprochaient de son genre et de sa manière de faire. Dans le courant de l'année 1827, il quitta l'atelier de Chaiiet pour travailler seul, passage Sainte Croix-de-la-Bretonnerie, n°/r. Bientôt parut Y Allocution devant Augsbourg, d'après le tableau de Gautherot; après les premières épreuves de cette planche, l'aigle du drapeau fut effacée par ordre et remplacée par un fer de lance. Dans les premiers mois de l'année 1828, il fit, pour pendant à Y Allocution, Napoléon à Waterloo. Ces deux pièces, sur format grand aigle, furent trèsappréciées, et, aujourd'hui encore, sont fort recherchées.

C'est à tort que quelques personnes ont prétendu reconnaître la touche de Charlet dans plusieurs lithographies de Raffet ; une seule a été légèrement retouchée, et voici dans quelles circonstances :

Charlet vint un jour voir son élève qui terminait la grande pièce de Waterloo ; il fut très-content de sa composition, mais il lui recommanda plus de parti pris dans l'exécution ; Raffet pria son maître de donner quelques

touches à sa planche, ce que fit Charlet, en teintant par de larges hachures, qui se reconnaissent facilement, quelques lumières laissées un peu trop vives. Raffet remercia chaudement son maître de sa complaisance et de ses excellents conseils.

Raffet fit cette même année la Poste royale, exercice d'équitation du cirque Franconi, puis les planches des voitures publiques, ci -après :

1 Diligence Laffitte et Gaillard ;

2 Omnibus;

3 Citadine de place ; Il Dame blanche;

5 Tricycles;

6 Écossaises.

Vers la fin du mois de juin, Raffet entreprit un petit voyage le sac au dos ; il visita Rouen, le Havre, s'arrêtant sur sa route partout où il trouvait un sujet à dessiner. Au retour, il vint habiter rue Saint-Antoine, 77.

En janvier 1829, parut, chez les frères Gihaut, un cahier de plusieurs croquis à la feuille, parmi lesquels se trouvent quelques souvenirs de son voyage; cet album obtint un très-beau succès. Gihaut était l'éditeur privilégié des Bellangé, Charlet, Géricault, etc.; il sentit que Raffet manquait à cette pléiade d'artistes, et, à partir de cette époque, sauf la collection des uniformes de l'armée française qu'il continua pour Frérot et quelques planches isolées pour têtes de romances, les journaux l'Artiste, la Caricature, etc., tout ce qu'il fit en lithographie fut publié par ses nouveaux éditeurs. Immédiatement après ses croquis, il termina le cahier des voitures publiques par la

Citadine-Omnibus el la Béarnaise. Raffet, donl le loge-» ment était insuffisanl pour y faire de la peinture, loua un petit atelier dans l'ancien palais abbatial, rue de l'Abbaye, 3. C'est là qu'il fil connaissance de M. de Sainson, voyageur autour du monde et artiste distingué, en lithograpbiant , d'après ses dessins, plusieurs planches du voyage exécuté par Y Astrolabe, sous le commandement de Dumontd'Urville. Raffet éprouva bientôt l'ardent désir de se livrer à des études plus sérieuses que celles qu'il avait faites jusque-là; il entra chez le baron Gros, dont l'atelier était situé dans la première cour de l'Institut, en face du pont des Arts; de sept heures du matin à midi, que durait la séance, il travaillait sans relâche; aussi, quand arrivaient les mardis, jeudis et samedis, jours où l'illustre professeur venait surveiller ses élèves, notre ami recevaitil sa récompense par de nombreux encouragements de son maître , qui pourtant ignorait complètement son nom , ainsi que le prouve l'anecdote suivante 1.

Dans le commencement de l'année 1830, Raffet venait de faire paraître un album dans lequel on remarquait deux planches capitales : la Moskowa et surtout Waterloo. Un jour que notre grand peintre de batailles passait sur le quai, il s'arrête devant l'étalage d'un marchand d'estampes : « Combien ce Waterloo? — Un franc. » Puis, après l'avoir examiné attentivement : « C'est beau, c'est trèsbeau ! s'écria-t-il ; de qui est ce dessin ? — C'est d'un jeune élève de M. Gros, qu'on appelle Raffet. — Vous êtes dans l'erreur, M. Gros n'a pas d'élève de ce nom. — Je vous

1 . C'était le massier, un nommé Poisson, qui inscrivait le nom des élèves et à qui l'on payait 20 francs par mois pour le maître, et en plus la masse pour frais de modèles, chauffage, etc.

demande bien des pardons, mais je peux vous certifier que je vous dis la vérité, car plusieurs de ces messieurs me sont connus, et maintes fois je les ai entendus appeler ainsi un de leurs camarades d'atelier. — Vous n'avez sans doute pas la prétention d'être mieux renseigné que moi ; je ne connais pas Raffet, et je suis le baron Gros. » Le marchand s'inclina en ajoutant : « Je n'avais pas l'honneur de vous connaître, monsieur le baron, mais je vous répète que je suis parfaitement certain de ce que j'avance.» Arrivé à son atelier, M. Gros demande s'il y a parmi ses élèves un nommé Raffet; plusieurs de ses camarades répondent affirmativement, et notre ami se lève en disant à son maître : «C'est moi. — Ah ! c'est vous qui avez fait cela? lui demanda-t-il en lui présentant la lithographie qu'il venait d'acheter. — Oui, monsieur le baron. — Et d'après qui avez-vous fait cette planche? — Mais, d'après personne, répondit timidement l'élève ; j'ai lu les relations de cette grande bataille, et j'ai composé mon sujet. — Alors, que venez-vous faire ici? — Je viens apprendre ce que j'ignore. — Soyez moins modeste, mon ami, vous n'ignorez pas grand' chose, lui dit le grand artiste en lui frappant familièrement sur l'épaule; et vous savez qu'en fait de batailles, je m'y connais ! » A dater de ce jour, le maître se rappela le nom de son élève, auquel il prédit les plus grands succès.

Raffet, dans cet album, s'était tout à fait éloigné du genre de Charlet; il était devenu lui-même, et révélait par là ce qu'il devait être quelques années plus tard : un grand artiste d'un talent inimitable.

Trois planches faites à la même époque n'ont pas été publiées et ont été effacées après le tirage d'une vingtaine

d'épreuves; elles avaient pour titres: Mahcewreà la prolonge; Artillerie légère en action. La dernière était tirée du chant IV do la Jérusalem délivrée. Il fît encore celle année la Revue du 29 août 1830, plusieurs scènes de barricades et deux vignettes pour la tragédie do Une Fête de Néron et pour lo drame do Christine à Fontainebleau.

Vers la fin de 1830, Raflct, afin de se trouver plus près de l'atelier de son maître, vint habiter au n° 1 de la rue des Grands-Augustins; puis, codant aux conseils de quelques-uns de ses camarades et du baron Gros luimême, il se présenta aux Beaux-Arts, où il fut admis le septième au concours de peinture.

Le sujet donné était : « Le Xante poursuivant Achille « et lançant contre lui ses vagues courroucées. »

Le tableau de Raffet, quoique d'un effet saisissant et d'une brillante composition, n'obtint pas le prix; cette première tentative ne le rebuta point, il se promit de prendre sa revanche à la première occasion, ce qu'il fit le 11 avril 1832. Le programme du concours était ainsi conçu : « Acte d'autorité paternelle sur Flaminius, tribun « du peuple.

« Le Sénat n'avait pas cru devoir partager quelques « terres qui avaient été conquises sur les Gaulois ; il crai- « gnait d'irriter cette nation belliqueuse et conservait ces « terres comme un moyen d'entretenir la paix avec elle « en lui donnant l'espoir de les ravoir un jour.

« Sans entrer dans ces vues, entraîné par le désir de se « populariser, Flaminius, tribun du peuple, proposa d'en « faire la distribution à la classe indigente; en vain le « Sénat emploie près de lui menaces, prières, rien ne sau- « rait le fléchir. »

« Flaminius convoque l'assemblée du peuple et se « préparait à faire la lecture de la loi, lorsque son père « indigné s'élance a la tribune, le saisit par la main et « le force à en descendre.

« Le peuple, muet de surprise et frappé de respect par « cet exemple d'autorité paternelle, n'osa faire éclater ni « plaintes ni menaces. »

Cette esquisse, qui valut à notre artiste une médaille d'argent, est sans contredit la plus belle qui figure à l'École des beaux-rarts dans le salon des grands prix de Rome.

C'était le moment où la réputation de Raffet grandissait de jour en jour; les commandes de dessins et de vignettes lui arrivèrent en si grande abondance qu'il s'en occupa presque exclusivement et ne songea plus au concours, qui, du reste, cette année, n'eut aucun résultat.

C'est alors qu'il fit paraître , à la librairie Perrotin, quatre vignettes pour le ve volume des Chansons de Béranger; celle intitulée : le Vieux caporal, comptera toujours au nombre de ses plus belles créations. Rientôt après parut le Musée de la Révolution française, composé de lll bois pour têtes de pages et de 45 planches dont ko étaient l'œuvre de Raffet; parmi ces dernières six furent gravées à l'eau-forte par l'artiste lui-même ; ce sont les suivantes :

1 Le Serment du Jeu de Paume ;

2 La Séance royale ;

3 La Prise de la Bastille ;

k Les 5 et 6 octobre à Versailles;

5 La Bataille de Jemmapes ;

6 Journée du 13 vendémiaire.

î't R A FF ET.

<( Ces petites pièces avaient été gravées par Raffet à pour une histoire de la Révolution. Mlles furenl jugées « trop peu faites par l'éditeur, qui les fit copier au burin

« avec une faiblesse qui défigure l'œuvre originale1. »

Raffet était du petit nombre de ces natures d'élite qui ne se laissent point aller au découragement et savent se faire place à force de persévérance et de talent. Nous plaçons ici la Journée du 13 vendémiaire, que l'artiste nous donna en 1835. Cette composition ne parut point dans les journées de la Révolution.

En même temps qu'il illustrait les divers ouvrages que nous venons de citer, Raffet exécutait des dessins remarquables pour Walter Scott, Chateaubriand, etc., et ne négligeait point pour cela ses albums annuels. Dans celui de 1831, consacré presque entièrement aux souvenirs de la Révolution de 1830, on trouve un digne pendant à Waterloo, c'est Lutzen; celui de 1832 rassemble des sujets tout à fait complets, tels que : Serrez vos rangs ! Vive la République ! (1793), la Leçon de danse, etc. 11 produit encore en 1831 le portrait de M. Benoist des Sablons et un uniforme de chasseurs de la garde nationale ; c'était un hommage destiné à sa compagnie, qui venait de l'élever au grade de sergent2. Raffet eut un instant l'idée de consacrer un cahier à la gloire des Polonais. Ce projet ne reçut qu'un commencement d'exécution par la planche ayant pour titre : Infanterie polonaise

\. Ph. Burty; Gazette des Beaux-Arts, \ "juin 4860.

2. Raffet passa du grade de sergent à ceux de sous-lieutenant et de capitaine, dans la \\e légion de la garde nationale. Il y fit son service de '183') à 4 848, époque à laquelle ses fréquents voyages le décidèrent à donner sa démission.

marchant à l'ennemi (1813), qu'il fit en octobre 1832; voici dans quelles conditions :

Un de ses anciens camarades d'atelier, nommé Urruty, assez habile à faire la lithographie, vint le voir dans un moment où il manquait de travaux et lui proposa de lui préparer ses planches, c'est-à-dire de mettre le décalque sur la pierre et d'y faire les teintes plates d'après un modèle donné. Raffet, toujours obligeant, consentit à cet arrangement qui pouvait procurer du travail à son camarade ; ils firent ensemble deux planches, celle qu'on vient de citer, et l'année suivante, le n° 11 du siège d'Anvers : Prise de la lunette Saint-Laurent; mais l'artiste dut bientôt renoncer à cette combinaison, tant ses procédés d'exécution différaient de ceux de tout autre.

Dans l'ordre de ses travaux, il convient de placer ici le portrait lithographie de M. Amable Gihaut, et deux sépias des Orphelins du choléra, dont il retoucha les pierres.

Vers la fin de cette année, Raffet ne put résister au désir d'assister à une campagne sérieuse ; il partit en toute hâte pour être témoin de la reddition de la citadelle d'Anvers ; un mois après, il revenait à Paris avec des portefeuilles remplis de dessins et de croquis qu'il publia en 2/j. planches1. Cette belle suite de sujets historiques fut vivement recherchée de tous les artistes; elle vint encore augmenter la brillante renommée de Raffet.

'I . Les planches \ à 6 parurent en avril, les nos 7 à \% en juillet 1833. Sur le dessin n° \ l'artiste avait placé l'officier à droite de son peloton ; après les essais, cette erreur fut rectifiée. Le frontispice de cet ouvrage a été recommencé par suite d'un long tirage; il existe donc deux planches.

lJii RAFFET,

Pendanl < 1 1 1 " i I lithographiail le Siège d'Anvers, il illustrait la Némésis, Napoléon en Egypte, \\ aterloo , le Fils de l'Homme, etc., ce qui ne l'empêchait pas de consacrer un jour par semaine aux étuçles peintes d'après nature.

Son album de 1833 débute par une magnifique planche intitulée : 1813. C'est l'empereur Napoléon suivi de son état-major, dirigeant son cheval lancé au galop au milieu d'un marais fangeux, couvert de hautes herbes et de roseaux1. Vient ensuite un épisode de la campagne de France; Provins, 18.4 h ; puis l'Inspection2; l'Œil du maître, etc.

Une très-jolie planche qui devait faire partie de cet album fut supprimée par l'artiste et effacée après le tirage de deux épreuves d'essais; elle devait avoir pour titre : Craonne, 1814.

L'empereur, monté sur un cheval blanc et suivi de deux officiers d'état-major, traverse à pas lents le champ de bataille, dont le terrain est jonché de cadavres et de débris. La lune et quelques chaumières embrasées éclairent ce lugubre tableau.

Dans le courant de l'année 1833, un industriel nommé Weynen imagina, pour appeler l'attention des acheteurs sur son commerce de papeterie, de faire revêtir à une douzaine de colporteurs, hommes et femmes, un costume assez élégant; les hommes portaient un chapeau ciré, une veste bleue à deux rangées de boutons dorés, le gilet et le pantalon garance. Les femmes portaient également le

1. Les épreuves d'essais n'ont pas la signature de l'artiste ; ce n'est que lors du tirage que cette omission a été réparée.

2. La planche de l'Inspection a été refaite , la première ayant été cassée pendant l'impression.

RAFTET. Ti

chapeau ciré, un caraco bleu et une jupe rouge, ce qui leur donnait une certaine ressemblance avec les cantinières de nos régiments.

M. Weynen, me sachant lié avec Raffet, me pria de lui demander s'il consentirait à faire un dessin de ses colporteurs. Raffet, qui ne savait rien refuser, prêta son talent à cette innocente réclame et fit deux planches du format de ses costumes militaires que le fabricant distribua à ses clients habituels. Bien plus, il se complut à exécuter un tableau-enseigne, représentant une colporteuse en grandeur naturelle. Ce tableau, que l'on ne découvrait que les jours de beau temps, était placé rue Neuve-Saint- Marc, 10, à l'angle de la place des Italiens, où il attirait la foule.

Quatre toiles de moyenne grandeur, sur les mêmes sujets, furent encore peintes par Raffet. Je me souviens de l'une d'elles, qui représentait une gentille colporteuse offrant aux passants ses cahiers de papiers à lettres; la scène se passait devant le pont des Arts, à quelques pas du bureau de péage, où l'on voyait l'invalide à moitié endormi ; le palais de l'Institut formait le fond du cadre. L'artiste avait su tirer parti de ce sujet et en faire un charmant tableau de genre ; il fit ces peintures dans un petit logement loué provisoirement, rue Saint-Germain-des-Prés, n° 10, en attendant qu'on lui préparât une demeure rue des Beaux-Arts, n° 5, dans une maison où se trouvait un assez bel atelier. Dès qu'il en prit possession, il entreprit un magnifique tableau de Napoléon à Waterloo^ et se livra, pour les Scènes de la Révolution, à des études d'après nature sur des têtes détachées du cadavre auquel elles appartenaient. Il gardait quel-

28 ItAITIl.

quefôis ces tristes modèles une semaine, faïsàhi chaque jour une étude nouvelle et arrivant ainsi à la période de la décomposition. Il considérait ces rebutantes études comme indispensables, pour les utiliser sur un champ de bataille, ou dans toute autre scène de carnage ou de mort.

Son album de 1834 nous fait assister à la prise du fort Mulgrave et à la dernière charge des lanciers rouges à Waterloo. Un grand succès et un grand revers! Ces deux lithographies placèrent dès lors Rail et au rang de nos premiers peintres de batailles.

Dans le mois de février parut un cahier de travestissements par Pierre, son élève. Le maître retoucha quelque peu ces planches qui avaient pour titres :

1 Page.

2 Albanais.

3 Dalmate.

4 Syrien.

5 Noble polonais.

6 Tyrolienne.

Il termina en septembre l'ouvrage du Siège d'Anvers par les planches 13 à 241, et acheva plusieurs études peintes.

A la même époque il exécuta deux aquarelles sur la Révolution polonaise : la première (la Fusillade à Fischau)

\. Les n0s 13 à 18 ont été publiés en mai 1834, et les nos 19 à 24 en septembre.

Le n° 18 a été recommencé, la pierre s'étant cassée aux épreuves d'essaig; celle refaite est en tout point semblable à la première, mais l'artiste a ajouté un levier auprès du Hollandais blessé, qui enveloppe son pied avec un linge.

fat reproduite en lithographie et signée Laure, mais il est facile de reconnaître qu'elle a été terminée par le maître.

La seconde (les Cartouches), exécutée sur pierre en esquisse par l'artiste lui-même, a été effacée après un tirage de huit à dix épreuves.

Ainsi chaque année était marquée par de nombreux travaux et de nouveaux succès; les motifs de l'album de 1835 viennent les justifier. «Secourez la Vivandière!» s'écrie une pauvre femme renversée par l'attelage d'une pièce de canon; à ses cris un artilleur et un soldat du train arrêtent brusquement leurs chevaux, afin d'éviter un second malheur ! La Dernière charrette, où de nouvelles victimes vont arroser de leur sang l'échafaud révolutionnaire; Ordre du Jour; le Carré enfoncé, etc.

Notre artiste, toujours préoccupé de l'idée de faire de la grande peinture, vint demeurer rue Monsieur-le-Prince, n° 20, où il loua deux ateliers : c'est dans celui du rezde-chaussée que toutes ses études de chevaux ont été exécutées.

Ainsi qu'on l'a vu plus haut, Raffet avait contracté de bonne heure l'amour du travail, et, bien qu'alors sa position lui permît de prendre un peu de repos, il n'avait jamais été plus laborieux ; il semblait se jouer des difficultés et son esprit créait comme par enchantement toutes ses merveilleuses compositions. Dans un mémorial où il inscrivait ses travaux, je lis à l'année 1835 :

Pour M. Furne :

Retraite de Russie ; le 13 Vendémiaire ; Mort de Bonchamps ; la Dame Lorenzo; l'Hôtellerie de Penaflor; Gil-Blas et l'Archevêque.

:to IIUTKT.

Pour AI. Rendue! :

La Cour des Miracles; Phébiis et Esmeralda; Lucrèce Borgia.

Pour M. Pourrat:

Le roi Jean à la Bataille de Poitiers; Jeanne d'Arc.

Pour M. Barba :

Jean; Sœur Anne; la Femme, le Mari ci l'Amant; l'Enfant de ma femme; le Cocu; Madeleine; Un bon Enfant; la Pucelle de Belleville; les Deux Amis; la Laitière de Montfermeil; Ni jamais, ni toujours; la Maison blanche; Tableau de mœurs; Portrait de Bernadotte.

Pour M. Moutardier:

Wagram; Hohenlinden; Héliopolis; Erfûrth; Passage du Saint-Bernard; le Lendemain de la Bataille d'Austerlitz; Mort de Lannes; Concordat de Fontainebleau; le Champ de bataille d'Eylau; Lutzen; les Adieux de Fontainebleau; Friedland; Montereau; Entrée dans Berlin; Arcis-sur-Aube; Mort de Napoléon; les Élèves de l'École polytechnique aux buttes Saint-Chaumont ; Expulsion de Manuel ; Exécution du maréchal Ney.

Pour le journal l'Artiste :

Le Testament de Pigault-Lebrun; Mouton et Bernard.

En avril, Raffet fit un petit croquis représentant un génie ailé pour placer en tête du Manuel de l'Imprimeur- Lithographe; peu après parut la belle affiche de la NémêsiS; la petite planche de Jacki et les Vedettes (tête de romance).

Le 25 août, il nous donnait une grande lithographie ayant pour titre : 28 Juillet 1835, représentant l'horrible attentat de Fieschi; cette planche est signée Laure; mais, comme celle des Polonais à Fischau, elle a été composée et terminée par Raffet.

A cette époque, il commença les seize aquarelles pour Y Illustration de l'armée française , qui furent lithographiées parLlanta pour l'éditeur V. Delarue; sept furent terminées en 1835, et les neuf autres l'année suivante.

A chaque commencement d'année l'album de Raffet était impatiemment attendu par les artistes et par les appréciateurs d'un talent aimé du public. Le cahier de 1836 fut accueilli avec une vive faveur; on y voyait le Billet de contentement; De quoi vous plaignez - vous , ô Hussard! etc.; puis une marche de troupe par une pluie battante , où des soldats de la vieille garde, le fusil sous le bras, recouvert par le pan de leur capote, marchent auprès du grand empereur. Ce beau dessin à pour titre : Ils grognaient et le suivaient toujours, et rappelle un peu la composition cle Craonne.

La Retraite du Bataillon sacré à Waterloo, chefd'œuvre de composition et d'exécution, devait compléter cet album, déjà si riche et si varié; par malheur la pierre se brisa pendant le premier tirage. Elle fut remplacée par celle intitulée : le Terme.

Cette même année parut dans le journal V Artiste : le Déshérité; un Napoléon au bivouac, Y Épisode de la campagne de Russie, d'après le tableau de Charlet, et, pour l'affiche du Napoléon en Egypte : le Général Bonaparte couronné par la Victoire.

Pour M. Fournier :

Les dessins sur bois de Béranger :

La Vivandière; les Gaulois et les Francs; le Dieu des Bonnes gens; la Sainte-Alliance barbaresque; le Vieux Drapeau; l'Exilé; Brennus; Psara; le Vieux Sergent; le Chant du Cosaque ; les Missionnaires ; les Souvenirs du Peuple; les Bohémiens; le Cinq Mai; les Tombeaux de Juillet; les Contrebandiers; Poniatowski ; la Fille du Peuple ; le 1/| Juillet.

Pour M. Pourrai:

Mort de Bayard; Mort de Louis XVI; François Ier armé chevalier par Bayard; Napoléon en Russie; Prière d'un chevalier; Combat de Saladin et Richard; Bonaparte en Italie; Cromwell et sa fille; Crève-Cœur et Louis XI ; Rob-Roy ; Ivanhoe; Waverley; le Monastère; Marie-Stuart à Loch-Leven; la Prison d'Edimbourg.

Du 1er septembre au 3 octobre 1836, Raffet fit une excursion à Compiègne pour s'initier aux manœuvres militaires et à la vie des camps; il en rapporta de charmants dessins dont il annonçait la prochaine publication , sur le frontispice de son album de 1837. Cet album qui, par suite des travaux importants et continus qu'il allait entreprendre, devait être le dernier de ses cahiers annuels, fut aussi celui qui eut le plus de retentissement et de succès. Il contenait, entre autres planches, le Lendemain d'une bataille; Bautzen, et enfin, l'une des pièces capitales de son œuvre, l'immortelle création de la Revue Nocturne, qui, à elle seule, est tout un poëme ! En effet, quoi de plus saisissant que cette sublime page où des milliers de cava-

liers, morts depuis un demi-siècle, viennent reformer leurs nombreux escadrons pour défiler à l'heure de minuit,, devant César décédé ?

• Tous ces vieux guerriers, au crâne osseux, portent superbement encore le casque à crinière des cuirassiers de notre ancienne armée, et agitent de leurs mains desséchées leurs longs sabres, scintillants comme des épées flamboyantes ; leurs chevaux fantastiques, dont les yeux et les naseaux lancent des jets de flammes, bondissent et volent bien plus qu'ils ne courent, et pourtant on voit à la formation régulière des pelotons qu'ils savent obéir à la main qui les dirige.

Dans cette vaste plaine, où le silence n'est interrompu que par le cliquetis des cuirasses et le bruit métallique et saccadé des fourreaux de fer qui sautent et retombent lourdement sur le flanc des coursiers, on aperçoit au loin l'Empereur à cheval, précédant de quelques pas son nombreux état-major; puis, au delà, hommes et chevaux disparaissent, ne laissant d'autres traces de leur présence qu'une longue vapeur blanchâtre qui s'élève lentement et se disperse dans les airs !

Ce tableau, digne de Michel-Ange, mit le comble à la gloire et à la réputation de l'artiste... RafTet était arrivé !

Le 27 octobre, il recevait la commande d'un tableau pour le musée de Versailles : c'était la prise de Coblentz par le général Marceau. Je l'en félicitais un jour en lui demandant quand il le commencerait : « Jamais, me répondit-il, et j'en ai du regret, car le motif me plairait; mais comprenez- vous qu'on me donne, pour développer un pareil sujet, un panneau étroit et tout en hauteur, un entre-deux de croisée? Il me semble être dans un vête-

ment où je n'ai pas la liberté de mes mouvements, et, rien que d'y penser, j'étouffe! » Il ne fil même pas l'esquisse qu'on lui demandait par la lettre suivante :

Page 1