THÉODORE GRASSET
La grande revue que passe César trépassé est arrivée à un immense succès de vogue, et nous ne croyons pas qu’il existe une seule personne qui n’ait vu et admiré cette puissante composition où défile le fantôme d’une armée à travers un brouillard fantastique Pour notre part, nous n’ou-
i Raffet, qui n’avait rien exposé k ce Salon, fut décoré sur la proposition de M. Charles Blanc, alors directeur des Beaux-Arts.
blierons pas un dessin, presque une esquisse, qui est tombée sous nos yeux il y a quelques années, cela s’appelait : Une charge de cuirassiers à Eylau 1. La puissance de la composition et l’adresse du dessinateur avaient pu faire jaillir de la mine de plomb non -seulement de la lumière, mais presque de la couleur. On ne saurait s’imaginer l’implacable sérénité de ces guerriers se ruant à la mort. Chaque homme existait et agissait isolément, possédait son type, presque son sentiment personnel. Et quels soldats! on eût dit des héros de V Iliade. Que si l’on se dégageait de son premier étonnement pour étudier les procédés de l’artiste , on était stupéfait de leur simplicité : au-delà des cavaliers du premier rang, un reflet brillant indiquait une cuirasse ou un sabre haut, une courbe sombre, la croupe des puissants chevaux, et cela suffisait au prestige de l’action.
[Presse du \ 9 avril 1 860. )