‹ Raiatea la SacréeChapitre 10 sur 88 · ER | QU · texte numérisé non relu

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moyenne ‘ tandis que les autres vents ne soufflent que les deux autres mois de l’année, la brise d’Est est assez forte et le capitaine nous promet d’être au point du jour devant Raïatea.

À l'aurore, nous montons sur le pont où le plus beau coup d'œil nous attend :

A gauche, la plage de Huahine d’où s'élèvent lentement les fumées de feux invisibles: le repas du matin que l’on prépare,et là, A0 kilomètres à l'Ouest, trois îles bleues sortent majes-

au loin, :

tueusement de l’immensité des ondes; c’est Raiatea la Sacrée, puis Tahaa, puis ce rocher isolé qui se dresse comme une tour: Bora- Bora ; nous sommes au milieu des Iles sous le Vent.

Fig. 5. — Les Iles sous le Vent vues de Huahine. Lorsque le bateau à vapeur arrive au lever du soleil devant la plage de Huahine, tout le groupe des Iles sous le Vent s'offre au regard : Raiatea d’abord, puis Tahaa à sa droite et

enfin Bora-Bora. Quant à Maupiti, elle est trop basse et trop éloignée pour ètre aperçue de ce point, mais on la distingue des sommets de Raïiatea.

Nous mettons le cap sur l’extrémité Nord de Raïatea, masquée par le mont Tapioi, espèce de pyramide tronquée que l’on distingue très bien.

Nous ne tardons pas à ouïr le bruit des vagues se brisant contre le récif de corail qui enserre Raïiatea et Tahaa.

Que de générations ont été bercées au bruit de ce sauvage mugissement semblable à la plainte infinie qui, sans cesse, monte

1 Cette quasi-permanence du vent d’Est qui se dirige de Tahiti vers les Iles sous le Vent explique suffisamment le nom de celles-ci.

de la terre depuis que l’homme est là pour souffrir, aimer et mourir |

Mais les vaines agitations de nos vieux peuples civilisés, les cris de ceux qui luttent pour la vie viennent aussi mourir sur le lointain récif de Raïatea et l’heureux peuple qui l'habite peut sourire du berceau à la tombe sous son ciel toujours bleu que troublent à peine de rares orages ou de fugitifs nuages.

On aperçoit maintenant, entre deux îlots verdoyants, la passe par laquelle nous allons pénétrer à l’intérieur des récifs pour chercher le port dont les flots de la vaste mer ne viennent plus troubler le calme et la limpidité. C’est la passe Teavapiti, anciennement Teavarua, Ce qui signifie la même chose: Ja passe double; en effet, il existe une petite passe à côté de l’ilot de gauche. La principale n'a pas cent mètres de largeur. Il s’agit donc de bien manœuvrer pour un vaisseau de 80 mètres que la moindre saute de vent jetterait sur le corail. Pareil accident est déjà arrivé : témoin la carcasse déchiquetée que l’on voit sur la grève de l'ilot gauche. Aussi le capitaine fait-il hisser un petit pavillon noir avec un carré blanc au milieu : On demande le pilote.

Le pilote arrive sur une longue baleinière montée par de solides gars, moins grimaçants que ceux de Taiohae et point tatoués du tout. Le vieux pilote Otare a les cheveux blancs, la peau parcheminée, de petits yeux obliques et fuyants ; il s'appuie sur un bâton et monte péniblement à bord. Il ne parle que sa langue maternelle, mais le vieux loup de mer se fait comprendre à merveille de l’homme de barre par quelques signes de la main gauche et, prenant son alignement sur une balise du rivage et sur un piton, il nous fait entrer magistralement par la grande passe. Nous jetons l'ancre devant le village d’Uturoa, autrefois nommé Teavarua par les géographes, sans doute à cause de la passe. Une embarcation nous emporte à la pointe du Régent et nous touchons le sol de Raiatea par 153°47 de long O. et par 16°50° de latitude Sud.

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