‹ Raiatea la SacréeChapitre 9 sur 88 · RP RE TS PET 2 0 RER UE M, NT · texte numérisé non relu

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On passe à 500 ou 600 mètres de plusieurs îles; on ne s'y arrête pas et l’on met le cap sur le 5.-0. pour arriver au bout de 4 ou 5 jours en vue de Tahiti.

Il est midi lorsque la vigie signale dans le Sud une masse bleue sortant de l’onde: Tahiti! L'ile ne tarde pas à se dessiner plus nettement sous la forme d’une pyramide à large base, aux arêtes rectilignes, recouverte au sommet d’un capuchon de nuages.

Vers les 4 heures, nous passons devant la pointe de Vénus après avoir longé la côte sablonneuse couverte d'innombrables cocotiers au pied de vallées ombreuses et profondes du plus beau vert émeraude. Lentement, nous franchissons la barrière de corail par une passe étroite, celle de Taunoa, mais la brise du soir qui souffle de la terre (hupe) ne peut nous pousser vers le port de Papeete et nous jetons l’ancre à cent mètres du rivage.

Force nous est de rester à bord jusqu'au lendemain matin pour attendre la libre pratique et pour subir la visite de la douane avant de poser le pied sur la terre nouvelle.

La nuit est sereine ; à l'Ouest, la silhouette hardiment tourmentée de Moorea se profile vaguement dans les derniers rayons du soleil couchant; les étoiles resplendissent au ciel; nous distinguons la « Croix du Sud »; la voie lactée, beaucoup plus éclatante dans lhémisphère austral que dans l'hémisphère boréal projette une douce et vague lumière, qui permet de distinguer le balancement des palmes de cocotiers. Autour du navire, la mer prodigue ses phosphorescences; la brise de terre tempère l'atmosphère et nous apporte des parfums mystérieux et suaves de frangipaniers, de gardenias et de roses. Par moments, une musique étrange et saccadée trouble seule le silence. C’est la nuit de Tahiti.

Restons-en à cette première impression et, au lieu de nous attarder dans la demi-civilisation de Papeete, prenons un bateau, n’importe lequel, nous avons le choix, et partons de suite pour Raïate:

la Sacrée.

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Rivage d’Uturoa (Raiïatea).

De Tahiti à Raiatea.

Justement un des trois-mâts venus de Bordeaux pour le commerce du coprah et l’importation à petite vitesse d'articles français a affiché à la poste son départ pour demain à midi.

La Compagnie qui envoie deux ou trois fois l’an ces gros navires ! offre gracieusement le passage gratuit aux voyageurs qui se rendent de Tahiti à Raiatea.

Nous nous embarquons donc avec tous nos bagages. À la nuit tombante, nous pouvons admirer encore une fois l'effet merveilleux de ce soleil rouge plongeant derrière l’île de Moorea et accrochant à chaque pic, à chaque rocher fantastique de longs rayons verts ou rouges qui enflamment encore le ciel après la disparition de l'astre du jour. Un rayon, comme une flèche, traverse même un rocher percé d'un gros trou rond. Il paraît qu’un ancien dieu de Tahiti, Oro, s’amusait un jour à lancer des flèches de Taravao*?; ses flèches portaient si loin qu’elles traversaient les montagnes de Moorea. Cet Oro était sans doute parent des anciens Gaulois qui lançaient leurs flèches contre les nuages en temps d'orage.

Pendant que nous contemplons l’embrasement du ciel derrière Moorea, Tahiti apparaît vers le Nord comme une immense pyramide bleue, au-dessus de laquelle se lève la magnifique constellation d’Orion, comme une gigantesque «€ Croix du Nord ». Quant à la Croix du Sud, elle a beaucoup moins d'éclat et se distingue plus

difficilement des autres constellations.

La nuit vient très vite, sous les tropiques, moins vile cependant

que je ne l’avais supposé d’après des récits entendus précédemment. Peut-être que les vastes eaux reflètent plus longtemps la lumière du couchant que la terre ferme.

La brise d’Est, le vent alizé qui règne 500 jours par an en

1 Colbert, France-Chérie et Président Thiers. ? Taravao est l’isthme qui unit la grande Tahiti à la presqu'île de Taïarapu.

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