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C'est dans les vallées que se développe la luxuriante végétation
ne
tropicale, recouvrant les ruisseaux de sa voûte humide et verdoyante et remontant les pentes jusqu’à la source des cours d’eau. Les ruisseaux et les petites rivières (vai, pape) prennent le même nom que les vallées. Ils sourdent au pied des escarpements rocheux, entre les fougères arborescentes, coulent doucement dans un vallon en miniature, se grossissent d’autres sources, entre les fougères, le grand lis, les scolopendres, les safrans, (rea), murmurent sur les cailloux, puis arrivent à un autre escarpement de rocher qui mar-
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que la naissance de chaque vallée et se précipitent en une jolie cascade que l’on aperçoit souvent de la mer. La cascade a généralement creusé un bassin plus ou moins vaste dans le roc. Ces frais bassins se tapissent de la verdure la plus luxuriante, à l’ombre de rochers noirs décorés de plantes grimpantes et de lianes qui ne laissent pas le Soleil réchauffer leur eau. De paisibles chevrettes et de jeunes truites sont les seuls habitants de ces petits lacs où l’on aime à venir chercher la fraîcheur délicieuse d’un bon bain et la tranquillité d’un sauvage décor.1
Le ruisseau ne tarde pas à devenir torrent sur les rocs éboulés
couverts de mousse verte ; il passe maintenant à l’ombre des gigan-
! Parmi les plus connus de ces bassins, il faut citer ceux de la Faataua à Tahiti.
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tesques mape, dont les troncs ressemblent à des colonnes gothiques flanquées de colonnettes et dont les fruits offrent de l’analogie avec nos châtaignes. Sur les deux pentes ombreuses, des plantations de fei, de bananes, d’ignames, alternent avec des arbres sauvages, des bosquets de bambous et des essences d'importation plus ou moins récente : l’oranger, le citronnier, qui, avec le goyavier, importé en 1808, devient une vraie peste. Par-dessus tout cela courent d'innombrables plantes grimpantes, entre autres une passiflore, la barbadine, dont les-larges feuilles en cœur, les fleurs d’un violet rouge et les énormes fruits jaunes forment la plus superbe décoration sur le vert feuillage des mape. Nous approchons du bas de la vallée!. De vastes plantations de vanille sur les goyaviers qu’on laisse comme tuteurs et comme abri léger, puis des ananas sans nombre croissent parmi la brousse, enfin l'arbre à pain (maiore ou uru) dans chaque enclos et le cocotier, la richesse du pays, se juche jusque dans les pierres et l’eau salée qu'il semble même préférer à l’eau douce?. D’innombrables pandanus couvrent aussi les rivages, autour des estuaires que forment tous les ruisseaux ; leur feuillage sert à de multiples usages : toitures, nattes, chapeaux, paniers, cigarettes.
Le {amanu ou ati (Callophyllum) est un arbre superbe, au bois rouge très dur, employé à la construction des pirogues. Le Autu (Baringlonia) aux feuilles plus larges, ainsi que le {o’u et le miro (Thespesia) sont employés pour le même but.
Parmi les arbres fruitiers, il faut citer en premier lieu le manguier, représenté par plusieurs variétés et qui prodait des fruits de qualités différentes, depuis la mangue semi-sauvage à forte odeur de térébenthine jusqu’à l'énorme mangue cultivée qui atteint la grosseur d’un œuf d’autruche. Les indigènes prétendent que les mangues
1 Les piments (oporo) y poussent en buissons à hauteur d'homme et sont couverts d’innombrables petits fruits d’un rouge vif qu’on est bien tenté de porter à sa bouche, mais gare ! ils sont aussi forts que le poivre de Cayenne.
2 Depuis dix ans le cocotier souffre d’une maladie que les indigènes appellent manu (l'oiseau ou insecte). C’est en effet un insecte, cousin du phylloxera, qui s’attaque au cocotier et à d’autres arbres fruitiers et les fait sécher complètement en commençant par
le cœur et les palmes.
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donnent des ascarus à leurs enfants qui en mangent des quantités considérables à la saison.
Le figuier, la vigne (grimpante), la pomme cannelle, la pomme srenade se rencon-
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rose (ahia), la chèremoille, la pomme épineuse, la trent dans les jardins particuliers, mais sont d'importation récente. Le dattier n’a jamais fructifié ici. Il pousse cependant très facilement. Un arbre très décoratif dont on borde les routes à cause de son bal ombrage, c’est le flamboyant (atae, erythrina) qui porte des grappes serrées de fleurs d’un rouge éclatant, semblables de près à des capucines?. On rencontre aussi de charmants lauriers-roses en bordure sur les routes. Le faux-caféier est employé avec succès à former | autour des habitations des haies impénétrables aux regards indiscrets. Le faux-cotonnier ({irila), semblable à l'arbre bouteille, pousse un tronc nu aux branches horizontales couvertes d'un rare feuillage qui est remplacé à la saison par de grosses gousses bourrées d’un
srossier coton sauvage dont les indigènes remplissent de préférence
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leurs matelas.
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Le vrai cotonnier a été cependant cultivé ici, mais la valeur commerciale du coton tahitien ayant baissé, les plantations ont été abandonnées à l’état de brousse.
Sur les collines, comme des arbres échevelés, se dressent les superbes aito ou toa (l'arbre au bois de fer, casuarina). La densité de
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ce bois est de 0,850. Le mara est un bois dur, blanc, imputrescible.
Dans les vallées, on rencontre un arbre remarquable, très haut de port, avec des fleurs blanches; il est vénéneux ; c’est le reva dont la sève servait autrefois à empoisonner les flèches. Le bancoulier ou li'airi, très grand arbre aussi, a des feuilles ressemblant à celles de nos platanes ; il porte des espèces de noix vénéneuses. L'avao est aussi un arbre vénéneux.
Différentes parties de ces arbres sont employées dans la médecine
indigène,
1 L’avocatier donne des fruits exquis, semblables à de grosses poires. 2 On aperçoit des flamboyants en fleurs sur le panorama de Papeete. Voir la planche. 3 Cet arbre se rencontre dans toute la zone tropicale jusqu’à Ceylan.
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Panorama d’Uturoa (Raïatea) 1890,
La famille des Malvacées compte plusieurs représentants: le burau
(ibiscus tiliaceui) dont il existe plusieurs variétés à fleurs jaunes
ou rougeûtres. L'ÆJibiscus à fleurs rouges ou panachées de rose,
blanc, rouge, est un arbuste d’ornement dont les indigènes se font des guirlandes au tour de la tête.
L’écorce de plusieurs arbres sert à fabriquer des tissus ou des vêtements. Ainsi l’Ava ou 074, ore AOG.
La tradition rapporte que cet arbre crût d’abord dans la lune d’où un oiseau en rapporta des semences.
Le maiore ou uru (arbre à pain et le burau sont les principales espèces employées à la confection des vêtements.
Le {1 (Darcaena terminalis) n'est qu’une plante
Fig. 11. — Arbre à pain à Raiatea.
L'arbre à pain (maiore, uru) fournit le principal aliment aux populations équatoriales de l'Inde à l'Océanie. Cet arbre atteint une grande hauteur ; il porte des feuilles larges et profondément découpées, des fruits qui atteignent la grosseur de la tête d’un homme et dont on fait deux récoltes par an.
dont on mange la racine sucrée, cuite au four. La tige unique porte un bouquet de belles feuilles ressemblant à celles du scolopendre. C'est ce bouquet de feuilles que le sorcier emploie pour frapper le
four et conjurer les esprits dans la célèbre cérémonie du passage sur le feu appelée umu-ti (four du fi).
Les indigènes distinguent avec soin les différentes variétés du même arbre et leur attribuent des noms spéciaux : ainsi on distingue le pandanus paoo. onao, uru, alu (chapeaux et nattes fines) para, omao, 040, faeore (pour les nattes), une vingtaine au moins de variétés d'arbres à pain : maiore, uru, maore, ohinuhinu, otea, paifee, panafara, patu, puero, pureru, tatara, liatea, loheltopou, etc.
Le bois de goyavier, celui du burau, du manguier sont les plus employés comme combustibles.
Le santal (ahi) existe, mais il est tres rare. Une plante herbacée possède des racines appelées aussi ahi et dont l’odeur rappelle beaucoup celle du santal. Les femmes en placent des touffes dans leur linge.
Il n’y a pas de champignons dans les forêts tahitiennes. Seule une espèce de fungus donne lieu à un certain commerce d’exportation.
La mer contient différentes variétés d'algues échevelées, et le récif
est couvert d’un tapis d'algues courtes et transparentes, d’un beau
vert pâle, semblables à des mousses. La mousse tapisse également les pierres des torrents et les moisissures s’attaquent à tout ce qui est cuir, linge, étoffe, pendant la saison des pluies surtout, avec une rapidité prodigieuse. On trouve alors chaque matin ses souliers couverts d’une épaisse couche blanche de moisissure.