‹ Raiatea la SacréeChapitre 22 sur 88 · ILES · texte numérisé non relu

ILES

Fig. 13. — Conque, oursin, murex et couronne de coquillages.

La conque est percée et sert de trompe d’appel pour la guerre comme pour la pêche. Le son puissant et sauvage de © parfois d’une île à l’autre. Les coquillages employés pour confectionner des couronnes se ramassent sur les percent d’un petit trou qui permet de les enfiler six à six en hexagone. Ces petites étoil chapelet. Cette couronne relativement lourde

et instrument primitif s'entend les fougères arborescentes. Les fillettes

es de six sont ensuites ajoutées l’une à l’autre en se fixe autour du chapeau et le maintient sur la tête malgré la violence du vent.

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hemahema ! Elles enfilent les Nautilus desséchés, les teignent à leur ouise et s’en font des couronnes, légères et transparentes, qui parent avec grâce leurs cheveux noirs flottant au vent.

Quant aux crustacés, une espèce, le gécarcin ruricole ou tourlourou ({upa), crible les rivages de ses trous de taupe. J'en ai compté jusqu’à 40 par mètre carré. Le tourlourou enfouit tout ce qui tombe à la portée de son trou, mème, cela va sans dire, le linge qu'il commence par lacérer en se l’arrachant avec ses congénères. C’est ce qui explique les désastres dont la blanchisseuse indigène n’a pas honte, certes ; ça la fait rire. Si le tourlourou rend de précieux services en nettoyant la plage, il dévore aussi les poussins et les canetons. Pas moyen, du reste, de lutter contre ce puissant envahisseur. Les indiuènes mangent cette bête repoussante.

Mais les crustacés ont de plus dignes représentants : le homard, les crabes (oura miti) de toute espèce, la langouste et la petite chevrette (oura pape) des ruisseaux qui ressemble beaucoup plus à une jeune langouste qu’à une écrevisse. Le crustacé le plus apprécié des gourmets, et les indigènes en connaissent le prix, c'est une espèce d'ibacus ou varo qui possède deux pattes en peigne à moustache et

qui se plait dans les trous de sable. Les gamins le chatouillent avec un roseau armé d’hameçons recourbés et 1

e tirent facilement de son trou.

Les crabes, les langoustes, les crevettes muent fréquemment. On les voit, à la pleine lune, sortir entre deux pierres leur corps mou de sa carapace par un très petit trou situé sous l’abdomen, entre le corselet et la queue. La carapace reste intacte de forme et de couleurs et l'animal va s’en créer une nouvelle. La fécondité des chevrettes est colossale. Elles pullulent dans toutes les eaux douces. Les petites sont employées comme amorces pour la pêche à la ligne.

Un petit crustacé rouge vif, le Bernard l’Ermite, est un parasite qui vit dans les coquilles abandonnées.

Les vers sont représentés par le lombric (/0e), et par d’autres moins intéressants encore: le ver solitaire ({0e ponapona) ; ponapona signifie: ayant des nœuds comme la canne à sucre, le bambou, et

encore ponaponao, ayant un appétit insatiable.

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Parmi les myriapodes, les iules ou cent-pieds, (veri) font une piqüre douloureuse, ainsi que les scorpions (o{orepa, pata), seuls représentants des arachnides avec de grosses araignées ventrues qui se sauvent en emportant leur sac blanc rempli d'œufs, un sac plus gros que leur corps ({iatia rahonui, tutui rahonui).

Les insectes sont fort désagréables; ce sont d’abord les cafards, les cancrelats (popoti) qui rongent vêtements, cuir, papier etse défendent en projetant un liquide des plus nidoreux. Les fourmis (00) de toute espèce s’introduisent partout et s’entassent avec leurs œufs dans les endroits humides et frais, pendant que les guêpes (manu pâlia) se groupent en essaims dans les manches de veste, dans les portefeuilles, après avoir tourbillonné par milliers dans les appartements. L’invasion des guêpes se produit vers la fin d'avril et, chaque après-midi, entre 2 et 5 heures, des essaims bruyants et dangereux vont se jucher partout et inondent votre moustiquaire. C'en est fait du repos et de la sécurité nocturnes pendant quelques semaines : votre moustiquaire, votre lit sont le refuge de guëpes, cancrelats, scorpions, cent-pieds, fourmis et mouches maçonnes.

Ces misérables mouches maconnes, dont il existe deux espèces, remplissent tous les trous d’une boue faite de sable et de terre avec laquelle elles construisent des cellules pour leurs larves. Les serrures, les porte-plumes, le dos des livres, le goulot des théières, les moindres fentes leur paraissent propices à ces constructions. La mouche commune (fe rao) abonde aussi à Tahiti. Le moustique (xaonao, nono aux Marquises) est le grand transporteur d'infections purulentes. Il est moins abondant au bord de la mer que dans la brousse qu'il rend parfois inhabitable, Inconnu sur les montagnes, il est plus fréquent à la saison des pluies qu’à la saison sèche. On est plus ou moins vite vacciné contre ses piqûres et bien des colons dorment sans moustiquaire.

sans les poux (#{u) qui infestent principalement la chevelure fémi-

> tableau de tous ces êtres charmants ne serait pas complet

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nine. On voit des femmes étendues sur leurs vérandas occupées des

journées entières à chercher ces parasites sur la tête des petits

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enfants ou d’une voisine complaisante avec laquelle elles partagent ensuite le butin.

Il y a très peu de papillons /pepe) et de chenilles (ke, hape) aux Iles sous le Vent. Un gros papillon nocturne vient fréquemment tourbillonner avec bruit autour des lampes. Les enfants ont la cruelle habitude d’allonger la trompe des papillons en les tenant par cet

appendice et en les faisant voleter devant eux.

Le grillon (veretei ou vivivivi) fait entendre continuellement son

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Fig. 14. — Poisson volant (exocet).

Les indigènes consomment le poisson volant, surtout à Huabhine.

cri monotone (peretei). Une espèce de grillon ou plutôt de cigale verte (peretei) de la montagne vient parfois frotter ses ailes avec bruit près des habitations. C’est signe d’une nouvelle bonne ou mauvaise. Si l’on ajoute quelques pâles libellules et de rares puces (tutua, tiatua), on en aura fini avec la nomenclature des insectes de ces contrées.

Quant aux poissons, toutes les espèces marines ont des spécimens dans les eaux de Raïatea et de Tahaa. Bien connus et décrits dans des ouvrages spéciaux, il n'ont, en général, rien de très particulier à

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ces contrées. Une simple nomenclature des principales espèces que l’on y rencontre suffira.

Parmi les Cartilageux, nombreux requins (mao) provoquant cependant très peu d’accidents, les pirogues ne prenant pas, en général, la haute mer. Beaucoup d’anguilles, quelques poissons abdominaux, mais surtout des acanthoptérygieus, l’exocet (poisson volant), le tranchoir, le chabot, la bonite (ahopu ou alu), la perche, la carangue, le maquereau, le thon, le rouget, le dangereux hémitriptère (nohu) possèdant des épines très venimeuses dont la piqûre peut être mor-

Fig. 15. — Le Nohu.

Poisson dangereux à cause de ses piquants qui contiennent une substance toxique laquelle, introduite sous la plante du pied, peut donner le tétanos,

telle, des coffres, balistes et des poissons à houpe qui ont peut-être donné naïssance à la légende d’après laquelle certaines baies de Raïatea (Faaroa, Opoa) seraient hantées par des poissons possédant une tête humaine avec des cheveux.

Les oiseaux n’abondent pas dans les forêts luxuriantes de Raiatea, Il y a trop peu de graines et d'insectes. La plupart sont silencieux. Pas de ces gais chants de printemps qui font le charme de nos forêts. Seulement l’appel de la tourterelle sauvage (uupa), le cri strident du pic (otatare) qui vient de crever l’œil à un poulet, ou, le soir, le rappel du coq sauvage. Les palmipèdes et les échassiers sont naturellement plus nombreux, trouvant une nourriture plus abondante et pouvant se transporter plus aisément. L’albatros, le fou, le goéland, la gonie suivent les navires au large, mais disparaissent un

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jour avant l’arrivée à terre, soit à 400 ou 500 kilomètres des terres habitées.

Par contre les mouettes (tarara), les hirondelles de mer, les phaëétons, oiseaux blancs avec une plume rouge à la queue, les sarcelles (moora oviri), grues (ao), courlis, bécassines ({orea), râles, abondent sur toutes les plages. On chasse la sarcelle et Ia bécassine dans toutes les baies, surtout à Mana, Apooiti, Opoa, Faaroa, etc. Une espèce de héron gris nommé wtuu fréquente les plages et semble être le même oiseau qui figure dans les dessins japonais et chinois.

Enfin on rencontre une espèce de petite hirondelle (opea) à courtes ailes qui voltige le soir silencieuse autour des habitations, et des oroupes de tout petits moineaux (le vrai moineau n'existe qu’à Papeete, où il a été importé) qui s’envolent en essaims avec un petit sifflement. Un oiseau de mer ressemble assez à notre aigle et plane à de grandes hauteurs. Bien loin dans la brousse on trouve quelques perruches (aau, aavao) mais elles sont très sauvages.

Il ne reste plus à mentionner, dans l'échelle animale, que les cétacés, baleines, dauphins et marsouins qui visitent aussi ces parages. Parfois une baleine vient échouer sur les coraux de Scilly et Bellingshausen où l’on retrouve ensuite ses ossements blanchis. Ces dernières îles plus éloignées du reste du groupe sont habitées uniquement par de très nombreux oiseaux, des palmipèdes ou des échassiers, qui y pondent sur le sable des quantités prodioieuses d'œufs.

En résumé, la vie animale est beaucoup plus puissante dans la mer que sur la terre où la première impression est une impression de mort et d'abandon, surtout quand on s'éloigne des rivages et que l'on s'enfonce dans les montagnes de l’intérieur.

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