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CHAPITRE VI

POPU LATION

Origine des Polynésiens. — Résumé des hypothèses.

Les sources historiques.

Les idiomes polynésiens ne possèdant pas d'écriture, les annales de ces peuples n’ont pu être fixées avant l’arrivée des Blancs, c'està-dire il y a un peu plus d’un siècle, puisque Cook découvrit Tahiti en 1769.

C’est à cette époque-là qu’il eût fallu recueillir avec soin toutes

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les traditions polynésiennes. On a malheureusement attendu que la diminution effrayante de ces populations menaçàt de les effacer de la carte pour rassembler et publier quelques-unes de leurs traditions. Ce n’est que vers 1850 que parut le premier Dictionnaire { de la langue tahitienne et la première traduction complète de la Bible n’est pas de beaucoup antérieure. Ellis venait de publier ses Polynesian Researches; Moerenhout, Fornander, de Quatrefages ont réuni

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des matériaux considérables qu’il serait impossible de se procurer actuellement. Ceux qui écrivaient au milieu du XIX*siècle se plaionaient déjà que les traditions et les coutumes s’effaçaient, que l’usage de l’ancienne langue s’en allait. Ils assuraient que les vieil-

‘ A Tahitian ana English Dictionary, printed at the London Missionary Society’s press, 1851.

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lards pouvaient parler entre eux sans crainte d’être compris des jeunes gens. Que dire de l’état actuel? A Tahiti, la vieille langue tahitienne trop difficile à manier fait place au « tahitien de la plage, espèce de «petit nègre» dont se contentent la plupart des Européens en séjour. Il faut fuir aux Iles sous le Vent, il faut aller dans les districts reculés de Raïiatea, ou bien à Bora-Bora, à Maupiti pour retrouver encore quelques bons vieux mots, quelques antiques expressions. C’est là aussi qu’on retrouve occasionnellement l’antique costume et bien des pratiques superstilieuses, dernier reflet de la religion abandonnée il y a 80 ans à peine. Ce sont les observations faites dans ce milieu moins contaminé par notre civilisation qui ont fourni la matière de ce volume. Nous avons voulu dépeindre ces îles enchanteresses et leurs habitants tels que nous les avons vus dans les dernières années du XIX® siècle. Ce qui existe trouve son explication dans ce qui a existé. Nous avons cherché à donner cette explication en jetant quelques coups d’œil rétrospectifs au moyen des renseignements que nous avons recueillis sur place, de la bouche des indigènes surtout. Ceux qui nous ont le plus renseigné soit sur les mots, soit sur les coutumes, traditions et légendes, méritent au moins une mention de reconnaissance. Ce sont en particulier Taumihau, patron de cotre à Uturoa, parent de la famille royale des Tahiloe et le vieux Mataute, ancien chef de mataeinaa. Le premier à écrit de sa main les chants et légendes qu'on trouvera à la fin de ce volume.

Tous ceux qui s'intéressent à ces populations primitives prètes à disparaitre, à leur histoire et à leurs légendes attendent avec impatience un ouvrage très important promis depuis longtemps: L'AHistoire de Tahili par Miss Teuira Henry. Miss Henry, qui habite actuellement les îles Sandwich, est la petite fille de l’un des premiers missionnaires anglais qui se rendirent à Tahiti, le Rev.J.-M. Orsmond. Celui-ci avait rassemblé de nombreux matériaux qui vont paraitre maintenant et qui constitueront un vrai trésor relatif à la mythologie et aux légendes tahitiennes. Il serait à souhaiter qu’on publiât une édition française de cet ouvrage.

Grâce à ces documents et à ceux que publie le Journal of the Poly-

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nesian Society de nouvelles clartés viennent éclairer le problème de l’origine des Polynésiens et en rendent la solution de plus en plus possible. Nous ne nous occuperons que des principales hypothèses et des principaux arguments qui ont été produits relativement à la route que ces peuples ont suivie dans leurs migrations successives.

Mais d’abord, voyons de quelle manière s’est conservée et se conserve encore le souvenir des faits historiques chez les Océaniens ?

1° Il y a d’abord l’histoire des dieux, Te Rohu Atua, qui se transmettait autrefois par les prêtres (Tahua pure), espèces de druides des Marae polynésiens. Cette histoire des dieux, c’est en même

| temps l’histoire des anciens rois, car la généalogie de ceux-ci, lorsqu’on remonte une vingtaine de générations en arrière, se confond avec l’histoire des dieux, spécialement de Æiro, d’Oro, de Taaroa, etc.

90 Une source historique qui restera longtemps encore en honneur, ce sont les généalogies ({e aufau fetii). Ges généalogies sont conservées avec d'autant plus de soin qu'elles constituent en même temps les droits des familles à certaines terres. Lorsqu'une contestation s’élève relativement à une terre, on se rend devant les juges indigènes et chacun de réciter sa généalogie et de citer le nom de ses ancêtres qui ont été propriétaires de la dite terre. Il arrive souvent que celui qui peut remonter le plus haut et donner les plus copieux détails sur ses ascendants l'emporte sur son adversaire f.

Il va sans dire que les chefs et rois attachent encore plus d'importance à ces généalogies qui, malheureusement, se transmettent oralement. En 1899 commenca la discussion générale relative aux terres des Iles sous le Vent. Autrefois, toutes les terres appartenaient aux rois qui les donnaient en apanage pour ainsi dire définitif sous le nom de Taura oire, lots de ville. Comme le chef-lieu seul de Raïatea avait reconnu la domination française depuis dix ans, les terres du chef-lieu avaient été données en apanage à des partisans de la France. Maintenant que toutes les îles lui sont soumises, les anciens propriétaires (fatu) viennent réclamer et ce sont des complications

1 Voir note du Tahitian and English Dictionary.

infinies pendant lesquelles les aufau fetii jouent un grand rôle. On a vu, pendant l’année 1899, les descendants des rois de Tahiti, le Prince Hinoï, la reine Mârau, le grand chef Tati, la reine de Bora- Bora à tour de rôle faire la tournée des villages, rassemblant partout la population pour essayer de persuader les indigènes de leurs droits royaux. Mais à peine le premier avait-il tourné le dos, sûr d’être admis comme propriétaire général, qu’un compétiteur survenait et renversait les arguments de son adversaire, On ne sait comment tout cela finira. Il faudra sans doute une décision des juges français passant par-dessus les aufau fetii.

5° Ensuite viennent les contes, les récits légendaires (aai, aamu) relatifs à de puissants personnages et à leurs hauts faits décrits dans le langage le plus hyperbolique.

4° Les Tahitiens ont aussi essayé d’immortaliser leurs guerres, leurs victoires en leur donnant des noms particuliers. Il suffit de prononcer le nom de £e {amai à le hoo roto, te tamai huri aua pour éveiller le souvenir de sanglants combats entre les guerriers de Huahine et de Raïatea, de Raïiatea et de Bora-Bora 1.

9° Les petits faits relatifs à l’histoire des particuliers, chefs, rois ou simples mortels sont, à l’heure qu’il est encore, commémorés par un changement de nom.

n’y a pas de noms de famille. À sa naissance, chaque individu reçoit de ses parents un nom significatif, celui d'un grand roi, d’un dieu, ou bien un nom rappelant une circonstance relative à la naissance, comme Telua, le dos, Mahuru, le bébé qui tette, Te {ua îte roi, le dos dans le lit, Ruru, trembler, Taiu, le nourrisson, Aru, la fin d’un désir, Teuira, l'éclair, Mauiui, douleur, Teuru, le maiore, Te rou, la perche pour cueillir le maiore, Terao, la fourmi, etc.

Dès que l'enfant est né, il se présente une commère pour l’adopter en lui donnant un autre nom, plus pompeux que le précédent : Teri, le roi; Tehaamana, le puissant, Taaroa (nom d’un dieu), Zina (nom d’une déesse), etc.

Dès lors, l’enfant est connu sous ces deux ou trois noms auxquels

‘ Tahitian and English Dictionary.

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