‹ Raiatea la SacréeChapitre 35 sur 88 · NI · texte numérisé non relu

NI

(ED 1 L | | | À fl 1:14 | à l1 ! :

OS es

jusque dans les familles royales pour rencontrer des démarches princières où la noblesse du mouvement S’allie à la lenteur de la marche et à la grâce du geste de la main qui salue. Les plus petites fillettes lancent un baiser aussi gracieusement qu’une Espagnole. J'ai retrouvé ces mêmes gestes à Colombo parmi les petites Cingalaises.

Les Tahitiens possèdent aussi l’art de se draper dans un lambeau d’étoffe. Un simple pareu (pièce de calicot à fleurs voyantes qui constitue le principal costume), se moule à leur corps et forme un vêtement plus décent et plus approprié au pays que nos horribles pantalons dont ils s’affublent de plus en plus. Les femmes saisissent les deux coins supérieurs du pareu, le tendent derrière elles et le ramènent vivement sur la poitrine, enroulant le bord supérieur de manière à en retenir les coins; elles sont drapées depuis le mamelon des seins jusqu'aux genoux et plongent, ainsi habillées, du haut des rocs dans les verts bassins, leurs cheveux dénoués flottant au vent. Par-dessus ce pareu, elles portent une longue jupe de calicot blanc fixée aux épaules, avec de larges dentelles comme volant et enfin une robe de mousseline d’indienne, de satin même, tout d’une pièce, de la façon des robes dites «empire ». Ces robes ont une petite collerette de dentelle ; des dentelles figurent également au bas des manches ét au bas de la robe. Les Tahitiennes se nattent les cheveux en deux belles tresses qu’elles nouent parfois sur le front quand elles vont se baigner ou qu’elles exécutent un ouvrage. C’est là tout leur costume avec un chapeau tressé avec soin et garni de rubans voyants.

Sans être en deuil, les femmes âgées adoptent, pour se rendre au culte, une robe de mousseline noire et un chapeau de paille teint en noir.

Le costume masculin se compose essentiellement du pareu! qui se noue autour des reins et pend gracieusement jusque sur les talons. Pour travailler ou pour pêcher, on relève le pareu en enroulant le bord supérieur sur lui-même. Les jeunes gens passent aussi deux des coins entre leurs cuisses et nouent ces coins au milieu de la

1 Les pareus se fabriquent en Angleterre, et en Suisse aussi (à Zurich).

= se ho RTE

Fig. 20. — Spécimen de pareu.

Ces pareu qui se fabriquent en Europe d’après les indications fournies par des dessins indigènes ou par les plantes du pays sont ordinairement rouges et blancs, rouges et jaunes ou bleus et jaunes, comme celui dont nous donnons la photographie.

ceinture devant et derrière. Leur pareu prend ainsi la forme d’un caleçon de bain court. C’est la ceinture qui sert de poche et de portemonnaie. Un pareu et un chapeau de pandanus aux larges ailes forment le costume ordinaire des hommes et des enfants. Ils’yajoute, selon les températures et les cérémonies, une camisole ou une chemise aux couleurs voyantes qu’on laisse pendre sur le pareu et par-dessus laquelle on endosse même une veste de marin à boutons d’or, relique de quelque matelot. Parfois on réussit à se procurer une vieille redingote ; on s’en affuble par-dessus la chemise et lon complète le tout par un vieux chapeau haute-forme et une paire de gros souliers que l’on se hâte d’enlever dans le temple aussitôt l'entrée triomphale effectuée. Heureusement que les indigènes ne sont pas toujours si grotesques. Mais ils se mettent à porter le pantalon de coutil bleu ou de toile blanche, souverainement heureux quand ils ont pu obtenir la défroque complète d’un marin ou d’un fonctionnaire.

On oblige bien à tort les jeunes garçons à venir à l'école en pantalons. On les voit arriver portant leurs pantalons sous le bras et l’enfiler au moment d’entrer dans le sanctuaire où on leur apprendra à oublier leur langue... mais à apprendre les 850 sous-préfectures de France et les grandes villes d'Europe. Il est juste de dire qu'ils quittent ce travestissement dès la sortie de l’école et que la langue tahitienne reprend aussi tous ses droits. Nous parlerons plus loin des costumes anciens. Nous dirons seulement, pendant que nous en sommes au costume actuel, que ce peuple a un goût très prononcé pour la parure. La véritable parure était le tatouage. De nos jours, il est remplacé par les bijoux de camelote que les marchands européens ou américains vendent très cher aux indigènes: boucles d'oreilles, broches, bagues, épingles de chapeaux, rubans, dentelles, cravates, etc. On ne fabrique plus de costumes nationaux si ce n’est pour obtenir, à la fête du 14 juillet, les prix offerts par le gouvernement français. Le seul article de toilette sur lequel s'exerce encore le goût indigène c’est le chapeau et la couronne qui doit l’orner. Ge goût de la parure se manifeste aussi dans l'habitude, vivace heureusement, de se couronner de fleurs, de branches et de fougères.

Er

Type de jeune Tahitien. Type de jeune Tahitienne.

Rd ER 5 2 27 +

EE

RE

ee TE SL

ee à ES

ES RE PRE re italie mhemermtonn —

Sa RE ie

Ghaque habitation est entourée de son petit jardinet de fleurs : roses, gardenias, tipaniers, {iare, jasmins, basilics, menthes. Le tiare est soigné tout spécialement. Dès l’aube, les jeunes fillesenenferment les fleurs dans une petite gaine de’feuilles, afin de les conserver closes et parfumées pour le soir. Au crépuscule, elles les cueillent et en forment une charmante couronne blanche (fe hei) en les enfilant

Fig. 21. — Groupe de danseurs à Raïatea.

Les « vahine » ont noué un fichu autour des hanches et s'apprêtent À danser la upaupa au son du tambour et des claquements de mains,

bout à bout. Auparavant, elles prennent un bain, passent leur plus jolie robe, nattent leurs cheveux inondés de fin monoi; elles posent alors délicatement la couronne blanche sur leur front et sortent à la recherche des {ane (mâles) qui ne se font pas attendre longtemps. On voit alors les couples s’en aller dans la pénombre. On se rassemble devant la baraque du Chinois qui vend du café, du thé et des liqueurs. On s’y groupe en rond et la wpaupa commence, la danse du ventre.

me tt

SUN us

L’orchestre se compose d’un accordéon qui a supplanté dans ces

orandes fêtes. II y a deux sortes de

upaupa du soir l'orchestre des danses :

1. la danse assise avec mouvements des bras et du torse ; 2. la danse debout avec gestes exprimant les passions.

Une fille se noue solidement un foulard au-dessous des crêtes iliaques, met les mains sur les hanches et commence en mesure des contorsions des fesses accompagnées de mouvements d’écarte-

ment et de rapprochement des jambes, mouvements qui s’accélèrent

SES 0er DAS dat na per Hp = , s TRS au sn SN cs 2 à EE 4 “s Te Las Me. AU:

LOT Fe Te EE Æ =

Fig. 22. — Danse assise à Raiatea.

Mimique plutôt que danse. Cette figure et la suivante donnent une idée des mimiques qui

étaient autrefois savantes et compliquées et dont la composition et le rythme se sont passablement altérés de nos jours sous l’influence de nos danses européennes.

avec la musique et les beuglements sourds des chanteurs masculins pour durer deux ou trois minutes. Au bout de ce temps, la danseuse est épuisée de fatigue et remplacée par une autre ou par un fane. Petit à petit les groupes se dispersent dans l’ombre favorable et tout rentre dans le silence après que le tambour de 9 heures du soir. vieille coutume maintenue, a battu le couvre-feu.

L'immoralité de ces peuples a, paraît-il, dépassé toute description

l'opinion des auteurs qui ont parlé de cette race, c’est que cette immoralité n’a pas diminué. Elle a seulement changé de caractère et a appris des Blancs à devenir vénale. Nous en reparlerons à propos de la famille et de l’infanticide.

Se mme gagne pém.

tt ot gd np Le

PER ie

Ce n’est pas sans cause que Tahiti fut appelée la Nouvelle Cythère 1.

Quand les indigènes viennent vous demander des médecines, ils vous décrivent l’état de leurs entrailles de la manière la plus nette, et, Si vous ne comprenez pas, ils suppléent à la parole par le geste. Ils ne manquent pas d’appeler les choses par leur nom. Leur langue se prête aux mauvais calembours que les enfants trouvent avec une remarquable facilité et qui excitent au plus haut degré leur hilarité.

PE ce) AZ N Ÿ 7 RS 1777 en || || S ‘ LITE - \ € l 54 Fr Ÿ à | FRE $ >, F US , £ ; > { on! pe 110 LE ÈR 7 LAS. 7e 17 AT EU YU ÿ = : , LD ETS | /7AA 1€ NZ. = & — a Le an Wu s A / L { 5" Bt F = 2 «hi 118 RE À g À . Ju dt LL Pa JS Mt, . À . OA V/ ” CE ms Ur ANR Ÿ r où = <- ,… { ’ + Mist Wat.

ni f .

PALTE ( . nl ' Datiiisilqun ve.

Le Whrys KZ,

de Z :

AN tu, : se tes RUE Un t re A ‘1 : A URAATIE Ù , ut.

EE un 23 “= Lee A LE Rte LS

a 4 2 e % (TAATAUTE Ü A UE RES Es 2 Sen TN — É =. S A [LAL K LBEE | 7 1PiuS DA

ne “ af CPR EL ne > SE > £ 3 LFP 4 à - PRESS er > ESA! NL ER RNA ESS K «x " Le , —… Re LL L DrenT LUN S) W# [4 e, ee Te se Rest AS ?

— To — 2" NV. À y [FALL ELLE PET EREET

Fig. 23. — Danse debout à Raïiatea.

Il est manifeste que les enfants sont initiés, dès l’âge de 4 ou 5 ans à tout ce dont on fait mystère aux jeunes Européens de 15 ou 16

1 Sodomia sive puerorum amor quoque in iis insulis in usu est inque ejus generis sontes ab indigenis non tantum sæviebatur quantum in adulteros deprehensos. Accidit ut suspicandum sit quosdam in Europa natos pueros indigenas stuprare. Nuper, cum de rumoribus anquisitio facta esset, magistratus quidam punitus est.

Masturbandi vitium quoque comitti eo demonstratur quod titoi appellatur.

Lascivorum juvenum utriusque sexus caterva mulieres nobili loco ortæ stipari gaudent. Quarum una juvenem jubet se semper sequi meretricis modo vestitum, habitumque maxime effeminatum ostentantem, alteriou autem comes puerorum concubitum appetere vulgo dicitur.

Denique lenociniim puellarum faciunt sua causa Sinæ et in eorum domibus fiunt quæ satius est nescire.

Vocantur menstrua mulieris vari id est lutum vel repo id est sordes ; quibus ut primum

puella afficitur, in publicum refertur.

Ro qe dom dt,

ans. Comment en serait-il autrement avec la cohabitation de tous les instants entre jeunes et vieux, la grossièreté de langage des adultes et la nudité presque habituelle de tous. L'âge calme les instincts animaux ; cependant les vieux membres de l'Eglise avouent, en riant de plaisir, qu’ils ont aussi dansé la wpaupa dans leur jeune temps, et pour eux le nombre des années ne met pas toujours un frein à l’immoralité. L'année dernière encore un vieux pilier d’Eglise (qui a sa chaise réservée au temple) eut un enfant de la fille de sa seconde femme. Celle-ci le quitta, mais il continua de vivre tranquillement avec la jeune fille, entouré de la considération publique. On voit aussi, dans ces îles, des commerçants blancs vivre avec deux femmes et avec les enfants d’une de ces femmes qui leur donnent des enfants à leur tour. Les demi-Blancs sont, paraît-il, pires que les indigènes, ayant greffé tous les vices européens sur les vices tahitiens.

Si les Tahitiens se sont facilement approprié nos vices, ce qui est bien aisé, ils n’en ont pas fait de même de nos vertus. Ils n’ont pas, dans leur langue, de mots correspondant à ces vertus. Comment les comprendraient-ils ? Il faudrait, pour les leur inculquer, pour qu'ils les fissent leurs, une longue éducation de plusieurs générations. Il faudrait sortir l'enfant du milieu où il est appelé à vivre; il faudrait qu'adolescent, il ne puisse rentrer dans ce milieu. Ces conditions n'ayant pu être remplies jusqu'ici on n’a pu faire saisir à ces gens que le côté extérieur du christianisme et on en a fait des Pharisiens. Il faudra bien du temps encore pour que les vertus chrétiennes aient transformé ces peuples.

Cependant on ne saurait être sévère à leur égard. Il n’y a qu’à considérer l'exemple que les Blancs leur donnent trop souvent. Et puis ces peuplades océaniennes sont vraiment dignes d’être aimées. Elles ont aussi leurs vertus à elles. N’est-il pas remarquable, à notre époque de découragement général, de rencontrer un peuple chez lequel le suicide est inconnu? Cela tient certainement à la facilité de la vie et à ce beau ciel bleu et doux qu’il est si triste de quitter. Maïs c’est pourtant un fait exceptionnel de nos jours. Il arrive quelquefois que des Européens se suicident en Océanie. Les indigènes en sont tout effrayés. Mea riaria! disent-ils : «c’est chose horrible »!

La mer de corail

et l’île de Tahaa, vue de Raiatea.

= — —— —— a . a "mess - - ee — = étés clés sommes sé = E = RE SRG = . — nr = = à — — e-

& ee + 2 à

Page 1