‹ Raiatea la SacréeChapitre 38 sur 88 · CRUE · texte numérisé non relu

CRUE

Pour appeler, il fait un geste qui est juste le contraire de notre signe de la main ; élevant le bras à hauteur des yeux, il abaisse la main en arrière,

tion. Un ami qui avait séjourné sur la côte de Guinée me disait

en tenant la paume tournée en bas, l’avant-bras en prona-

avoir remarqué le même geste chez les nègres d'Afrique. Au repos, les Tahiliens joignent les deux pouces et les deux index devant le senou, et les femmes s’asseyent à la façon des tailleurs, comme les Bouddhas des temples hindous.

Je ne sais si la coutume de porter les enfants sur la hanche (perelau) est particulière aux Polynésiens. Il est très amusant de voir les tout petits enfants écarter leurs jambes dès qu’on les saisit

pour se fixer à cheval sur la hanche maternelle, un bras passé derrière le dos de la porteuse, qui, elle-même, maintient son fardeau en l’entourant de son bras.

Enfin, il faut noter la manière dont les femmes tiennent la coquille tranchante, le couteau ou le fragment de bambou dont elles se serveut pour couper ou éplucher un fruit : elles allongent l’index sur le dos de la lame, le manche demeurant dans la paume de la main où les autres doigts le maintiennent fermement.

A ces particularités, il faut encore ajouter l'habitude curieuse qu'ont les Tahitiens de se frapper la gorge avec l’index en parlant de

nourriture. Gette coutume se nomme paltapoa.

Caractères physiologiques.

Durée de la vie. — Demander son âge à un indigène est peine perdue. Il n’en sait rien, et il sera vieux ou jeune suivant les besoins de la sause. Ainsi la nouvelle loi ayant fixé la durée de l’époque de prestations et corvées de 18 à 55 ans, un individu nommé 7Teiho, qui a à peine 50 ans, se fit porter sur le registre d’état-civil comme âgé de 60 ans. L’état-civil n’a été régulièrement institué qu’en 1898. Auparavant, des registres de baptèmes et mariages étaient tenus par

les missionnaires européens. Du reste, l’indigène se rend mal compte

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des coupures du temps. Pour lui, la vie s'écoule avec la plus parfaite monotonie et comme il n’a jamais eu une chronologie quelconque, il ne s’est guère soucié de connaître le nombre de ses années. Les erreurs les plus grossières sont commises à ce sujet. Lorsqu’une femme amène son bambin à l’école, on lui pose entre autres questions d'usage celle de l’âge. Æ anei répond la femme : Qui le sait? Ilne faut pas insister, car elle vous dira aussi bien vingt-cinq ans que trois ans.

On ne peut pas dire que les indigènes deviennent si âgés qu'ils ne connaissent plus le nombre de leurs années. Je pense qu’ils dépassent rarement la soixante-dixième. Presque tous meurent entre 60 et 70 ans d’éléphantiasis ou de dépérissement. Les membres des familles royales ne font pas de vieux os non plus. La reine Pomare IV fit exception. Dans ce siècle où des reines célèbres ont joui d’une longévité remarquable, elle a régné de 1827 à 1877.

Aptitude à l’acclimatation. — Les Polynésiens ne paraissent guère capables de s’acclimater sous d’autres cieux. Peut-être la nostalgie y est-elle le principal obstacle. 11 est facile de constater que les indigènes quittent leur île avec regret au milieu de scènes de lamentations violentes, quand même ne serait-ce que pour quelques semaines : ils ont le mal du pays. Les départs et les arrivées donnent lieu aux scènes les plus attendrissantes, Cependant, un bon nombre de Tahitiens ont vu le ciel de France et sont retournés dans leur patrie.

Les indigènes que Bougainville et Cook emmenèrent avec eux, Uturu et Tupaia, moururent en route. Beaucoup d’autres eurent le même sort. Mais ceux qui vinrent à l'Exposition universelle de 1889, Tematahi, Tati, Tetuanui !, etc., sont retournés dans leur île lointaine en parfaite santé. Il est vrai que les Tahitiens s’accoutument à l’heure qu'il est aux mœurs et surtout à l’alimentation européennes et que les soins hygiéniques ne leur ont pas fait défaut. De plus, leur séjour n'a pas été de longue durée.

Ge sont bien plutôt les Blancs qui ont de la peine à s’acclimater à Tahiti. Ils y contractent facilement la dysenterie du pays (ohure-too),

! Ges indigènes sont devenus de vrais « gentlemen » et parlent le français avec distinction.

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Grotte dans une vallée de Raiatea.

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la phtisie et même le feefee (éléphantiasis). La plupart des colons qui ont passé de longues années sont atteints du feefee soit par ap- LRIE pauvrissement du sang

Soil par manque de soins hygiéniques, de

| nourriture reconstituante, soit parce qu’ils s'étaient trop bien adaptés | | à la vie indigène ou avaient abusé du rhum. Bien des personnes Il [11 qui ne s'étaient pourtant trouvées dans aucune de ces conditions, All [I | ont été atteintes de gonflement des testicules, d’affections du système urinaire, d’enflure des jambes et mêne de ramollissement du cerveau vers la fin de leur carrière.

eci nous amène à aborder le sujet des maladies et de la médecine Il indigène. LIU

Caractères pathologiques.

Maladies et médecine indigène. — Ce sont les maladies épidémiques

| qui ont exercé les plus grands ravages au milieu des populations | tahitiennes; celles qui ont fait le plus de victimes ont été des dysenteries fohi, ohure too; de ohure, anus, too, vomir). Les dysenteries, | comme la fièvre typhoïde, qui semble être plus bénigne là-bas que | dans nos climats, doivent y être endémiques ; la cause git sans doute dans une nourriture grossière et peu réparatrice (fei, poissons), l'humidité chaude de Pair et la fraicheur du hupe (vent de nuit) Hi succédant aux ardeurs du jour. Leseaux stagnantes, les entassements | | de détritus autour des cases doivent aussi contribuer à rendre ces ll maladies fréquentes. | De violentes épidémies de rougeole et de variole (oniho) ont fauché | |

la population. On se souvient spécialement de l'épidémie de 1854 où UE le chiffre des décès à Tahiti avait dépassé de 700 le chiffre des naïis- {ll | sances, c'est-à-dire que le dixième de la population avait succombé. | tandis que cette affection n’avait été mortelle pour aucun Européen. | fl Du reste cette maladie, comme beaucoup d'autres à Tahiti, ne prend

! Annuaire de Tahiti, 1863.

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