‹ Raiatea la SacréeChapitre 39 sur 88 · EE" AUS · texte numérisé non relu

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un caractère grave que par suite du manque de soins judicieux el par l’abus des bains de rivière et de mer.

Ces ablutions qui se font toujours après le repas (on mange même l’uru, fruit de l’arbre à pain, dans l’eau, et c'est un des grands plaisirs des enfants) et les refroidissements gagnés pendant des nuits passées à danser ou à chanter (himene) causent de nombreux rhumes (mare, hola) lesquels, mal soignés, dégénèrent en phtisie ({u{oo). La phtisie doit avoir une période latente assez longue; on ne s'aperçoit de la marche foudroyante de la maladie que dans sa dernière phase. J'ai vu des jeunes gens d'apparence robuste fondre à vue d'oeil en trois mois et devenir de vrais squelettes. Les indigènes ne savent pas soioner la phtisie. Ils se contentent de massages et de frictions avec le monoti (huile de coco) qui soulagent quelque peu le malade. J'ai connu un phlisique de 40 à 45 ans qui semblait très atteint se remettre assez bien en absorbant force huile de foie de morue brune. Ce remède ne semble pas répugner au goût des indigènes qui aiment aussi bien ce qui est gras que ce qui est sucré.

La phtisie paraît faire de plus grands ravages actuellement à Tahiti qu'aux Iles sous le Vent, grâce peut-être à une plus grande facilité de gagner rapidement des sommes d’argent importantes qui passent non moins rapidement chez le débitant. Aux Iles sous le Vent, la solde des chefs, avant d’être touchée, est souvent dépensée chez les débitants de rhum, aussi voit-on ces cheîfs {aero (ivres) pendant quelques jours. Ils sont pris ensuite de leurs libations d'attaques cruelles de feefee et pratiquent alors la diète et l’abstinence relatives jusqu’au prochain trimestre. Cependant, malgré l’abus occasionnel des liqueurs, les Tahitiens sont rarement frappés d’apoplexie. Ils souffrent quelquefois de maux de tête (mahoahon) causés peut-être par l'insolation (ofatiatia) mais bien plutôt par la maladie vénérienne. Je n’ai vu qu’un cas d’ivrogne habituel frappé d’apoplexie suivie d’une longue paralysie de la langue. C'était le vieux chef-pilote Ofare qui tomba un jour en plein temple et fut transporté dans une case voisine où une femme docteur ({aole vahine) lui prodigua les frictions au monoi et le massage des membres.

Toutes les maladies sont appelées mai ou pohe i te mai et leur cause

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est généralement attribuée, dans l’esprit des indigènes, à une lésion interne cachée qu’ils appellent fati. Si vous toussez, ils commencent par vous demander si vous n’avez pas fait une chute de cheval ou d’arbre et, pour peu que vous trouviez dans vos souvenirs celui d’une culbute quelconque, fût-elle vieille de trente ans: « Voilà la vraie cause », disent-ils ; «tu es fati » (cassé).

Lesrhumatismes, les névraloies qui sont très fréquentes dans ces îles et auxquelles peu d'hommes échappent sont naturellement des fati. Les vieillards souffrent horriblement des rhumatismes, quand ils en sont pas atteints de feefee. Le traitement indigène du rhumartisme est rationnel, puisqu'il consiste en frictions (au mono) et massages ({aurumii) pratiqués avec une vigueur et une adresse remarquables par un grand nombre de femmes docteurs ({aote).

Quant au feefee, (voir la planche) c'est l’éléphantiasis

: Fig. 24, — Indigène atteint d’éléphandes Arabes. Il débute toujours tiasis aux pieds.

par des accès de fièvre et des douleurs dans un membre, sans enflure d’abord. Les Européens

anémiés ou qui vivent à la mode indigène, n’en sont pas exempts. Au bout de quelques accès mensuels de fièvre, l’enflure commence généralement par un pied. Souvent une simple entorse mal soignée est le début de l’enflure du feefee. Si l’Européen quitte immédiatement Tahiti pour des contrées plus froides, l’enflure diminue et disparait le plus souvent, mais pour réapparaître au retour à Tahiti. Le membre malade peut acquérir des proportions invraisemblables, (celles d’une barrique de 225 litres) et les quatre membres peuvent

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