‹ Raiatea la SacréeChapitre 40 sur 88 · IL D · texte numérisé non relu

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être atteints simultanément sans toutefois présenter une augmentation de volume si extraordinaire. Il n'est pas rare aussi que l’éléphantiasis gagne les organes génitaux de l’homme (mais de l’homme seulement). On peut voir à Huahine des individus qui portent, en marchant, ce terrible fardeau sur une brouette. Quelquefois l’enflure est si énorme et si générale que l’indigène doit marcher à quatre, comme c'est le cas de l'individu de Moorea (que représente la planche ci-contre). Il se forme souvent sur la peau distendue du membre enflé des protubérances (fiotio) qui s'ouvrent et laissent couler du pus. Les individus atteints du feefee se font quelquefois soulager par des coups de bistouri. Ils perdent momentanément beaucoup d’eau, mais le volume du membre malade ne tarde pas à reprendre sa marche progressive. Les indigènes ne paraissent pas souffrir physiquement beaucoup du feefee et moralement encore moins. Ils en rient volontiers. Tous les traitements que l’on a tentés ont échoué jusqu'ici. On a dernièrement essayé des injections d’iode qui ont produit un soulagement temporaire. Il faut croire que le feefee est produit par un bacille inoculé par les piqûres de moustiques et que le traitement « Pasteur » seul pourrait être vraiment efficace, comme on espère qu'il le sera pour la lèpre (pupure) qui sévit aussi faiblement dans ces iles. On pense à Tahiti que les habitants chinois du pays en sont plus atteints que les Tahitiens. Quelques Blancs ont contracté la lèpre à Tahiti. On ne signale actuellement qu’un lépreux aux Iles sous le Vent, mais on en cite à Moorea qui est la « maladière» de Tahiti. Il existe, chez les Tahitiens, une maladie scrofuleuse beaucoup plus répandue que la lèpre, c’est l'oovi. Elle débute par des douleurs d’entrailles atroces ; ces douleurs courent ensuite dans les membres et on en meurt fréquemment, à moins qu’on en réchappe avec un membre paralysé, sec et tombant en pourriture (roherohe).

Les maladies vénériennes ({ona) sont bien moins redoutées et redoutables que chez nous. Les petits enfants sont fréquemment atteints d'accidents secondaires de la syphilis ; on la combat aisément par l’iodure de potassium et les remèdes mercuriels que tous les indigènes supportent bien plus facilement que les Blancs. Somme

Cases indigènes.

(Dans le lointain, l’île de Huahine.)

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toute, malgré la dépravation des moeurs indigènes, les maladies vénériennes sont presque inolfensives et les indigènes n’en souffrent pas. Le goître est inconnu à Tahiti. Mais l’éléphantiasis et la dysenterie ne sont pas les seules maladies endémiques de ce pays. On constate aussi des épidémies d’ophtalmie, spécialement chez les enfants ; toutefois, elles ne leur coûtent pas la vue et n’ont pas l’aspect répugnant des ophtalmies qui s'offrent au regard du voyageur à Port-Saïd ou à Colombo. Peu considérable est le nombre des aveugles (matlapd, oeil-nuit) et ce sont toujours des vieillards qui ont perdu la vue par suite de leur grand âge.

Si l’épilepsie a pu être simulée autrefois par les soi-disant prophètes de la religion des #arae, elle n'apparaît plus aujourd’hui. Il ya peut-être deux ou trois aliénés (maamaa) dans toutes les îles et ils ne le sont pas de naissance ; un coup de soleil a provoqué leur folie.

Les petits accidents inhérents au manque de soins et à l’absence d'hygiène abondent ici. Ce sont la gale (aunehune) qui ne vit pas seulement entre les doigts, mais couvre souvent les mains, les bras et Surtout le ventre. Elle s’entasse autour du nombril (pitopilo) qu'elle défigure complètement. Les croûtes sur la tête (rarara), les verrues ({ona), les aphtes (ea), des pustules sur la peau (healapu), le muguet (kea) rendent le contact avec l'enfant peu appétissant, d'autant plus que les parasites de la tête (wfu), des poux noirs et volumineux, constituent une nourriture très appréciée des femmes et des enfants. Une maladie cutanée qui se rencontre quelquefois dans les Îles est l’ichlyose ; la peau se couvre d’espèces de plaques ressemblant à des écailles de poissons. Dans leur insouciance des maladies qui ne les font pas souffrir, je crois que les indigènes ne lui ont pas donné de nom. Tera te mai, c’est une maladie, disent. ils. Quand une maladie leur cause des douleurs, ils l’appellent un mauiui (douleur).

Comme les Nèyres, les Polynésiens ont les dents d’une blancheur immaculée et ils les conservent fort longtemps. Les moyens d’extraction sont encore tout primitifs, sauf lorsqu'on a la bonne fortune du passage d'un dentiste blanc. Un «docteur » (favte) indigène

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introduit la couronne de la dent cariée dans la fente d’un bätonnet | qui fait levier, et, d’un coup de marteau, il la fait sauter hors de 1] son alvéole.

Les accidents : chutes, fractures, foulures sont très peu nombreux. Cela doit tenir à l'adresse presque féline de ces êtres humains. Les petits enfants sont vite abandonnés à eux-mêmes ; ils courent dans la mer, grimpent aux cocotiers et plongent dans les rivières dès que leurs forces le leur permettent ; ils sont aussi habiles à saisir une branchette ou à se maintenir sur une saillie de bois ou de pierre avec | les doigts des pieds qu'avec les mains. Sans aucun appui ni corde de | sauvetage, ils descendent des rochers vertigineux pour aller dénicher | des oiseaux et remontent sans éprouver le moindre vertige. Ils ont les nerfs autrement plus calmes que nous. On n’entend jamais parler non plus de noyés, sauf dans les naulrages en pleine mer.

Mais ces grands enfants qui savent si bien se garder de tout accident s’empoisonnent souvent, Île sachant, sinon le voulant. Il existe toute une catégorie de poissons bien connus qui empoisonnent d’une manière intermittente. Vous pouvez manger du 060, du rouget ef d’autres encore pendant des mois sans ressentir le moindre malaise. Mais. pêchés en certains moments et en certains lieux, ces mêmes poissons sont assez dangereux. On les pêche cependant, et en orande quantité. On les offre à vendre tout le long du chemin. Chacun est averti qu'ils sont vénéneux. On n’en goûte pas moins ; on s’en bourre même. Une demi-heure après le repas surviennent des picotements du nez qui prend une teinte rougeñtre, ainsi que la face. Puis des vomissements (pihee) plus ou moins abondants; ensuite des sueurs froides si tout n’a pas été expectoré, des douleurs dans les bras, de il la paralysie dans la bouche, des coliques ({âviriviri). L'indigène | | reste alors couché pendant quelques jours sur sa natte, souffrant DE EN plus ou moins, plus ou moins paralysé aussi, jusqu’à ce que tous ces accidents disparaissent comme ils sont venus.

L'homme ne serait pas le même sous toutes les latitudes si les {| maladies imaginaires ne se rencontraient pas aussi à Tahiti sous | | la forme du heaoromatua, maladie causée par un oromatua ou esprit d’un parent décédé, et le heamaterahe, maladie produite par l'amour...

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Sous quelle forme, c’est ce dont nous n’avons pu nous assurer.

Il ne faut pas omettre, pour clore cette nomenclature des maux tahitiens, les désordres de l’appétit qui tantôt se montre vorace et pousse l'individu à manger n'importe quoi (afere-fere), tantôt fait plutôt défaut, devient capricieux. Le sujet recherche alors des mets extraordinaires (heamaeb) : encore deux maux dont les Tahitiens ne sont pas seuls à souffrir et qui doivent avoir quelque rapport avec leurs habitudes de paresse et de dissipation. Ces gens ne sont pas exempts du mal de mer (ava-lua, mer-aigre où pa areare) auquel ils Sont cependant moins sujets que nous. Ils en souffrent surtout dans la tête qu’ils se serrent alors dans un mouchoir ou se font comprimer et masser ({aurumi) par un ami. Après avoir «donné aux poissons » ils sucent des oranges et boivent force cocos, ce qui, en général, augmente chez nous les souffrances de l'estomac.

La médecine indigène, placée sous les auspices du dieu Tipä (jeune poisson volant) est exclusivement végétale. Le mot raau désigne à la fois les arbres, les bois, les plantes, les herbes et les médicaments. Ces derniers sont appelés plus spécialement raaurapaaumai (plante. guérir-mal) que la pratique abrège en raau. Au centre de la pharmacie indigène se place la panacée universelle, le monoti. C’est de l'huile extraite de l’amande comprimée du coco, huile dans laquelle on à fait, pendant longtemps, macérer au soleil des fleurs parfumées de tiare (gardenia tahiti), de motoi (ilang-ilang), de frangipanier, etc. Non seulement on s’oint chaque jour les cheveux de cettehuile, mais on en frotte le corps des petits enfants à leur naissance, pour les préserver des piqûres de moustiques. On l’emploie en frictions dans toute les espèces de massages et pour tous les fati. Pour les foulures

et fractures, on fait usage, avec succès, de la sève résineuse du maiore

(arbre à pain). Cette sève (papo) 1, fraîchement recueillie par incisions dans le tronc de l'arbre, s’étend en couches superposées sur la partie malade, se prend en une lame ressemblant à du caoutchouc et maintient solidement les articulations que l’on a, au préalable, essayé

de rapprocher avec plus ou moins de succès. Sur les enflures, on

1 Remarquer l’analogie de pape — eau et dapo = la sève.

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