‹ Raiatea la SacréeChapitre 42 sur 88 · PES · texte numérisé non relu

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plantes de menthe sauvage (mapua) qui produisent une fumée âcre et abondante. Elles appliquent aussi des pierres chaudes sur le corps du patient, et, quand la transpiration est copieuse, elles l’envoient se baigner à la rivière. Quelquefois on enfume le malade, mais non pour provoquer la sueur. Parfois les pratiques médicales sont moins rationnelles. Des hommes docteurs (espèces de sorciers) traitent ceux qui souffrent de maux de tête en leur piquant le crâne avec un fragment de verre après leur avoir rasé l’occiput. {ls pratiquent ces saignées même chez les petits enfants, prétendant qu’ils ont « trop de sang ».

Volontiers les indigènes essaient nos médecines européennes. Mais si l’effet ne s’en fait pas sentir presque instantanément, le jour même du moins, ils se découragent, demandent une autre médecine à un autre Papaa (Blanc), enlèvent les bandages soigneusement noués sur une plaie et s’en vont au sorcier.

Souvent, quand aucune médecine n’apporte de soulagement au malade, on essaie du changement de climat. On le mène sur un motu tout près des récifs. Je crois que c’est par superstition pour fuir une terre ou une habitation où un mauvais sort doit avoir été jeté, qui est peut-être hantée par quelque fupapau. Ces cures d’air ont souvent un heureux résultat par le fait que le malade est sorti d’une demeure malpropre et qu’il ne peut, sur son motu, boire autre chose que de l’eau.

Mouvement de la Population.

On entend dire partout et toujours que le contact de nos races civilisées (ou soi-disant telles) est funeste aux races brunes et rouges. Le tableau suivant permet de suivre le mouvement de la population aux Iles de la Société depuis le premier voyage de Cook (1769) ou celui-ci estima la population de Tahiti à 240000 âmes, chiffre probablement très exagéré.

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Population indigène de Tahiti et Moorea.

Estimée par :

Cook Cook Missionnaire Wilson Missionn. anglais.

Tahiti 240000 70000 16000 8068

Moorea — — — 1300

Estimée par l’administration française.

1848 1860 1863 1887 1897 Tahiti 8082 7169 8400 8000 9000 Moorea 1572 1114 1200 1300 1550

Iles sous le Vent.

Estimée par Missionn. anglais Adm. franc.

1834 1897 Maiïiao-iti 200 200 Huahine 1800 1237 Raïatea 1700 2138 !

Tahaa 1000 1099 1 Bora-Bora 800 1264 Maupiti 900 à 600 536

Comme point de comparaison, voici la population évaluée pour es Iles Marquises :

En 1834, Hiva-Oa 5000 habitants | Tauata 7000 ) Nuka Hiva 15000 »

L’archipel entier pouvait compter 30000 hab. en 1854. En 1860, les Iles Marquises comptaient 12000 hab. En 1897, elles comptent à peine 5700 hab.

1 De plus 500 prisonniers de guerre envoyés aux Iles Marquises et rapatriés en partie en 1898, en partie en 1900.

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L'examen des tableaux de la population de Tahiti et des Îles sous le Vent fait ressortir les faits suivants:

1° Les îles étaient très peuplées au moment où les premiers navigateurs européens y abordèrent. Leur population aurait été plus dense que la population actuelle de la France.

2° Les années qui ont suivi l’arrivée de ces premiers civilisés ont été particulièrement néfastes aux indigènes. Les Blancs leur ont apporté les armes à feu, les armes blanches, les métaux, l’alcool, des vices et des maladies contagieuses. Cette période, qui va de 1768 à 1828, fut pleine de guerres terribles, de vraies guerres d’extermination et la population de Tahiti est réduite au vingtième de ce qu’elle était avant l’arrivée de Cook.

90 En 1828, le christianisme est définitivement adopté. Les guerres deviennent moins fréquentes et moins meurtrières. Le gouvernement est plus stable et plus solide. Une dernière guerre fut soutenue contre la France, en 1847. La paix conclue, la population de Tahiti n’atteint guère que 8000 âmes.

4° De 1848 à nos jours, la population indigène de Tahiti et de Moorea s’est maintenue au même niveau avec des fluctuations peu importantes provenant d’épidémies de rougeole (1856), de vérole, de dysenterie, de phtisie, etc. Elle est en légère augmentation depuis dix ans environ.

90 Quant aux Iles sous le Vent, que les premiers navigateurs n’ont pas dénombrées, elles sont en augmentation considérable depuis 1854, sauf Huahine. Les deux petites îles de Maïao-iti et de Maupiti où presque jamais ne passe un Blanc se maintiennent toujours au même chiffre de population.

Ce sont Raïiatea, Tahaa et Bora-Bora surtout dont la population augmente rapidement par excès des naissances sur les décès.

Les mesures énergiques prises par le Gouvernement français pour empêcher l'abus de l'alcool et les efforts constants tentés pour amé liorer ce peuple et l’instruire porteront sans doute leurs fruits et l’on peut espérer que la population des Iles de la Société augmentera de plus en plus.

On ne peut guère en espérer autant des Iles Marquises dont les

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habiants sont plongés dans un état aigu de démoralisation. Après avoir compté près de 30000 habitants en 1850, les Marquises n’en avaient plus que 12000 en 1860 et en ont à peine 5700 actuellement. Cette race est minée par les maladies vénériennes, la phtisie et l’abus du kava ; elle ne se se reproduit presque plus, en sorte qu’on peut penser qu’elle finira par disparaître complètement, comme les anciens Polynésiens de la Nouvelle-Zélande, les Moriori des Iles Chatham qui ne sont plus que vingt individus, tandis que les Maori sont encore au nombre de quarante mille.

En résumé, il a existé dans les Iles de la Société des causes de dépopulation qui n’existent plus:

1° Les guerres et les sacrifices humains;

2 L’infanticide en général;

3° Les réglements de la Société des Arioi.

Mais le plus grand danger qui menace ces populations, ce sont les épidémies, les maladies ordinaires mal soignées, le manque d'hygiène, l’usage des boissons alcooliques, la facilité d’existence qui dispense d'effort et de travail, la trop grande facilité aussi de se procurer de l’argent en peu de temps.

Caractères sociologiques.

Vie matérielle.

Alimentation. — 11 serait difficile de prendre les Iles sous le Vent par la famine. C’est bien plutôt l’assiégeant européen qui en souffrirait le plus vite. On s’en est aperçu lors de l'expédition de conquête en 1897. Les « Téraupistes », autrement dit les « Nationalistes» de Raïatea dirigés par le chef Teraupoo, ceux qui ne voulaient pas de la domination étrangère, furent refoulés de la plage dans les vallées. Ils furent rapidement privés de nourriture animale; puis la nécessité stratégique de ne pas faire de feu les força de se rabattre sur les aliments végétaux crus. Les montagnes où ils cherchèrent leur dernier refuge en contenaient en suffisance : ignames, patates sau-

vages, racines de /? (dracaena terminalis), racines de fougères (nahe) arborescentes, fruits du pommier indigène (vi), noix de éiairi (noix des Moluques), châtaignes de mape (le châtaignier indigène), etc., et, comme dessert, des oranges, des mangues sauvages, des barbadines (fruit énorme d’une passiflore), tout cela pouvait les sustenter

Fig. 26, — Préparation de la fécule de manioc.

Photographie prise à Huahine par M. Flemeing, Administrateur des Iles sous le Vent,

pendant de longs mois si l’exiguïté de l’île et le nombre des envahisseurs ne les avaient pas bientôt forcés à se rendre.

C’est dire que la nature offre à l’indigène tout ce qu'il lui faut pour sa nourriture et le dispense de se donner la peine de cultiver le sol. L’alimentation est donc principalement végétale et les naturels savent la varier suffisamment pour qu’elle soit normale et fortifiante. Ils savent parfaitement atténuer les effets des féculents très échauffants, comme le {aro, le maiore, le hape, l’igname, en consom-

mant une quantité proportionnelle de bananes (fei, fehi musa) ainsi que des fruits très mürs.

Le fehi est un bananier à feuillage sombre et à sève violette très colorante qui porte son régime verticalement. Les fruits sont plus oros que des bananes et acquièrent, à la maturité, une couleur orangée à l’intérieur comme à l’extérieur. On les consomme cuits. Ils forment la principale alimentation des bébés auxquels on les administre écrasés et mêlés à de l’eau sucrée, mélange qui se nomme popoi (ne pas confondre avec le popoi de maiore dont nous parlerons tout à l'heure). La popoi de fei est très laxative. Le fehi est surtout excellent cuit au four tahitien et bien mûr. Il n’exige pas grande culture : il suffit, comme pour le bananier, de planter dans un trou un rejeton arraché au pied d’un vieux tronc et de laisser pousser.

Le maiore!, nom moderne, wru, ancien nom de l'arbre à pain, demande un peu plus de soins surtout parce qu'il doit être protégé par un petit mur ou une clôture contre la dent des chevaux et la mandibule des crabes terrestres qui en sont très friands. Il y a une très grande variété d’arbres à pain, au fruit plus ou moins gros, plus ou moins savoureux : uru liatea, tohetopou, talara, raumae, rauvaravara, pureru, puruhi, rare, puero, palu, paifee, panafara. otea, ohinuhinu, maore, elc.

Certaines espèces sont particulièrement appréciées des indigènes. On rapporte qu’un roi de Tahiti mourut pour avoir avalé avec trop de voracité une certaine espèce d’uru.

Généralement, on räcle légèrement le fruit au moyen d’une coquille de poreho {porcelaine tigrée) sciée par le milieu et tranchante ; puis on le coupe en deux hémisphères pour le mettre au four. Mais quand on veut régaler son hôte, on allume entre quelques pierres un feu vif de goyavier et de coques de cocos vides ; on dépose le fruit tel quel sur le feu. Au bout d’une demi-heure, il est noir ; la croûte extérieure s’enlève facilement avec la pellicule. Saisissant alors le fruit de la main gauche, le cuisinier le bat sur toutes ses faces au moyen d’un bâton blanc de burau et lui donne ainsi une consistance plus

1 Voir figure 11, page 37.

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molle. Au lieu d’être farineux et sec, il est alors savoureux et bu-

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mide, à point pour un palais de roi.

Le maiore donne deux récoltes par an:la plus importante en été (la saison des pluies) et une plus restreinte en hiver (juillet, août). Pour en avoir en toute saison, on les conservait autrefois dans de

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grands trous; entassés pêle-mèle et recouverts de terre (exactement

comme on conserve les betteraves en Allemagne). Le fruit devenait légèrement aigre. C'était la fameuse popoi dont on fait encore actuellement une grande consommation aux Iles Marquises. Ces conser-

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ves de maiore ne sont du reste pas les seules que font les indigènes. Ils enfouissent aussi les bananes pendant quelques jours avec un fruit du pandanus (fapara) qui active leur maturité. Ce sont là des conserves qu'il faut consommer rapidement. Le piere peut se garder très longtemps. Pour le préparer, on coupe longitudinalement les bananes en tranches minces que l’on tape et que l'on expose au soleil sur une natte. Ces tranches de bananes deviennent confites, brunes, se couvrant d’un léger givre sucré. On en forme ensuite

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des paquets bien serrés que l’on entoure de feuilles sèches de panda: nus et que l’on vend au marché.

Si les espèces que nous venons de nommer, ainsi que les arbres fruitiers, n’exigent que peu de travail de culture, le faro (v. planche XIV) n’en demande pas beaucoup plus. Cependant, c’est une culture assez nuisible à la santé, parce qu'il faut le planter dans des marécages où l’on enfonce jusqu'aux genoux pendant que les moustiques vous dévorent et qu'un soleil ardent vous brûle le crâne. Aussi le feefee (éléphantiasis) est-il souvent attribué par les naturels aux travaux que réclame la culture de ce tubercule. Le ape est une variété de taro. Ces deux racines se mangent cuites au four ou bouillies. Elles

ont une consistance farineuse et une couleur grise. Le oi est aussi un tubercule analogue qui plaît au palais tahitien. Mais le taro entre surtout dans la composition de gateaux appelés pia et poe dont nous parlerons tout à l'heure. L’igname (ui, uhi) et la patate douce (umara) dont il existe des variétés à chair jaune, rose blanche, violacée, entrent aussi en abondance dans les menus nationaux.

Une place d'honneur doit être réservée au cocotier qui est la prin-

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cipale ressource de ces îles et qui fournit le coprah à toutes les usines d'Europe. Les Tahitiens goûtent peu le chou du cocotier (puo), cœur délicat, dont les Européens seuls sont très friands. Mais la noix elle-même leur fournit boisson, nourriture, sauce, huile et cordages.

Le cocotier porte à la fois des fleurs, des fruits de la grosseur d’un grain de poivre, d’une noiïsettè, d’une noix, d'une pomme et enfin

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