PUR
parfumer le monoi, des lauriers-roses ({arona), un flamboyant (afae), quelquefois un tamarinier. La route esl bordée des indispensables cocotiers et la maison flanquée de bosquets de bananiers de différen:tes espèces : banane pomme, banane figue, banane cochon, etc. Immédiatement derrière la cuisine se trouvent les arbres & pain (uru, maiore) sur un terrain déjà plus meuble, puis des manguiers, quelques orangers. Un long arbre dénudé porteur de grosses gousses, indispensable à chaque famille, est le faux cotonnier ({irita) dont le coton grossier sert à bourrer tous les coussins (/{urua) et les matelas (roi marû), objet inconnu autrefois; il a fallu créer un nom pour le nommer quand on l’a imité des Européens (roi marû : lit doux).
Au bord du ruisseau qui s'étend paresseusement non loin des demeures, on plante du taro (famille des Aroïdées) ou du hape, gros féculent très apprécié des indigènes, mais dont la culture est dangereuse, dit-on ; les habitants pataugent dans les marécages, terre noire relativement froide, pour planter leur taro et gagnent souvent des accès de feefee à la suite de ces travaux. On plante des éclats du tubercule (muoo ou moo), comme pour nos pommes de terre, et, dès que les jeunes pousses émergent du sol, on les recouvre soigneusement de branches de cocotier qui empêchent l’action trop violente du soleil. C’est un sol bien différent qui convient à la patate douce (umara). Elle se plaît sur le rivage sablonneux et sec où on la plante en lignées que l’on butte fortement. On se gare du voisinage de la route par des touffes de cannes à sucre ({6) qui poussent très rapidement et que l’indigène ne cultive que pour son agrément particulier. Ce n’est qu'à Tahiti qu’on raffine du sucre (Sucrerie Adams, Tati- Salmon, Kennedy et Fritch, etc.).
Le sol qui s’étend jusqu’à la montagne n’est pas également utilisé. On a soin de laisser de la brousse : goyaviers dont le bois dur sert à faire du feu, burau, indispensable pour les usages les plus multiples, citronniers non moins utiles, bosquets de bambous,!le tout poussant naturellement.
Sur les premières pentes on a sa petite plantation de manioc (maniota), fécule qui entre largement dans l'alimentation indigène. Quant au fehi, il se plaît au fond et sur les pentes des vallées om-
breuses, C’est une espèce de bananier dont le régime est dressé au lieu de retomber (comme celui du bananier proprement dit). On cuit les fei au four tahitien ou bien on les bout. Ils constituent, avec le taro, le maïdre et l’igname (ufi) qui se cultive aussi dans la vallée, la base de la nourriture tahitienne.
Le Tahitien cultive ainsi autour de sa demeure tout ce qu’il lui faut pour son usage personnel, Il a aussi sa plantation d’ananas en quinconce. Il lui suffit de planter des pousses d’ananas à une brasse de distance dans tous les sens et de laisser croître ;les premiers fruits arrivent à maturité au bout de neuf mois. Il ne manque pas de jeter dans un coin quelques pepins de citrouille (ue), de melon d’eau (pastèque, mereni papaa) et même de melons qu’il vend aux Blancs. Enfin, chacun a son petit carré de tabac, et si l’on ajoute encore les précieux pandanus, on a une collection complète de végétaux qui permettent à chaque famille de se nourrir, de se vêtir et de se loger sans avoir recours au voisin. Pour la cuisine journalière : wru, fei, taro, ufi, umara. Pour le dessert, les différents gâteaux faits avec la fécule de manioc additionnée d’autres fécules. Les fruits: coco, mangue, banane, goyave, orange, canne à sucre, pastèque, etc. Les épices et condiments : l’eau de mer, le citron, le poivre rouge (oporo), le safran (rea). Comme boisson, le coco. La nourriture des poules et des cochons: le coco (l’amande appelée coprah), le fei, le taro. Pour les vêtements : l'écorce de burau, de maiore, de müûrier (aute), la feuille de pandanus, la fibre de bambou, de pia, de m'ou, de fougère. Pour l'habitation: les troncs de {amanu, de hutu, les perches de burau, les bambous, les feuilles de pandanus.
Tout cela se trouve à portée de la main et permet à chaque indigène, comme à un Robinson, de se suffire à lui-même et aux siens. Seulement les goûts et les besoins ayant augmenté avec l’introduction des produits de notre civilisation, le Tahitien ne se contente plus des modestes=revenus de son sol et il a dû chercher à se procurer de nouvelles ressources par des cultures plus rémunératrices qui ont considérablement progressé depuis une vingtaine d’années.
On avait introduit autrefois la culture du coton ; elle eut un moment de faveur, mais elle est presque abandonnée aujourd’hui. Le
ES
Pau e he St mg mo
de Er
café est peu cultivé: il n’est pas d’aussi bonne qualité que celui de Rarotonga. Cela provient du manque de soins et d'expérience des indigènes. On essaie d'introduire le cacaoyer, qui vient très bien en effet ; tous les produits trouvent une terre admirable dans ces archipels, mais la culture qui a pris le plus d'extension, pendant ces dernières années, est celle de la vanille, Elle vient de provoquer de véritables fortunes à Tahiti, grâce à une hausse passagère du prix de Ja vanille tahitienne. Les indigènes ont eu brusquement trop d'argent et cet afflux de piastres a profondément modifié les habitudes des indigènes de Tahiti. Ils ont tous désiré des cases à l’européenne, en planches peintes et avec force découpures d'un goût douteux. Ces cases, ils les ont garnies d’horribles meubles de San Francisco; ils ont acheté des chambres à coucher complètes avec lavabo de marbre et glace en pied... et toutes ces folies faites, ils se sont retrouvés Tahitiens comme devant et sont allés coucher à la cuisine sur l'arelu (foin). Quant à la magnifique case, on est fier de l’exhiber au passant et on retient volontiers les étrangers pour les loger dans des draps blancs. On a aussi acheté des voitures et des bicyclettes !if qui menacent de détrôner les pirogues... Que deviendront les Tahitiens si cette prospérité matérielle continue ?
Heureusement que les Iles sous le Vent sont encore bien en arrière de ce mouvement. Le prix de la vanille a baissé avant que le goût de la cultiver soit venu jusqu'ici et il est à espérer que la paresse et le laisser-aller national empêcheront ces gens de trop profiter de nos produits. Autrement, c’en est fait de cette civilisation primitive qui avait ses charmes et qui convenait beaucoup mieux à ce peuple que tout ce qu’il imitera maladroitement de nous. Ce qui nous rassure à ce sujet, c'est de voir le zèle qu'apporte l’indigène à faire sa plantation (faaapu) et... la rapidité avec laquelle il Se croise ensuite les bras et la laisse envahir par la brousse.
Dans cette terre d'une fécondité inépuisable et sous ce climat humide et chaud, la nature sera un obstacle perpétuel à l'introduction de nos méthodes et de nos sciences dans la vie pratique de l’indigène. Le bambou et le bananier poussent de 10 à 15 centimètres chaque jour. Tous les produits ne demandent qu'à être jetés en terre pour
Sonde RES = = re
"| — - ne ET - ddl = en .-
ur. En BE + —— — RÉ = =
EE