‹ Raiatea la SacréeChapitre 53 sur 88 · RATES · texte numérisé non relu

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pousser ensuite tout seuls. Jamais l’indigène polynésien ne s’astreindra à faire de la culture. Il plantera par fantaisie, selon les besoins et les désirs du moment. Ainsi nous pouvons voir arriver le XXme siècle sans trop de crainte et nous pouvons espérer que ce peuple restera longtemps encore un peuple primitif et simple, dont nos problèmes intellectuels et sociaux n’anémieront pas les cerveaux. Ceux qui seront fatigués de la complication de notre vie factice, dégoûtés de nos conventions absurdes, las du bavardage futile de notre politique et de nos journaux quotidiens, trouveront encore un refuge pour jouir de la vie simple, élémentaire, primitive et pour méditer calmement sur la vanité de notre civilisation et de notre culture européennes.

Animaux domestiques. — Sauf le cochon, les animaux domestiqués par les Tahitiens ne leur procurent pas grande ressource. Les poulets sont homériquement chétifs et aucun de ceux qui en ont goûté n’oubliera les batailles qu'il a dû livrer à leur chair coriace. Le bœuf est presque inconnu jusqu’à ce jour, les colons étrangers seuls en possédant. Le lait ne plait pas du tout au palais tahitien. Les chevaux abondent, mais sont aussi mal élevés que possible. Dès l’âge de huit mois, les gamins les montent en sorte qu'ils sont presque toujours ensellés et chétifs jusqu'à ce qu’un Européen s’en occupe. Celui-ci peut alors se rendre compte des mauvaises habitudes que sa monture a contractées. D'abord les chevaux tahitiens ne connaissent que le galop; la raison en est sans doute que les indigènes des deux sexes les montant sans selle ni couverture. le trot serait beaucoup plus fatigant pour le cavalier. Ensuite ces animaux sont aussi capricieux que des chèvres et, comme les gens doux et sans volonté, ils ont des accès subits d’entêtement qui les empêchent de traverser un petit pont s'ils en ont décidé ainsi. Il y a aussi de remarquables spécimens qui s'arrêtent net quand on parle au cocher. Tel le cheval du fameux Tama. Lorsqu'’en traversant un village les natifs nous interpellaient par leur hospitalier : Jaere mai ta maa ! (viens manger ! le Pégase de Tama ne voulait plus bouger. Il ne fallait pas non plus demander l'heure à son maître, la bête complaisante stoppait pour permettre à celui-ci de voir la longueur de son ombre.

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