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four. O grande femme qui mets le feu dans le ciel, tiens la feuille
qui évente le feu et laisse-nous aller dans le four pour un peu de temps.
Maître de la première trace!
Maitre de la deuxième trace, etc.
O grande femme qui mets le feu dans les cieux, tout est couvert!
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A ces derniers mots les trois guides du convoi frappent par trois
fois les pierres avec leur faisceau de {? puis s’avancent lentement suivis des 50 autres indigènes. Lentement, en chantonnant, ils traversent le four dans toute sa longueur, sans se hâter de retirer
leurs pieds des pierres incandescentes et sans qu'aucun tressaillement des muscles de leur visage n’indique une douleur quelconque. Quand la cohorte a passé une première fois, le chef crie : faariu (retournez) ; elle revient sur ses pas, puis passe en travers, puis en rond douze fois de suite. Un bon nombre d’autres indigènes
VIE 2 © AS NERRUTRS
s’enhardissent alors à les imiter. Une ou deux femmes trébuchent et se font des brûlures aux cuisses et aux mains. Des Blancs qui
veulent aussi passer, mais chaussés, déclarent que la chaleur se fait surtout terriblement sentir au visage.
Cependant les individus qui viennent de traverser douze fois le four brûlant se soumettent de bonne grâce à l’examen des Européens, parmi lesquels des médecins. La plante de leurs pieds ne porte aucune trace de brûlure; les poils même de leurs Jambes sont
intacts et aucune odeur de roussi ne se dégage de leurs vêtements.
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Fig. 48. — Passage du four, en travers.
Des retardataires font mine de vouloir passer encore, mais Tepua le leur défend avec force imprécations. Il paraît que le charme est rompu maintenant, et que celui qui oserait provoquer les esprits et s’'aventurer dans le four, y serait rôti. De fait, on commence à battre les pierres depuis le rempart avec des troncs de bananier découlant de sève. Une épaisse colonne de fumée blanche s’élève vers le ciel.
La cérémonie du Umuti est terminée. Mais la chaleur des pierres va être utilisée. Tupua s’est fait payer à l'avance par quelques notabilités blanches qui ont sollicité l’organisation du spectacle. Il a acheté des porcs énormes que l’on sacrifie ; ils vont cuire tout
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entiers dans le four, sur un lit de troncs de bananiers!. entourés de tubercules de taro et de racines de ti, le tout recouvert de feuilles LI
d’hibiscus, de maiore et de la terre du rempart que l’on jette à
pelletées pour intercepter complètement le rayonnement de la cha- DE leur intérieure. Dans deux heures, le tout sera cuit à point ; le LE 2 2 |!
sorcier et sa nombreuse clientèle feront un copieux repas, se rendront bien paia (repus) puis dormiront pendant un laps de temps respectable.
Maintenant, comment expliquer cette immunité des promeneurs | HA indigènes sur le 1.
D: | umuti? Certaine- || 4 | | ment leurs pieds .
sont armés d’une | | Li | semelle naturelle L | | | qui les protège | | | | beaucoup. Mais au- 11 É cune précaution | Une UE p VIE lé, || || | n’est prise contre Muler QE LS D NT EURE | le feu; on ne s’oint à 7 DA | | | (1
ba 48 L'ART e EURE PSës RTE YA Fig. 49. — Un Anglais traversant le four. Il | | | cérémonie et cha- Cette photographie, ainsi que la précedente, ont été prises pendant (fl RE DER Ge) 0 Re RUE PE Le dlmae Le le Conpainie de | | sel ES AMAR en nn Rex qne/le-chdeur eu frage (ll de même épais- 11 seur. Il faut croire que les pierres arrivées à un certain degré de cha- | | | leur que leur couleur et leur aspect révèlent à l’œil expérimenté du (11 |
sorcier possèdent une espèce de chaleur atente inoffensive, ou bien
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que l'émotion produit une transpiration cutanée suffisante pour iso- | ler la peau pendant le temps nécessaire, comme cela arrive pour les ouvriers des fonderies qui trempent leurs mains dans le métal en
fusion, La sécrétion huileuse et la transpiration de la peau seraient-
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ils des isolateurs suffisants pour permettre ces douze courses succes- LL
1 Ces troncs de bananiers à demi écrasés se nomment rauai et servent à empêcher les aliments de se brûler au contact des pierres.
sives, de la poussière et d’autres fragments pouvant s'attacher aux pieds tout le long du trajet. Autant de questions irrésoluesf. Toujours est-il que deux hommes seuls possèdent encore,aux Iles de la Société, le secret de faire marcher sur les pierres incandescentes et que les indigènes qui marchent sous leurs ordres sortent de cette épreuve indemnes de blessures quelconques, sauf en cas de chute maladroite. Mais ceci et le fait qu'aucun Blanc n’est passé nu-pieds semblerait indiquer que c’est bien l’épaisseur de la peau des pieds qui garantit des brûlures ?.
Il va sans dire que les indigénes ne donnent pas de cette cérémonie une explication naturelle et rationnelle. Yest du miracle, de la sorcellerie. La plupart des Ætaretia (membres de l'Église chrétienne) d’Uturoa avaient traversé le umuti le 20 juillet 1898. En s’en retournant à la maison, leurs visages rayonnaient de joie et ils ne manquaient pas d'observer que les missionnaires chrétiens seraient bien embarrassés d’en faire autant. Aussi, quoi d'étonnant si les domestiques même des missionnaires, qui vivent continuellement sous leur influence, préfèrent, quand ils sont malades, consulter en cachette les sorciers. Nous en avons vu plus d’un exemple. Du reste, bien des «civilisés » en Europe ne consultent-ils pas le «mège » de préférence au docteur de l'Université ? Et les « remèdes de bonne femme » n’ont-ils pas plus de vogue que les prescriptions
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médicales en latin ? Qui a raison? Tout le monde. Et ces gens auxquels nous allons imposer un gouvernement, de nouvelles habitudes, de nouveaux besoins et de nouveaux vices, n'avaient pas
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besoin de notre civilisation pour être heureux. Ils possédaient, don
‘ Nous avions, en 1896, une jeune cuisinière nommée Tufauanaa a Teofira, âgée de A4 ans, fille de père et mère métis qui était elle-même très blanche de peau, avec des yeux bleus et des cheveux noirs. Elle voulut passer elle aussi par le four et rapporta quelques fortes brûlures sous la plante des pieds, brûlures qui l’empêchèrent de marcher pendant assez longtemps.
1 Les Polynésiens supportent très facilement de hautes températures. Ils peuvent travailler en déployant de violents efforts musculaires d’une manière continue pendant des heures sans paraître ressentir une fatigue extraordinaire. Cependant, le moindre effort produit chez eux une transpiration abondante. Même au repos les gouttes de sueur coulent sur leurs tempes lorsque la température est élevée.
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