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Fig. 56 et 57. — Tifaifai. |
Couverture multicolore confectionnée par les femmes au moyen | de débris d’étoffes de robes. |
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permanent à une femme qu’on nommait Mahuië, espèce de vestale. On raconte que la Mahuië qui laissait éteindre le feu était punie de mort.
Les dieux tahitiens étaient représentés par des idoles. Celles des rois et des chefs étaient les plus grandes et consistaient en un bloc de bois de fer ou de ati (callophillum) enveloppé d'étoffes et orné de plumes. Les idoles du menu peuple étaient minuscules et se portaient dans des étuis de bambou d’où on les sortait pour faire ses dévotions. Le culte se rendait sur les marae que nous avons décrits plus haut. Il consistait en prières, invocations, discours, offrandes et sacrifices humains. Les prêtres, compris sous l’appellation générale de tahua, étaient des {ahua pure (prêtres prière), des {ahua orero (prêcheurs), des oripo (coureurs de nuit, espions, apprentis prêtres) et des sorciers ({ahua). Cette dernière classe seule subsiste encore aujourd'hui et, dans la personne de Tupua, exécute les «prodiges » que nous avons décrits sous le titre Umuli.
Le marae d’Opoa est le type du genre. Au milieu d’une vaste enceinte faite de gigantesques pierres dressées se trouve l'autel mesurant 15 mètres sur 5 sur une hauteur de 2? mètres et demi. Devant cet autel de larges dalles de basalte, sur lesquelles se plaçaient le roi et le grand prêtre, ceint de la ceinture blanche (marotea).
Un homme apportait l’idole royale et la tenait sur l'autel. A la fin du culte, l’idole était reportée dans une maison spéciale, à quelque distance du marae. Le grand prêtre prononçait des prières et interrogeait les entrailles (ahuruhuru) des animaux sacrifiés, s’il s'agissait d’augurer des chances d'une guerre. Lorsqu'il avait découvert que le dieu réclamait une victime, il en faisait part au roi qui la désignait en secret. La victime recevait un coup de massue par derrière au moment où elle vaquait à quelque occupation. On lui épargnait ainsi les angoisses de cette mort violente. Quelquefois un poisson suffisait à apaiser le dieu. Dans leur argot, les prêtres appelaient i'a (poisson) les victimes humaines. Victimes et offrandes diverses en fruits ou en légumes étaient déposées sur l’autel pendant la cérémonie puis jetés dans lecharnier qui se trouvait toujours à courte distance du marae.
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Les hommes seuls avaient accès dans l’enceinte sacrée qui était tabouée pour les femmes. Le «sermon » consistait en un discours du orero. Celui-ci débitait, avec une volubilité extrème, et sur un ton spécial, la tradition politique ou sacrée dont il était le gardien, le livre vivant, une sorte de barde national.
Les sorciers ou «inspirés» montaient ensuite sur l’autel et se livraient à leurs élucubrations, dictées soi-disant par la divinité. Quand on procédait à la cérémonie du couronnement d’un roi, les sorciers étonnaient la multitude par la pousse soudaine d’un manguier ! ou bien faisaient un wmuti. À l'heure actuelle, les sorciers paraissent avoir perdu le secret du «tour du manguier ». Il ÿ avait encore une foule d’autres cérémonies religieuses qui se célébraient sur le marae ou en dehors, entre autres l'investiture royale. Le roi montait absolument nu sur une grande dalle devant l’autel du marae d’Opoa. Le grand prêtre lui attachait la ceinture rouge (maroura), emblème de la puissance royale.
Quand une flotte de pirogues abordait à Opoa, ceux qui la montaient présentaient une pièce de aha (étoffe faite avec de la pellicule de coco); ils disaient des prières en offrant un cochon ou un régime de bananes sur le marae.
Ce n’est pas sans peine que l’on parvint à extirper toutes ces cérémonies païennes. Si elles ne peuvent plus se pratiquer publiquement, il ést facile de voir quelle place importante elles tiennent encore dans la vie des indigènes. Combien ceux-ci ont plus de confiance dans le pouvoir de leur sorcier et dans ses remèdes que dans toutes nos médecines. Du temps! du temps! il en faudra pour que ces populations soient pénétrées par une religion qui est «esprit ». Puissent les Polynésiens survivre assez pour la pratiquer comme les nations civilisées ne la pratiquent pas, en ce
‘ C’est Dumont d’Urville qui raconte cela dans son Voyage pittoresque autour du monde. La prédiction de Mâui relative à la pirogue est aussi mentionnée par lui et par Ellis.
Nous avons vu le même tour du manguier joué très habilement par un jongleur hindou à Colombo (Ceylan). Ce serait une nouvelle preuve à l'appui de l'hypothèse qui place le berceau de la race polynésienne dans l’Inde. De tels tours ont dù se conserver mystérieusement de génération en génération dans la classe des sorciers.
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commencement de siècle, dans un esprit de justice et de véritable fraternité humaine.
Sciences. — Les Polynéaiens, et parmi eux spécialement les Tahitiens, ont poussé très loin la science des nombresf. Ils possèdent beaucoup plus d'expressions que nous pour compter.
Ils ont deux manières de nombrer les objets: par unités simples ou par couples, et comptent aussi par rima, ce mot signifiant indifféremment main et cing. Mais le système décimal était connu de ces populations bien avant l’arrivée des Européens.
La comparaison des dix premiers nombres dans les différents dialectes polynésiens est intéressante à un double point de vue : elle prouve, d’un côté, l’étroite parenté de ces dialectes parlés à des centaines, à des milliers de kilomètres les uns des autres, de l’autre, elle montre les faibles altérations (de simples mutations de consonnes) que ces mots ont subies en passant d’une tribu à l’autre. Les
voici donc :
Samoa. Tonga. Maori. Rarotonga. Tahiti. Hawaii. Marquises. À. tasi tahu tahi tai tahi ou hoe kahi tahi 2. lua ua rua rua rua Ou piti lua ua 3. tolu tolu toru toru toru kolu tou k. fa fa wha a ha, fa ou maha ha fa, ha 0. lima nima rima rima rima Où pae lima ima 6. ono ono ono ono ono ono ono 7. fitu fitu whitu itu hitu hiku fitu, hitu 8. valu valu waru varu varue Où vau walu vau 9. va hiva iwa iva iva 1wa iva 10. ngafulu hongofulu ngahuru ou ngauru ahuru où ‘umi ‘umi onohuu
bien : tekau
11 se dit en tahitien ahuru ma hoe (= dix avec un)
12 ahuru ma piti (ma rua) (— dix avec deux) 20 e piti ahuru (— deux dix) 24 e piti ahuru ma maha (= deux dix avec quatre)
Ainsi de suite jusqu’à cent qui est rau.
1Des nombres seulement, non pas de l’arithmétique.
10 : ahuru ou bien umi 100 : rau 1000 : mano 10.000 : manotini 100.000 : rehu 1.000.000 : iu
Si l’on compte par couples, ces mêmes mots signifient 20, 200, 2000, etc.
Quand il s’agit de compter des cocos on les lie par quatre, en croix. Un paquet de quatre s’appelie un amui. Par extension, ce mot s'applique à des paquets d’autres fruits et de poissons, paquets qui contiennent toujours le même nombre d’unités pour la même denrée. Lorsqu'il s’agit de nombrer des bambous on les compte par dix couples ou {aau ; après chaque dizaine de couples on fait une marque, un simple trait sur le sable. Les feuilles de pandanus fixées à un roseau (rauoro) pour servir de couverture à un toit se comptent aussi par {aau. Alors cinq taau forment un éiaope — cent rauoro. Enfin les étoffes se mesurent à la brasse (efaeta), les deux bras étendus à hau- 1 {umoa où uni ; 1 aamau = 20 brasses.
teur de l’épaule. 10 brasses On mesure le temps en lunes (avae) et l’on partage l’espace entre deux lunes en nuits auxquelles on donne des noms spéciaux!. Les Tahitiens ne paraissent pas avoir divisé le jour en heures, mais plutôt en parties assez vagues : poipoi, le matin ; poipoi roa, de bon matin ; avatea, midi; ahiahi, le soir; po, la nuit; {ui raa po, minuit (c’est-àdire division de la nuit); l’aurore: marumaru ao; le crépuscule : marumarupo, soit « la douceur de la lumière » et la «douceur de la nuit». Maintenant que nous leur avons enseigné notre manière de compter par heures, ils savent fort bien dire l’heure par la lonsueur de leur ombre.
C’est dans la pharmaceutique que les Tahitiens ont poussé le plus loin leurs connaissances scientifiques, mais celles-ci sont demeurées
1 Nous n’avons pu obtenir la liste de ces noms à Raïatea. Le Dictionnaire tahitienanglais ne mentionne que les trois nuits appelées oreore et une autre nuit, maitu. L'ouvrage de Miss T. Henry nous promet de plus amples informations.
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purement empiriques. Au rebours de beaucoup de peuples semicivilisés, ils n’attrihuent pas toutes leurs maladies à de mauvais esprits, mais plutôt à des lésions internes (fati).
Cependant le sorcier, à côté de remèdes rationnels, de frictions, massages, administration de médicaments végétaux, a souvent recours à des pratiques superstitieuses.
Somine toute, les Tahitiens se montrent très intelligents, très aptes à acquérir des connaissances scientifiques, en arithmétique surtout. C'est un bonheur pour les écoliers des écoles françaises de faire des additions, des multiplications et des divisions interminables.
Bien des indigènes ont acquis des connaissances suffisantes pour manier le sextant et pour recevoir le brevet de patron de bateau pour le cabotage entre les iles.Je citerai, entre autres, l’auteur d’une foule de renseignements contenus dans cet ouvrage, Taumihau, patron de cotre à Utuora, celui qui figure dans l’une des planches en couleur, assis à terre et faisant du feu. A Uturoa il y a encore Jahe, Taie, Otare, Tavere, Peu, Moehonu, Tahi et une quantité d’autres qui savent diriger (faatere) un cotre de 30 tonneaux de Raïatea à Tahiti. Les trois premiers seuls possèdent le brevet de patron; Otare et Peu sont les pilotes attitrés qui introduisent les grands navires dans la passe difficile de Teavapili.
Nous avons déjà vu au chapitre Il que les Raïatéens avaient des connaissances astronomiques et qu'ils savaient classer les vents et les phénomènes maritimes.
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Tahi tane.
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