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retour. Cependant on entendait quelquefois à midi ou à minuit la voix d’un guerrier mort dans la bataille criant : Opeti, c’est-à-dire: je suis détruit. Cela, c'était un signe de guerre.
Il arrivait que les prêtres embaumaient des crânes et les employaient, roulés dans un lambeau d’étoffe à leurs cérémonies reli- ll oieuses, leur adressant des prières. Ces crânes embaumés étaient IE aussi appelés Oromatua. Peut-être étaient-ce les crânes d’ennemis | tombés dans la bataille que l’on conservait comme trophées. Quoique nous n’ayons pas de renseignement précis à cet égard, nous le croirions volontiers, une telle coutume ayant existé parmi les Maori pl de la Nouvelle-Zélande. Nous avons vu, en effet, au Musée d’Auckland, des crânes très anciens et très bien conservés avec la peau du | @ visage et même des poils de moustache, de sourcils et de cils. |
Les Maori avaient découvert, d’une manière empirique, la puissance antiseptique de la créosote contenue dans la fumée, sans toutefois connaître cette substance. Voici comment ils s’y prenaient pour embaumer la tête d’un ennemi : on commençait par enlever Îles yeux, la langue, les cervelles. On bourrait alors l’intérieur de la tête 4 avec une sorte d’étoupe (flax). On la mettait cuire au four maori et on enlevait la graisse à mesure qu’elle coulait. On exposait ensuite la tête au soleil pendant le jour et à la fumée d’un petit feu pendant la nuit jusqu’à ce que tout danger de putréfaction eût disparu.
Aujourd’hui, les coutumes relatives à l’inhumation sont bien modifiées, quoique une ou deux persistent encore. L’indigène ne laisse pas subsister les squelettes que le hasard lui fait découvrir. Comme on enfouissait les cadavres en cachette, on en découvre de nos jours dans les endroits les plus inattendus. Aussitôt le bruit se répand de
la découverte d’un {upapau. On fixe le rendez-vous et une foule nombreuse se rend dans la brousse, généralement à l’insu des Blancs.
On creuse un grand trou dans lequel on fait un feu où l’on précipite les ossements découverts. Je suis arrivé un jour juste à temps
pour sauver une mâchoire inférieure qui paraissait très ancienne. | Les indigènes n'étaient pas rassurés de voir ce tupapau sur ma table à écrire.
De nos jours, à peine le moribond a-t-il fermé les yeux qu’on pro-
cède à sa toilette. On le revet de ses plus beaux atours. Si c’est un enfant, les rubans, les broderies, la soie ne sont pas épargnés. On étend le corps sur un matelas de coton indigène posé sur une natte au milieu de la case. On le recouvre d’une couverture multicolore, lifaifai; on place un mouchoir sur le visage, car les mouches se posent très vite sur les yeux, les lèvres et les narines. Si c’est un homme, on le revêt très décemment: un veston bleu foncé avec boutons dorés, des pantalons blancs, une chaîne de montre (sans montre) ; on dépose des fleurs sur le corps, un flacon de monoi, des photographies (faites à un voyage à Tahiti) ..... et les lamentations commencent, sans beaucoup de larmes, mais avecforce cris. Ce sont seulement les nombreuses femmes (accroupies dans la chambre mortuaire) qui se livrent à ces lamentations; la lassitude les interrompt souvent, mais l'arrivée d’une parente les fait reprendre de plus belle. Pendant ce temps, les hommes font des discours. Il arrive quelquefois que l'enfant défunt est un premier-né au profit duquel a eu lieu le aufau fetii. Alors le père rend de l’argent aux nombreux parents qui Se succèdent et qui répondent chacun à ses paroles par un discours important. Ces opérations terminées, père et parents mâles fabriquent le cercueil. Il se creusait autrefois (rarement aujourd’hui) dans un segment de tronc de cocotier ou dans le tronc d’un tamanu. De nos jours, on achète des planches de pin chez le commerçant. D'autres parents sont occupés à sacrifier un énorme cochon dont les hurlements se mêlent au bruit des lamentations, car on ne tardera pas à enterrer (fupu) son chagrin ({upu à te oto).
Vers les trois ou quatre heures du soir, on porte le corps au cimetière qui se trouve généralement sur la colline. Cette coutume doit avoir été introduite récemment, car la plupart des tombes se trouvent. dispersées derrière les maisons. On enterre de préférence sous un grand arbre et l’on entoure la place d’une petite barrière. Chacun a ainsi ses morts près de sa demeure, habitude qui a dû succéder à celle d’enterrer clandestinement et qui a dû être importée avec le christianisme. C’est aussi sans doute des Anglais que provient l'usage de planter des fleurs sur les tombeaux. On ne creuse pas la fosse très profond : les bêtes féroces n'étant pas à craindre. Par-dessus
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le cercueil, on jette le lit du mort, ses couvertures, sa naïte, ses turua, son bol, tout ce qu’on avait entassé sur la couche mortuaire, même un peu de nourriture. Est-ce par superstition ou par mesure d'hygiène que l’on enfouit ainsi ce qui a appartenu au défunt? Je ne sais. L’inhumation terminée, on fait un grand amuraamaa el le chagrin est enterré. L’habitude qu’on avait autrefois de se raser par places les cheveux en signe de deuil (coutume appelée oÿmo) est tombée tout à fait en désuétude. De même pour la coutume de faire présent d’une pièce d’étoffe aux parents en deuil (ahu tai, ahu oto). Les deuils ne sont pas les seuls chagrins que l'on enterre par un bon repas. Des indigènes qui nous avaient témoigné une affection particulière nous ont écrit récemment qu'après notre départ de Raiatea ils avaient «enterré leur chagrin par un bon petit repas ».
« Te amu nei matou i te maa rii mailaiite tahi mahana, le lupu nei ia to matou oto, no te mea aita orua ia matou net. »
« Mangeons nous la nourriture petite bonne un certain jour enterrons à nous le chagrin parce que pas vous deux à nous ici. »
Le christianisme n’a pu déraciner les superstitions de l’âme de ces Polynésiens. Cela n’a rien d'étonnant quand on songe aux superstitions existant encore parmi nos populations chrétiennes, relatives aux revenants, aux bruits de mort, ete. Malheur à celui sur la tête duquel retentit le cri (ofi) du pic-hois (ofatare)1 C’est un signe de mort. Une jeune fille de 14 ans mourut subitement en mars 1899, un matin à six heures. Elle avait beaucoup aimé l’école dont elle était une des meilleures élèves. Ce matin même, à six heures, les indigènes effrayés accoururent pour me raconter qu’ils venaient d'entendre un bruit violent dans la maison d’école et qu’ils n’avaient osé s’approcher, ayant justement appris la mort de la jeune fille dont certainement l'esprit venait de visiter encore une dernière fois l’école. Et quand le cortège funèbre passa devant celle-ci, les porteurs (on porte tous les morts) s’arrêtèrent un moment déclarant que la bière devenait subitement très lourde et que sans doute c'était l'âme de la jeune fille qui voulait s’arrêter encore une fois dans la salle de classe. Le même phénomène de pesanteur subite se serait ensuite
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produit au moment où la bière fut déposée sur le cotre qui devait l'emporter dans l’île voisine où se trouvait la terre de cette famille et où ses morts étaient réunis.
Bien d’autres superstitions ont encore survécu. Si, autrefois, manser de la nourriture destinée au roi « donnait la lèpre », aujourd’hui, c’est marcher sur la terre autour du tombeau de Pomare à Tahiti qui la donne. Pour moi, qui ai visité ce monument, je n’en ai emporté qu'un seul désagrément, celui de voir mes pantalons de flanelle criblés des graines pointues du piripiri, une graminée importée des iles Norfolk à Tahiti en 1800. II faut la patience d’une femme tahitienne habituée à chercher les poux pour débarrasser le drap de ces détestables semences.
Tous les bruits nocturnes impressionnent l’indigène. Le grillon vert (peretei) de la montagne, lorsqu'il vient crier autour des maisons, annonce de bonnes nouvelles, ainsi que Me H. put l’expérimenter en 1898. Comme elle attendait mon retour de Tahiti, les indigènes lui firent remarquer, un soir, que le grillon vert chantait : bonne nouvelle! Un quart d'heure plus tard j'arrivais. Les indigènes de triompher en hochant la tête d’un air de mages: « Nous savons, nous, que ce sont des signes vrais ».
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