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fuyant notre civilisation, désire se faire une idée de la vie d’un peuple enfant. Ce peuple, jusqu’au commencement du XIX° siècle, en était encore à l’âge de la pierre, puisque les métaux n'existent pas dans les îles. La transformation opérée par lintroduction du Christianisme, de certaines de nos idées et de beaucoup de nos instruments et vêtements de luxe, n’a pas modifié le génie de cette race; l’Européen qui aura le privilège de vivre à son contact pendant quelques années finira par comprendre toute la poésie, le charme doux et enivrant de la vie tahitienne telle qu'elle existe encore aujourd'hui. $’il demeure assez longtemps au milieu de ces peuplades primitives, pour les comprendre et les aimer, il les regrettera, de retour dans la vieille Europe. Son plus cher désir sera de les revoir et d’y mourir un jour de la même mort paisible et sans frayeur qui est le partage de ce peuple.
Puissent ces pages écrites au retour d’un séjour de quatre années dans les Iles sous le Vent conserver un peu du parfum et de la poésie des choses qu’elles vont chercher à dépeindre.
Hélas ! il en sera sans doute comme de ces couronnes fanées et de ces objets que j’ai rapportés avec moi. Quand j'ouvre mon coffre de camphrier pour les contempler longuement, les fins parfums des liare, du monoi, du bois de santal s’en échappent timidement et tout cela a l’air glacé sous le ciel gris de nos hivers septentrionaux.
Il faut aller là-bas. Il faut voir ce beau ciel bleu s’embrasant vers le soir de toutes les teintes de l’arc-en-ciel tant que le disque rouge du soleil n’a pas encore tout à fait disparu sous la nappe brillante de l’Océan infini; puis vient la brume, suivie rapidement de la nuit; les canots rentrent lentement, chargés de poisson: les feux s’allument sur la grève; les couples amoureux couronnés de fleurs blanches passent graves et heureux dans ce printemps éternel.