‹ Rambures: Épisode des guerres du temps de Charles VIIChapitre 5 sur 10 · IL1K.1L · texte numérisé non relu

IL1K.1L

d Thibaut» mon brave ami» dit-elle, en lui prenant avec effusion la main » que je suis donc heureuse de vous revoir I Tout le monde vous croit mort?... Par quel miracle avezvous échappé à tant de périls?... Mais» grand Dieul... Quelle altération dans vos traits 1... Quelle pâleur I... Vous souffrez» n'est-ce pas?... Là.... Tenez»... mettez- vous sur ce siège.... d

— Mon Dieu! vous m'effrayez, Thibaut; que veulent-ils donc &ire?

— Ils sont furieux : le premier, de n'obtenir aucun renseignement sur la retraite de madame de Rambures ; le second, de vos constants dédains. Ils ont pris ce soir une résolution définitive. Demain, s'il ne &it un aveu, cet archer, ce traître, qui a livré le château, Othon doit être jeté vivant dans les oubliettes....

— Ciel! s'écria Jeanne.... Ils vont le faire périr!...

— Oh I quant à lui, répondit en souriant Thibaut, peu m'importe qu'il s'en aille en l'autre monde, il nous a fait assez de mal dans celui-ci....

— Ce que vous dites là est horrible, messire écuyer, reprit avec feu la fille du comte de Ravenstein ; il faut le sauver, ou je reste.... d

Il y eut un moment de silence. Thibaut, stupéfait de cette sortie virulente de Jeanne, la regardait avec un étonnement sans égal. Elle comprit qu'elle s'était laissé emporter trop loin par son premier mouvement, et, baissant les yeux, elle balbutia....

a Ce jeune archer est la cause première de nos malheurs,... c'est la vérité.... Mais il est repentant de sa con* duite.... Il a sauvé le fils du sire de Rambures,... d'ailleurs la châtelaine elle-même, en partant, lui a témoigné sa reconnaissance.... d

Oh 1 oh ! pensa le vieux serviteur, aurais-je touché par hazard une corde sensible? Puis il reprit :

« Il sera difficile de le sauver ; mais, puisque tel est votre

désir^ nous essaierons. Voulez-vous connaître le reste de la conversation parvenue à mes oreilles? d

Jeanne» visiblement émue, fit un geste de tête aflBrmatif, Fécujer continua :

<K Voici les paroles mêmes qui ont été prononcées ; elles sont gravées dans ma mémoire. — Si vous m'en croyez, mon cher de Mailly, a dit le comte de St-Pol, vous adopterez mon premier projet, pour la jeune fille. Il faut absolument la faire reconduire, qu'elle veuille ou non, chez son père. Ce dernier, s'il venait à apprendre qu'elle est entre nos mains, nous saurait fort mauvais gré de ne pas la lui avoir rendue. Il est plus prudent qu'elle parte avec une bonne escorte. Noram l'accompagnera. — Comme vous voudrez, a répondu le sire, de Mailly. Je vois bien d'ailleurs qu'il vaut mieux, avec un caractère aussi indomptable, employer la violence que les bons procédés.

— Ohl les misérables I s'écria Jeanne» reprenant toute son énergie ; les misérables ! J'aimerais mieux être enterrée vivante que d'épouser ce chevalier félon.... Thibaut, il &ut délivrer le malheureux Othon,... et fuir.

ILILIUIII.

Le souterrain, ou plutôt la prison dans laquelle Othon Tarcher était détenu^ avait pour toutes fenêtres les trois meurtrières donnant sur les fossés du castel. Celte prison située, ainsi que nous Tavons dit plus haut, dans la demi-tour de l'ouest, précisément à Topposite des grands souterrains, avait des murs d'une épaisseur moyenne de dix-huit pieds, en

sorte que les meurtrières formaient des couloirs étroits ayant pour base un plan légèrement incliné de bas en haut.

Cette description préliminaire était indispensable pour l'intelligence des faits qui vont suivre.

Le jeune archer se promenait de long en large» repassant dans son esprit les principales circonstances de sa dernière entrevue avec Pierre de Luxembourg.

or Pardieu 1 se disait-il à lui-môme en marchant et en s'arrétant tour à tour, voilà qui devient singulier... Quelle scène bizarre I... Je ne suis pas plutôt au pied de son lit que, jetant les yeux sur moi, il se dresse et bondit soudain comme le tigre frappé par le chasseur.... Ses dents claquent, ses cheveux se hérissent I... 11 semble qu'un fantôme épouvantable lui est apparu.... Est-ce le résultat de la maladie, du délire? Se passe-t-il quelque chose d'extraordinaire? Ou bien suis-je devenu si horrible, en quelques jours, que mon seul aspect glace de terreur un homme aussi brave que le Comte?... Mais non;' s'il avait eu peur, il n'aurait pas voulu rester seul avec moi, lui miné par la fièvre, tandis que je suis encore plein de force.... Il m'a pris une démangeaison de l'étrangler.... fiahl à quoi bon?... Je ne pouvais m'échapper!... J'aurais été pendu un peu plus tôt!... Quelles questions bizarres il m'a &ites? — Othon, quel est ton père?... Où es4u né?... Comment s'est écoulée ton enfance?... — Et ses regards ne quittaient pas mon visage.... Ma naissance se rattacherait-elle à quelque phase de son existence?... Ce vieux maléficier que St-Pol fit pendre, savait-il le nom de mon père?... Souvent il me disait : —

Un jour, tu seras riche, puissant, tu auras un blason, avec, de belles armoines traversées d'une barre diagonale (1)... b

Il est partieuiier que ce soit précisément toujours dans les moments les plus critiques et les plus désespérés de la yie, que Timagination se laisse aller avec plus d'entraînement aux illusions deTavenir.... Mais continuons....

Au moment où Othon achevait à voix basse son monologue, un objet de forme oblongue, glissant avec bruit sur le plan incliné de Tune des meurlriéres, vint tomber à ses pieds. Il s'empressa de le relever, et, à la faible clarté d'une belle et froide nuit d'hiver, il vit briller dans sa main la lame d'un poignard.

H était encore dans la stupéfaction que lui causait cet étrange événement, lorsqu'il croit entendre dans les fossés comme un léger bruit ; il écoute, et ces mots murmurés bîeR bas, mais distinctement, arrivent à sob oreille :

V Prend» ce poignard, demande à parler au Comte : la perte ouverte, frappe la sentinelle, descends les escaliers, traverse le souterrain situé au-dessous de la salie des gardes. On l'attendra dans le passage secret.... Prudence et courage.

— Vrai Dieul je ne manque ni de l'une ni de l'autre, se dit l'archer.... Je ne sais d'où me vient ce mystérieux

(1) Qaant aai bâtards des nobles, il n*y avait aucune différence entre em et les enfants légitimes, lorsque le père les avait reconnus : ils en étaient quittes pour croiser les armes paternelles d'une barre diagonale, etc. (Cuatbaubriand, Etudes historiques, tomelH, page 159.)

secours? Mais que ce soit du ciel ou de reofer, peu m'importe, j'en profiterai.... Seulement, usons d'abord de prudence ; il sera toujours temps d'employer le courage, a

Il s'approche alors de la porte, frappe en criant à la sentinelle qu'il a une importante révélation à faire au comte de St-Pol. A l'instant et, d'après les ordres qu'il a reçus, le soldat de garde pousse les verroux et ouvre; mais il ne peut faire un autre mouvement, car déjà Othon lui a sauté à la gorge, et, lui présentant la^pointe de son poignard :

<r Un mot et je te tua., i^ Puis il force le malheureux, plus mort que vif, à entrer avec lui dans sa prison, le désarme, referme doucement la porte, et s'écrie, sans lâcher sa victime :

a Camarade, nous allons changer de costume,... tu vas, pendant quelques heures, jouer mon r61e et je jouerai le tien.... Chacun son tour en ce monde..*. Allons, défais ton

justaucorps et donne -le moi :.... voici ma casaque

Pas de mauvaise volonté, je t'en prie.... Je n'ai pas le temps d'attendre.... Je suis pressé de savoir si les armoiries de monseigneur le comte de St-PoI feront un aussi bel eflTet sur ma poitrine que celles du sire de Rambures.... Eh I . . . tu oublies de me donner la chose la plus importante, ton arbalète.... En prison, vois-tu, c'est un meuble inutile... Bien !.. Ah çà, je t'avertis en bon compagnon qu'il ne serait pas prudent pour toi de pousser un cri, car si je t'entendais parler trop haut, il pourrait t'en coûter cher.... Tu comprends?... Maintenant, mon garçon, adieu:... pour te désennuyer, tu as le droit de dormir.... Si la faim te presse.

je t'autorise à prendre inoo souper que tu trouveras là,.** dans ce coin ; du pain noir et de l'eau/... Je veux que tu ne manques de rien... Bon soir... A demain... d

Othon avait, eh parlant, terminé sa nouvelle (oilette ; il sortit, fit glisser doucement les verroux le long de la porte, et le silence le plus profond parut régner de nouveau dans tout le vieux manoir.

Le jeune archer, après avoir écouté attentivement, remonta quelques marches , rampa le long d'un étroit couloir, puis redescendit à pas de loup les degrés de l'escalier de la tour de Touest, prêtant l'oreille, s'arrêtant et se collant à la muraille, lorsque son pied s'était posé malencontreusement sur quelque gravier. Il parvint ainsi jusqu'auprès des souterrains servant d'écuries, et devant l'entrée desquels se tenait un soldat de garde. Othon, hardi, déterminé et très adroit, jugea d'un coup d'œil ce qu'il devait faire. Il se plaça légèrement derrière la sentinelle, le poignard levé pour la frapper si elle tournait la tête, marcha jusqu'à la porte de la tour de l'est, et, se jetant avec une admirable dextérité dans la galerie, il ne tarda pas à gagner le passage secret.

Nous n'essaierons pas de peindre son bonheur, lorsqu'il entendit une voix douce, harmonieuse et tremblante d'émotion, murmurer alors tout près de lui :

a Estrce vous?... Sire archer....

— C'est bien moi, Jeanne; ohl merci de né pas m'a voir oublié.... Mais où êtes-vous?

— Par ici, venez. »

Oo lui teodit une main charmante, qu'il osa presser dans la sienne» et qu'on ne retira pas. Cette main lui parut même agitée par un léger frémissement. Il se laissa conduire par la jeune fille jusque dans les fossés, tandis que le bon Thibaut faisait à part lui ces réflexions, que la belle avait pour le soldat bien des attentions, bien des soins, bien des....

a Après tout, se dit-il intérieurement, pour être la fille du comte de Ravenstein, on n'en a pas moins un cœur et des yeux.... Le jeune archer est assez bien tourné pour plaire ; il est brave, hardi, passablement fier quoique soudoyer.... n est fâcheux que ce bel oiseau ne soit pas de noble plumage, tous deux feraient, sur mon âme, un joli couple.... d

Les réflexions de l'excellent homme furent interrompues à ce moment d'une façon brusque et désagréable, Othon, Jeanne et lui longeaient les murs de la tour du sud, lorsqu'une vive lumière éclaira soudain l'endroit où ils se trouvaient et fit briller à leurs yeux les casques et les armes de cinq individus occupés, selon toute apparence, à terminer une ronde autour du château. Par un mouvement instinctif, les trois infortunés se blottirent aussitôt contre la muraille, espérant se dérober aux regards des soldats, mais la robe blanche de la jeune fille les trahit ; ils furent aperçus et entourés. Othon voulut défendre Jeanne, il frappa même d'un coup de poignard au bras l'homme qui marchait en tête de la petite troupe, et qui n'était autre que Noram, mais il n'en fallut pas moins céder au nombre.

a Misérable! s'écria l'écuyer du comte de St-Pol, en se sentant atteint et en reconnaissant l'archer : c'est donc

toujours toit... Comment as-tu pu réchapper de ta prison?... Est-ce encore pour prendre Tair et attendre le jour, que tu rodes dans les fossés un poignard à la maint... Yâ, va, sois tranquille 9 aujourd'hui tu n'auraà affiiife qu'à moi.... Mes amis» dit-il à ceux qui le suivaient, prenez ce gaillard-là, et jetez-le dans les oubliettes....

— Grâce!... Grâce pour lui!., messire écuyer, s'écria Jeanne en se tordant aux pieds de Noram. Grâce!... Moi seule suis coupable.... Epargnez-le, je vous en supplie.... Je dirai tout ce que je sais. . . mon Dieu I . . .

— Non, non, reprit durement Noram, il fout qu'il périsse : d'ailleurs c'est l'ordre de monseigneur le comte de Sl-Pol. Vous m'entendez? ajouta-t-il,en'se tournant vers les siens qui paraissaient hésiter :... aux oubliettes

— Oh ! si je regrette la vie, murmura Othon, c'est bien en ce moment. Adieu, Jeanne, adieu pour toujours! conservez-moi une place dans votre souvenir.... b

On l'entraîna, il n'en put dire davantage : Jeanne s'évanouit, les soldats l'emportèrent dans sa chambre, les deux écujers restèrent seuls.

a A nous deux, maintenant, dit celui du Comte, qui es-tu?.. U approche sa lanterne de la figure de Thibaut; mais, à la vue de ce visage blême, amaigri, de ces grands yeux ternes, de cette espèce de squelette, dont il n'avait aucune souvenance, il se crut en &ce d'un fantôme ; il eut peur, si peur qu'il s'enfuit.

Dans c«s siècles d'ignorance et de barbarie où l'on croyait aux maléfices, aux sorciers et aux revenants, il n'était pas rare de voir les gens les plus braves devenir craintift et

même lâches, à l'aspect d'une chose qui leur paraissait surnaturelle. Il ne &nt donc pas que l'on induise de la terreur subite de Noram, qu'il manquait de couragei car on se tromperait étrangement.

Le lendemain devait être pour le vieux château de Rambures un jour fertile en événements de toute espèce.

Dès le matin y la fille du comte de Ravenstein, qui ne se dissimulait même plus son fol amour pour Othon» songeant avec désespoir à la mort affreuse qui attendait ce malheureux dans les ouhliettes, brava toute considération, et en-

voja dire au sire de Mailly qu'ayant à lui parler de choses importantes, elle le priait de se rendre chez elle.

L'amoureux chevalier se fit répéter deux fois les termes de la missive, tant sa stupéfaction fut grande. Au bout de quelques minutes, il se présenta devant Jeanne.

a Merci de votre empressement à m'étre agréable» lui dit-etle avec un sourire ravissant, dès qu'elle Faperçut; je n'attendais pas moins de votre courtoisie, o

De Mailly croyait rêver. Il se demandait si c'était bien à lui que s'adressaient d'aussi douces paroles. Certes, en ce moment, il n'eut pas changé son sort pour celui de son suzerain, le duc de Bourgogne.

Il s'inclina respectueusement sans répondre ; la jeune fille continua :

a J'ai pensé, Messire, qu'en votre qualité de commandant de ce château, vous voudriez bien réparer une injustice dont je suis la cause.

— Vos volontés, Jeanne, sont pour moi des ordres.

— Très bien : voici ce dont il s'agit. Vous connaissez, sans doute, un jeune arcber français à qui le comte de St-Pol doit la prise de ce castel. »

£11q n'avait osé le nommer.

<r Je le connais parfaitement, reprit le chevalier, il s'appelle Otbon.

— Othon, c'est cela même... Cette nuit (car je ne veux rien vous cacher) il cherchait à protéger ma fuite, lorsqu'il fut arrêté par quelques soldats.

— - J'ignorais complètement ce fait.

— A la place de cet archer, sire de Mailly, accompagnant une femme, qui vous supplie de le défendre et qu'on veut emmener, quelle eût été votre conduite?

— Pouvez-vous me le demander, Jeanne; je l'aurais défendue au péril de mes jours.

— Eh bien 1 voilà précisément le crime pour lequel on a jeté le malheureux Othoq dans les oubliettes de ce château, où il va mourir d'une mort horrible, si vous ne venez à son secours.... Il parait que, dans la lutte, son poignard a, je ne sais comment, rencontré le bras de cet écuyer du comte de St-Pol....

— Noram est blessé?

— Légèrement.... D'ailleurs, vous venez de l'avouer, sire de Mailly ; à sa place, vous en eussiez fait autant.... Vous voyez bien qu'il £aut le sauver.... Moi seule suis coupable.... On ne peut commettre une injustice aussi révoltante.... C'est moi qui dois être punie... Il ne saurait périr!.. N'est-ce pas?... Mais répondez-donc, Messire, répondezdonc!...

De Mailly ne répondait pas , il réfléchissait; il se disait à lui-môme : Quel intérêt si puissant la fille du comte de Ravenstein peut-elle avoir à sauver cet homme?... Qu'attend-elle de lui?... Voilà ce qu'il faut d'abord tâcher de découvrir, nous agirons ensuite de manière à mettre à profit cette circonstance... Nous ferons nos conditions...

La jeune fille attendait, avec une impatience visible, la réponse du chevalier.

« Je verrai, Jeanne, s'il y a moyen de modifier la puni-

tioD que mérite la faute de ce soudoyer... Je ne crois pas la chose possible... Mais, après tout, que vous importe la vie de ce pauvre diable?

— Que m'importe? reprit-elle avec feu... Que m'importe?.. D Une fois encore elle allait, en s'abandonnant à la fougue de son caractère, se trahir peut-être comme devant Thibaut, lorsque ses yeux rencontrèrent ceux du chevalier. Dans son regard incisif, elle lut toutes ses pensées, comprit la &ute qu'elle était près de commettre ; et, avec cette admirable présence d'esprit dont les femmes qui aiment sont seules capables, elle continua aussitôt, en donnant à sa réponse une direction contraire : a Comment pouvez -vous madresser une semblable question, Messire, lorsque je viens de vous avouer que ce malheureux n'a &it que céder à mes instances? Yous ne voulez pas, sans doute, que je consente à être froidement le témoin du supplice d'un être qui s'est dévoué pour moi? Ce serait affreux!.. . J'aimerais mieux périr moi-même!... d

Est-ce bien réellement par humanité, par reconnaissance, qu'elle agit ainsi? pensait le chevalier, tout en l'écoutant. Obéit-elle aux cris de sa conscience, aux exigences d'un devoir impérieux?... C'est possible... Son caractère est si bizarre!... N'importe, puisqu'elle attache tant de prix au salut de ce soldat, jouons serré, et gagnons du terrain. Il reprit :

« Ce que vous désirez, je vous l'ai dit, Jeanne, est presque impossible, et ne dépend pas seulement de moi. Vous n'ignorez point l'affection du comte de St-Pol pour Noram...

— Eh I qu'importe l'affection du comte !.. Ni vous, ni lui, ne pouvez laisser commettre une pareille injustice? Ce serait affreux !

— La gfuerre a souvent de terribles exigences?... D'ailleurs que voulex-vous donc que je fesse?...

— Vous me le demandez?...

— Sans doute.

— Mais c'est horrible 1 C'est monstrueux I Faire périr un homme parce qu'il défend une femme... Où sont donc vos lois de la chevalerie?...

— Jeanne, les lois de la chevalerie ne sont pas fiaiites pour des vilains l »

Cette réponse attéra la jeune fille; elle pâlit; il lui sembla, en entendant cette phrase, voir s'ouvrir entre elle et Othon un abime immense... Jamais elle n'avait osé arrêter sa pensée sur la distance qui la séparait, elle de noble lignage, de lui, aventurier d'une naissance obscure.

« Je vous en prie, je vous en supplie, reprit-elle au bout d'un instant, par pitié sauvez-le!... Trouvez un moyen...

— Je n'en connais pas... »

De Mailly parut réfléchir, puis il dit :

a Peut-être ne serait-ce pas tout-à-feit impossible d'en essayer un?.. Un seul,... mais, pour cela, il fendrait votre concours... Vous ne voudrez pas consentir?

— Je consens à tout... Voyons.

— Le comte de St-Pol a pour moi l'amitié d'un firére... et, s'il pensait,.* s'il pouvait entrevoir que sa clémence devint pour vous un motif de soumission. aux volontés d'un père...

— Pas de phrases iouliies avec moi, Messire, je yois ce que TOUS désirez .. Ici je tous gêne, vous et le Comte, n'est-ce pas? Eh bieul qu'on épargne le priscmoier, et je retourne au château du comte de Rayenstein. p

De Maillj ne répondit rien.

<i Ne m'avez-vous pas entendue ? continua la jeune fiile. . . b

Même silence de la part du chevalier.

ff N'est-ce point encore assez?... Non!.. Que voulezvous?... Qu'exigez-vous donc?...

— Ne le devinez-vous pas, Jeanne?... Vous, de retour au manoir de vos pères, n'y aurait-il pas en ces lieux u» cœur souffrant pour vous et par vous?

— Encore!... Assez, Messire, reprit impérieusement la jeune fille... Jamais ! »

De Mailly, se redre^^nt vivement à son tour, s'écria :

or Comme vous voudrez?... Votre obstination coûtera la vie à cet homme... d

Puis, saluant Jeanne avec hauteur, il gagna la porte, et l'on entendit sur l'escalier le bruit de ses pas...

La jeune fille pâle, immobile, semblait avoir été changée en statue ; soudain, elle poussé un cri, se précipite hors de la diambre et, rappelant le sire de Mailly :

a Puisqu'il £aiut, lui dit-elle, noble chevalier, payer vos services... soit,... j'accepte... Allez... Qu'on rende à Othon sa liberté, et je jure de n'être jamais à un autre qu'à vous... ou à Dieu... ajouta- t-elle mentalement. »

Un instant après, le chevalier descendait chez le comte de St-Pol. Il le trouva moins malade que les jours précédents, et d'assez joyeuse humeur. Noram, le bras en écharpe, se tenait debout prés de son lit.

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