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Les Indes Galantes, ballet réduit à ijualre grands cou

fait des scènes des Indes galantes que du reste de ToLivrage, je n'ai pas cru devoir appeler de son jugement; et c'est pour cette raison que je ne lui présente ici que les symphonies entremêlées des airs chantants, ariettes, récitatifs mesurés, duos, trios, quatuors et chœurs, tant du prologue que des trois premières entrées, qui font en tout plus de quatre-vingts morceaux détachés, dontj'ai formé quatre grands concerts en différents tons : les symphonies y sont même ordonnées en pièces de clavecin, sans que cela paisse empêcher de les jouer sur d'autres instruments, puisqu'il n'y a qu'à y prendre toujours les plus hautes notes pour le dessus et les plus basses pour la basse ». Rameau avait donc fait un véritable arrangement de son ouvrage, pour mettre les amateurs à même de l'exécuter chez eux, sur tous les instruments dont ils pourraient disposer, comme c'était l'usage à une époque où l'on était beaucoup moins sensible que de nos jours à la différence des sonorités. Rameau, qui cependant a l'oreille délicate, ne voit aucun inconvénient lui-même à ce que tel trait, écrit pour la flûte, soit rendu par un violon, une viole ou

ccrls, avec une nouvelle cutroc complète, par M. Rnnieaii. Chez M. Boivin, rueSaint-Honoré, à la Règle d'or; M. Lcclair, rue du Roule, à la Croix d'Or, et l'auleur, rue des Bons- Ëufauls, ù l'hûlel d'Eûlut.

un clavecin : nous sommes encore en un temps où le sentiment de la musique est dans les notes elles-mêmes, non dans les nuances du timbre, qui sont, bien qu'on en sente le cliarme, strictement accessoires.

Le II mars 1786, les Indes galantes étaient reprises avec une entrée nouvelle, les Sauvages^ où Rameau avait placé le vieil air écrit en 1725 pour l'exhibition du Théâtre-Italien, et déjà transcrit dans le recueil de clavecin de 1781 : on ne pouvait cette fois lui trouver un meilleur emploi.

Désormais Rameau, ayant donné à l'Opéra deux ouvrages qui se sont maintenus, trouvera bon accueil à ce théâtre chaque fois qu'il lui plaira d'y apporter un ouvrage ; le 24 octobre 1737, y paraissait Castor et PoUux. Et cette fois il avait rencontré un poète qui, sans être capable de grands efforts, avait du moins la grâce du style, et, à force d'esprit, parvint à former une intrigue attachante : c'était Bernard, l'auteur de VArt cVainier, justement surnommé Gentil-Bernard \ Le sujet de la délivrance de

I. Pierre-Joseph Bernard (1710-1775), qui eut la prudence de garder 3o ans en portefeuille son Art d'aimer, « se bornant à en faire des lectures aux soupers de la grande ou de la bonne compagnie » [Iiio>j;raphu' Michaud) .

Laloy. 1

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Castor par son frère n'aurait pu servir à un opéra, si l'amour n'y eût été mêlé. Castor aimera donc la belle Télaïre ; mais l'idée heureuse, c'est d'en rendre PoUux également amoureux. Pour descendre aux Enfers et ramener son frère mortel à la vie, il faudra donc que l'immortel triomphe de sa flamme. C'est là une victoire sur soi dont Hercule s'était déjà illustré, dans YOmphale de La Motte et Destouches (170 1), que l'on venait encore de reprendre en ijSS et en i^SS. Mais ce n'est qu'au dénouement que le héros se souvient de sa gloire, après avoir cédé sans lutte à l'amour. Pollux au contraire sait son devoir dès le premier acte, et c'est Télaïre elle-même qui le lui donne.

D'un frère infortuné ressusciter la cendre, Larracher au tombeau, raempêcher d'y descendre, Triompher de vos feux, des siens être l'appui,

Le rendre au jour, à ce qu'il aime.

C'est montrer à Jupiter même

Que vous êtes digne de lui.

— Quel trouble confus me dévore ! Quelle pitié combat mes sentiments jaloux ! Ombre que je chéris, Princesse que j'adore.

Je serai digne aussi de vous.

Il règne ici une grandeur de sentiments dont Rameau ne pouvaitmanquer d'èlre séduit, comme aussi du généreux combat qui s'engage entre les deux frères, Castor refusanl lout d'abord

la vie que PoUux ne peut lui rendre qu'en prenant sa place, et ne voulant ensuite l'accepter que pour un seul jour. 11 dut se promettre plus encore de la beauté du spectacle, très habilement lié à laction, et qui lui offrait, au premier acte, une scène de funérailles, et l'entrée des athlètes victorieux de Lyncée ; au second, les danses des Plaisirs qui ne peuvent amollir le courage du héros ; au troisième, les Enfers ; au quatrième, les Champs-Elysées où se forment les chœurs des Ombres Heureuses ; au cinquième, l'apparition de Jupiter au milieu des constellations où Castor et Pollux vont prendre leur place. Ainsi se trouvaient réunis, et enchaînés étroitement entre eux, les tableaux sombres ou riants, où se complaisait également l'imagination du musicien.

Castor et Pollux fut joué ai fois de suite, ce qui était alors un succès. La même année, Rameau faisait paraître un important ouvrage, la Génération harmonique ou Traité de musique théorique et pratique, qu'il dédiait à MM. de l'Académie royale des Sciences. C'est un livre de science, en effet, en ce que l'auteur essaye d'y fonder sur une observation de physique son système d'harmonie. La même année encore, il ouvre chez lui une école de composition de musique où il se propose de réunir, trois fois la se-

maine, de trois à cinq heures, douze élèves qui lui donneront vingt francs par mois '. Ce gain ne devait pas être indifférent à Rameau, qui était fort bon ménager, et commence, vers cette époque-, à faire des placements, qu'il croit avantageux, de ses économies. Mais l'enseignement était aussi pour lui un moyen de faire prévaloir ses idées : Rameau est un inventeur, passionné pour ses découvertes, et qui ne se lassera, sa vie durant, de les défendre, de les développer, et de les proposer sans relâche à l'attention du public. C'est de ce côté seulement qu'il s'est montré sensible à l'opinion des hommes, au point de batailler âprement avec tout adversaire qui se présentait.

L'année 1739 fut marquée par deux ouvrages : l'un est un ballet encore : les Fesles (rilébc ou les Talents h/iiqucs, avec paroles de (lauthicr de Montdorge \ dont les représentations,

1. On trouvf iino annonce pour ce cours dans le Mercure (le fléccmbre 17J7.

■1. Voir L. DK LA Lackkncie, p. 5.(8 et suivantes.

S. Antoine Gaulliicr de Montdorge, né à Lyon vers la (in du xvii*' siècle, cl maître de la chambre aux deniers, était un poète amateur, <|ui plus d'une fois « donna des encouiwi- ^(.■mentsaux arts par 1 usage (|u"il lit de sa fortune » [Biogriifihir Mrliniid). Il mourut fort âgé, en 1768. (-'était un ami île lu pDupliuièic . U no signa pas d abord son poème, et le bruit

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commencées le 21 mai, eurent grand succès encore. Les entrées, qui ont pour titre la Poésie ou Sapho, la Musique ou Tirte'e et la Danse ou Eglé, n'avaient cependant pas de quoi échauffer rimagination du musicien : une froide mythogie y régnait d'un bout à l'autre, et le spectacle était peu varié. C'est pourquoi la musique, animée et légère, garde une certaine sécheresse, et « l'Oracle figuré en pas de cinq », ou la descente de « Nuages chargés de trompettes, de timbales, de hautbois et de bassons », ne suffisent pas à lui donner de l'éclat; les meilleurs endroits sont la musette et les tambourins de la dernière entrée, que Rameau a simplement tirés de son deuxième recueil de clavecin. Mais l'opéra, qui parut sur la fin de la môme année, lui donnait une plus ample matière.

C'est Le Clerc de la Bruère '- qui avait composé le poème de Dardanus, un poème assez mal venu, mais que le musicien ne pouvait rêver meilleur : on y trouve à la fois les grands sentiments et les beaux spectacles dont il était également épris. Iphise, fille de Teucer, est pro-

avail coiuHi que le poète Bernard et M. de la Puupliuière y avaient travaille- avec lui (Dubuisson, lettre VI, juin ly'jg, fitée par M. Malherbe dans la préface de son édition des Fesies d'IIébc).

I. Charles-Antoine le Clerc de la Bi-uère (171 5-1754) avait donné au Théâtre-Français les Mécontents, en 1734, et partagea le privilège du Mercure avec Fuzelier de 1744 à 1752.

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mise à Anténor, mais aime Dardanus, qui est l'ennemi de son peuple. Et le héros, par un artifice digne de l'ancien opéra, prend les traits du magicien Isménor, que va consulter Iphise : il obtient ainsi l'aveu de son amour, et se dévoile. Mais la lière princesse ne peut soutenir la vue de celui qu'il lui est interdit d'aimer, et s'enfuit :

Vous triomphez en vain d avoir connu nm llaïunie ; C'est un molil de plus pour la dompter.

Chimène disait :

Adieu ! ce mot làclié me (ail rougir de honle.

Mais Corneille n'écrivait pas pour TOpéra.

On voit ensuite Dardanus secourir son rival menacé par un monstre, mais obtenir en échange ({u'il renonce à ses droits sur Iphise. Quant à expliquer comment et pourquoi Dardanus se . trouve tout à coup bercé par les Songes heureux, il y faut renoncer ; mais la musique est ici d'un charme qui excuse toutes les maladresses (lu poète.

La première représentation était aiinoncée pour le i() novembre, et attendue avec la plus vive imj)atience. Car notre musicien a Miuinlcnant des partisans dévoués autant que des adversaires résolus. Chacun de ses ouvrages est l'occnsioii (luii coiubal oii les paroles \i\i's, les

pamphlets et les caricatures se répondent avec fureur. Ceux qu'on nomme plaisamment les Ramoneurs n'ont pas Tavantage du nombre, mais celui du zèle et de la discipline. Les autres ont pour eux linslinct, si naturel au public, de maudire tout ce qui est nouveau, et le grand nom de Lully dont ilsse couvrent avec toutes les marques d'un respect idolâtre. En effet, le Florentin a si solidement fondé sa gloire, qu'il passe aux yeux de beaucoup pour ne pouvoir être ni dépassé, ni même égalé. En 173-, Tannée de Castor et Pollux, on reprenait Cadnius et Ilertnioiie, en 1^38 Atys, et Alcesle en 1739. Cette même année 1739, d'Argenson se plaint en ses Mémoires^ de voir dégénérer tous les jours « notre musique

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