I. Mercure fJalant. juillet iUSo
j. Voir HrNni Qvittaru. dans la Ixe\ue Musiculc. 1902. p. loG.
d'oriranisle, fort honorable de nos jours, avait à cette époque encore plus d'éclat: les meilleurs musiciens se rencontraient à l'église, en un temps où la scène, réservée au seul Lully^ ne pouvait les séduire : un Dumont n'en sortit jamais, ni même, plus tard, un Lalande ou un Marchand, malgré le mauvais exemple de Campra, devenu musicien de théâtre en dépit du petit collet. Et la France possédait alors une école d'organistes-compositeurs ^ dont les recherches et parfois les trouvailles d'harmonie contribuèrent pour une bonne part au progrès du sentiment musical.
Peu favorisé de la fortune, mais avantageusement connu, Jean Rameau pouvait se déclarer content de son sort. Trois de ses enfants - lui semblèrent doués pour la musique : aussi ne leur destina-t-il pas une autre carrière que la sienne, et Jean-Philippe, Claude son frère, ainsi (|ue leur sdMir Catherine, l'urent instruits par ses soins. « Il leur enseigna la musique », dit Maret, « avant même qu'ils eussent appris à lire ; des récompenses proporlionnécs à leurs désirs étaient distribuées à ceuxijui savaient bien leurs lerons, cl linalluiilion cl la i'aiiicautisc élaienl
1. Les J/r/iar.s r/c.s Mtiilrrs dr lOr^iir. |)iililiri's par MA. (iiiilinaiil, lions les lonl Cdimailif
2. Jean Ranioaii avait cerlaineiiitMl diiiv lilUs. \inv Ilu.MU (,)litt.\iu). flans la ltr\iif Miisirulc, içio-a, |>. ii>>., n. î.
punies très sévèrement; aussi les enfants surentils parfaitement la musique ». On voit que le brave homme voulut épargner à ses enfants les inconvénients, qu'il connaissait peut-être d'expérience, d'un tardif apprentissage. Il fut récompensé de ses efforts. Jean-Philippe était capable à sept ans d'exécuter toute espèce de musique. Claude devint un organiste distingué, à qui Maret reconnaît, avec moins de science que son frère, « la main bien plus brillante et une excellente exécution ». Et Maret doit être bien informé, puisque Claude Rameau passa toute sa vie à Dijon. 11 en fut de même pour demoiselle Catherine Rameau, qui s'y fit connaître comme claveciniste et y donna des leçons de son instrument jusqu'à la vieillesse. La musique était héréditaire chez les Rameau : le fils de Claude lui-même, l'aventurier que Diderot a mis en scène, possédait, s'il faut le croire sur parole, des dons remarquables dont il ne sut tirer parti.
Mais Jean Rameau ne voulut pas s'en tenir à cette éducation toute pratique. D'ailleurs une certaine culture était indispensable, en un temps où la principale activité du compositeur se dépensait à mettre en musique les paroles latines de messes ou de motets. L'enfant entra donc au collège des Jésuites pour y faire ses études ; mais il n'y put rester. Le père Gauthier, religieux
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Carme, qui avait été son camarade, racontait plus tard à Maret « qu'il se distinguait dans ce collège par une vivacité peu commune, mais que pendant les classes il chantait ou écrivait de la musique et qu'il ne passa pas la quatrième ». Cependant il avait retenu, de ces études écourtées, assez de latin pour écrire correctement la musique d'église et même pour lire des traités de composition écrits en cette langue. Mais il apprit mal le français, que d'ailleurs l'enseignement des Jésuites négligeait un peu : son langage et son orthographe laissèrent longtemps à désirer. Un jour, dit encore Maret, « une femme qu'il aimait lui en fit le reproche ; il se mit aussitôt à étudier sa langue par principes, et y réussit au point de parvenir en peu de temps à parler et écrire correctement ».
De fait le style de Rameau, tel qu'il nous apparaît en ses écrits théoriques, n'est pas un mauvais style : on n'y peut relever ni faute, ni faiblesse, mais seulement un certain embarras : les détails sont nets, parfois vigoureux, rensemble reste diffus. On sent que Rameau n'est pas maître de la langue comme il le fut de la miisique. Ce n'était pas un lettré. Au théâtre, 1(> j)his médiocre poète fil toujours son affaire, |)()nr\u (|u'il fùl docile, et lorsqu'après sa luoil on oun rit sa bibliotht"'(|ue. on n'y trouva pour Ions li\i'(>s (pic le
; Mercure de France^ le Journal de Trévoux et. I quelques ouvrages de piété'. Rameau ne s'est I pas intéressé à la littérature ; la musique est, son art, et c'est seulement pour tracer la théorie de cet art qu'il s'improvise écrivain. '
Il ne faut pas croire d'ailleurs que >même àw collège Rameau ait été privé de musique. L'Université d'alors n'avait pas les sévérités' qu'elle devait montrer par la suite ; elle savait se divertir à l'occasion, et, en dépit de son caractère religieux, elle n'était nullement hostile aux pompes du théâlre, d'un théâtre de collège, cela va sans dire, latin, moral et sans amour. Il était d'usage, au XVII- siècle, de faire jouer des tragédies, à l'occasion de certaines fêtes, par les élèves des divers collèges de la Compagnie. Fidèles observateurs de la mode, les RR. Pères remplacèrent ces tragédies par des opéras, lorsqu'ils s'aperçurent que le spectacle nouveau supplantait l'autre dans la faveur du public. Dès le mois de mars 1688, un opéra était représenté au Collège Louis-le-Grand -. La province suivit l'exemple
1 . C'est ce qui scml)lo résulter de l'iuventairc dressé après sa mort. Voir L. de \.s. L.vurexcie, Mercure musical, 1907, p. 58;.
2. Le Mercure Galant de mars 168S fait part de I événement à ses lecteurs et ajoute ces réflexions :
« Comme cela pourra vous surprendre, je lu explique. Le collège de Louis-le-Grand étant rempli d(? pensionnaires de la première qualité et qui n'en sortent que pour posséder les premières dignités de lEtal, dans 1 Eglise, dans l'épée et dans
lo JEA>-PHILIPPE RAMEAU
de Paris, quoique avec discrétion d'abord : en septembre 1688 \ on donnait, au Collège de Poitiers, une tragédie accompagnée dun magnifique ballet « dont quatre divinités firent l'ouverture ». Ces quatre divinités, qui mêlent vertueusement la mythologie païenne à Tallégorie chrétienne, sont ^lars, la Paix, Thémis et la Religion, et elles viennent disputer ensemble « la gloire d'avoir le plus contribué à donner au Roi le surnom de grand ».
Nous ne savons ce qui se passait à Dijon pendant le temps que Rameau fut élève de la maison, mais il eût été contraire à l'esprit de la Compagnie qu'un Collège se distinguât des autres, même en ses divertissements. Quant au goût des Jésuites, nous le connaissons : il est tout italien. A Paris, l'auteur de l'opéra représenté en 1688, David et Junathas, n'est autre que Marc-Antoine Charpentier, l'élève de Carissimi, le défenseur de la tradition italienne sacrifiée par LuUy aux exigences du public. Les
la robe, il est uécessairo que cette jeunesse s accoutume à prendre la hardiesse et le bon air qui sont nécessaires pour parler en public. C'est dans cette vue que les Jésuites se donnent la peine de loxercer en faisant représenter deux tragédies tous les ans... Ces tragédies n'étaient autrefois ujèlées que de ballets, parce que la danse est fort nécessaire pour donner de la bonne grâce, et rendre le corps agile ; mais depuis que la musique est en règne, on a trouvé à pi'opos d'y en mêler, afin de rendre ces diverlisscmnits complets. »