DiiuKor, Le tic\'Cii df Itunicuu
tincts, dans Fombre où il a voulu la tenir enfermée. Il ne trouve la paix, la confiance et le contentement, qu'à l'heure oîi il entre en possession de son esprit. Il n'a d'estime que pour ses idées; c'est par elles seules qu'il eût souhaité de se faire connaître.
Laloy.
Lebesoin de comprendre est innéchez Rameau. L'instinct ne lui suffit pas; les lumières de l'intelligence lui sont indispensables, et la musique, qui est son art, est aussi pour lui une science, qu'il étudie avec passion. Mal lui en prit d'ailleurs : sa théorie devint célèbre avant ses œuvres, et leur fit du tort. On ne put croire qu'un homme aussi doué pour le raisonnement fût également capable d'invention, et plusieurs, même de ceux qui s'intéressaient à sa musique, n'y reconnurent jamais qu'unjeu savant de combinaisons, quelque chose comme une suite d'exemples destinés à illustrer ses traités. En 1743, un homme qui cependant admire Hippolyte et Aride explique ainsi son goût ' : « J'en éprouve peu d'attendrissement; j'y suis peu remué; mais j'y suis occupé et amusé; la mécanique en est prodigieuse ».
I. Loltro de ?»I. de *" à M'"*' "' sur les opéras do Phaétoii et d'IIippohte et Avicic. — Paris, 1743.
loo JEAN-PHILIPPE RAMEAU
Voilà le grand mot lâché : la mécanique. Toute sa vie Rameau en sera la victime ; ici c'est presque un ami qui parle ; aussi lui reconnaît-on encore le mérite de la nouveauté, de l'adresse, de Tingéniosité. Pour Grimm et pour Rousseau, la cause est entendue : Rameau est un mathématicien, un géomètre, qui s'est avisé d'écrire de la musique, et ne parvient naturellement qu'à construire des figures sonores où toutes les proportions sont exactes, mais où l'àme ni Toreille ne trouvent leur compte \
Faut-il donc croire qu'en effet la réflexion soit funeste à l'inspiration? Un préjugé tenace veut qu'il en soit ainsi, surtout pour le musicien. Que Léonard de Vinci fixe les lois de la perspective, que Racine ou Corneille dissertent sur les trois unités et explicjuent le plan qu'ils ont suivi dans (îhacun de leurs ouvrages, passe encore ! Mais un musicien, s'il (dierche à se rendre compte de ce qu'il fait, à saisir le sens d'un accord, la vertu d'une modulation, la force d'un rythme, perd
I. Rousseau, f.cltvc <i M. nrinini. i'hI. Politain, VI, p. "i.îi. a 11 faul roccuinaîtiH" dans M. Rameau mi tivs i^rand talont, hoaiinoiip <lo ffu, une lêtc bien sonnante, une t;ranile connaissance (les reuv.Tsements liarnioni(|ues et tie lout(>s les choses frell'el ; beaucoup <l ail pour s approprier, dc-nalurer, orner, embellir les idt'-es d aulrui, et retourner les siennes; .issez peu di- lacililt- pour en inventer de nouvelles; plus d'Iiabileli- ipie de fV'Condité, plus de savoir que de j^énie, ou du moins un génie éloulfé par trop de savoir ; mais toujours de la force et de l éb'gance, et très souvent du beau chant. »
L'CSrilIT loi
aussitôt tout droit à passer pour un créateur. N'ya-t-il pas là une injustice ? La question qui se pose pour le cas singulier de Rameau a un intérêt pour tous les musiciens, et peut, si elle reçoit une solution favorable, les relever d'une sorte d'interdit, qui est humiliant.
11 n'en faut pas douter : les spéculations sur l'harmonie et l'acoustique ne sont nullement, pour Rameau, un délassement de son esprit; elles doivent lui donner les règles certaines, les lois régulières sans l'appui desquelles il n'ose se risquer. Sa musi([ue ne devient forte et personnelle que du jour où son système est achevé dans son esprit. Telle de ses pièces de clavecin, VEnharmoniqur, la TriomphaïUe, a, de son propre aveu, la valeur d'une vérification, d'une preuve \ Lorsqu'il entreprend d'écrire pour le théâtre, c'est « pour le plaisir de faire, comme artiste, beaucoup de peintures, dont il avait conçu l'idée » ; mais surtout « pour celui de voir, comme philosophe, le jeu de tous ces phénomènes, dont le principe ne lui était plus inconnu, et de donner lieu à une infinité d'effets, dont il s'était mis en état de connaître les causes"». La théorie chez lui précède la pra-
I. Remarques sur les di/ferciils i^enres de musique plact-es en tête du i'' recueil de clavecin.