Démonstration du principe de i/tarmunie, p. m
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tique ; le savant gouverne le musicien. On a peine à le croire, lorsqu'on a d'abord été gagné par le charme de ses œuvres ; mais son propre témoignage ne peut être récusé. Les contemporains n'avaient donc pas si tort de trouver à sa musique un air de réflexion et de calcul; mais ils allaient beaucoup trop loin, lorsqu'ils concluaient à l'absence de toute émotion.
Gomme tous les musiciens, Rameau a commencé par apprendre la grammaire de son art : on lui a enseigné le nom des notes^ la distinction des modes et des tons, le chiffrage des accords et leur emploi. Mais il ne se satisfait pas des préceptes et des procédés qu'on lui montre. C'est le pourquoi qui l'inquiète. « Quelques progrès que la musique ait faits jusques à nous, il semble que l'esprit a été moins curieux d'en approfondir les véritables principes, à mesure que l'oreille est devenue sensible aux merveilleux eflets de cet art; de sorte qu'on peut dire que la raison y a perdu de ses droits, tandis que l'expérience s'y est acquise quelque autorité '. » C'est là un désordre qu'il ne peut souffrir : il dépense un effort et un zèle incroyables à restaurer u les droits de la raison », à réduire autant qu'il se pourra la j)art de l'expérience, à faire régner
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dans la musique entière l'ordre el la clarté de la géométrie. « La musique est une science qui doit avoir des règles certaines ; ces règles doivent être tirées d'un principe évident, et ce principe ne peut guère nous être connu sans le secours des mathématiques. Aussi dois-jeavouer que nonobstant toute Texpérience que je pouvais m'être acquise dans la musique, pour l'avoir pratiquée pendant une assez longue suite de temps, ce n'est cependant que par le secours des mathématiques que mes idées se sont débrouillées, et que la lumière y a succédé à une certaine obscurité, dontje ne m'apercevais pas auparavant \ ))
C'est en ces termes que Rameau s'est d'abord posé le problème, et qu'il l'a résolu par le système exposé dans son premier ouvrage, qui parut en 1722. On voit que, tout comme Descartes, Mersenne, Leibniz, ou Euler, il ne met pas un instant en doute le vieux dogme des Pythagoriciens : la musique entière doit être réduite à une combinaison de nombres ; elle est l'arithmétique du son, comme l'optique est la géométrie de la lumière; et il ne cherche pas autre chose que de la remettre au rang que lu assignent les savants du moyen âge, parmi les