I. Traité de l' Harmonie, ][>. iô
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à propos une suite d'accords, on ne puisse en tirer une mélodie convenable au sujet, comme nous le verrons dans la suite, mais le goût en est toujours le premier moteur'. »
Rameau ne quitte pas ce domaine interdit à la science sans y jeter un regard de regret et d'envie. Si l'instinct reprend ainsi ses droits, ce n'est pas en vertu d'un privilège de la musique, mais par une infirmité de notre pensée, que dans le fond du cœur il espère corriger un jour. Il ne lui plaît pas que rien échappe à l'empire de la raison; son esprit ordonnateur a horreur de tout ce qui est indéterminé, insaisissable, arbitraire. L'infini, pour lui, c'est le vague ; l'inconscient, c'est l'obscur. Il rêve dun^rt sans mystère.
C'est là une ambition qui va droit à l'encontre d'une de nos croyances les plus chères. Entre la science et l'art, nous avons élevé des barrières infranchissables ; et nous avons mis d'un côté toute la rigueur de l'algèbre, de l'autre foute la liberté du sentiment. Le dieu de notre esthétique se reconnaît à ce qu'il est un dieu inconnu. C'est faire un froid éloge que d'attribuer à une œuvre la clarté, la logique, et une de ces belles ordonnances que l'on peut, suivant le mot d'Aristote, embrasser d'un couj) d'œil ; c'est une cri-