‹ Rameau (volume 2)Chapitre 47 sur 114 · I. Voir plus hitiit, p. 48, uote i, ■1. Page · texte numérisé non relu

I. Voir plus hitiit, p. 48, uote i, ■1. Page

i34 JEAX-PHILIPPE RAMEAU

monologue crArmide, Enfin il est en ma puissance. Rien n'est donc plus loin de la pensée de Rameau que d'entrer en lutte avec son devancier. Or ce fut là justement l'impression de ceux qui entendirent d'abord sa musique ; ils y remarquèrent une nouveauté qui les confondit, et leur parut presque sacrilège. C'était un jeu, dans les salons, que de peser les mérites différents, et presque en tout contraires, de l'ancien et du nouvel opéra, de voir comment le vieux maître résisterait aux entreprises d'un auteur qui semblait n'être venu que pour tout bouleverser. Un homme d'esprit tâchait de concilier les deux goûts, mais il n'était vraiment pas facile d'admirer à la fois Pliacton et Hippolyte : de subtiles distinctions, de la prudence, des excuses, un grand efTort de casuistique, une diplomatie avisée, étaient nécessaires. « C'est, dit-il ' en parlant de l'œuvre contemporaine, un pays nouveau où je fais des découvertes, j'y aperçois mille choses singulières, et des choses singulièrement belles ; mais l'amusement que j'y trouve ne me fait point ouljlier le mérite de ce (juc je quitte, je sens tout ce que je perds, je rends justice à ce qui a mérité mes premiers hommages, je quitte avec des procédés, j'y reviendrai, et j'y revien-

I. /.(lire de M. de '" a ,1/'"" *" sur les oprrtts de l'Iiiu'-luii (■/ </llip|)olylo cl Aricie. — l'aiis. 17 ji

L'ŒUVRE i35

drai plus touché quand mon inconstance m'aura éclairé; je ferai mieux, je conserverai ces deux attachements, j'y puis suffire. L'un sera de sentiment et de goût, l'autre d'amusement, j'ai pensé dire de fantaisie, mais ce serait un peu fort. » Diderot interrompt les révélations de ses Bijoux indiscrets pour esquisser, lui aussi, un parallèle entre le vieux et parfait Utmiutsol, qui est Lully, et l'audacieux Utrémifasollasiututut ^ qui est Rameau ^ Titon du Tillet, enfin, fidèle admira-

T. Diderot, /.es Bijoux indiscrets, Œuvres, éd. Assézat, IV, p. 174 • « Utmiutsol et Utrémifasollasiututut, musiciens célèbres, dont l'un commençait à vieillir et dont 1 autre ne faisait que de naître, occupaient altei-nativement la scène lyrique. Ces deux auteurs originaux avaient chacun leurs partisans ; les ignorants et les barbons tenaient tous pour Utmiutsol ; la jeunesse et les virtuoses pour Utrémifasollasiututut ; et les gens de goût, tant jeunes que barbons, faisaient grand cas de tous les deux. Utrémifasollasiututut, disaient ces derniers, est excellent lorsqu'il est bon ; mais il dort de temps en temps; et à qui cela n'arrive-t-il pas ? Utmiutsol est plus soutenu, plus égal ; il est rempli de beauté ; cependant il n'en a point dont on ne trouve des exemples, et même plus frappants, dans son rival, en qui l'on remarque des traits qui lui sont propres et qu'on no rencontre que dans ses ouvrages. Le vieux Utmiutsol est simple, naturel, uni, trop uni quelquefois, et c'est sa faute. Le jeune Utrémifasollasiututut est singulier, brillant, composé, savant, trop savant quelquefois ; mais c'est peut-être la faute de son auditeur; l'un n'a qu'une ouverture, belle à la vérité, mais répétée à la tête de toutes ses pièces ; l'autre a fait autant d'ouvertures que de pièces; et toutes passent pour des chefs-d œuvre. La nature conduisait Utmiutsol dans les voies de la mélodie ; l'étude et l'expérience ont découvert à Utrémifasollasiututut les sources de l'harmonie. Qui sut déclamer et qui récitera jamais comme l'ancien ? Qui nous fera des ariettes légères, des airs voluptueux et des symphonies de caractère comme le moderne ? Utmiutsol a seul entendu le dialogue. Avant Utrémifasollasiututut, personne n'avait distingué les nuances délicates qui séparent le tendre du volujitueux, le voluptueux du passionné,

i36 JEAN-PHILIPPE RAMEAU

leur de LuUy et de ses émules, tolère cependant la musique de Rameau, bien qu'il la trouve « un peu italianisée " ».

Mais en ijja les opéras-comiques d'Italie pénètrent en France-, et la Lettre sur Omphale de Grimm déchaîne la querelle des Bouffons : c'est aussitôt un revirement complet. Entre Lully et Rameau, toute différence s'efface, toute rivalité s'apaise : ils ont les mêmes adversaires, qui combattent également chez l'un et chez l'autre le faste ennuyeux de l'ancien opéra, la froideur d'une musique guindée, et, pour tout dire, les flétrissent tous deux du nom de « Français^ ».

le passionné du lascif : quelques partisans de ce dei'nier prétendent même que, si le dialogue d UUniutsol est supérieur au sien, c'est moins à l'inégalité de leurs talents qu'il faut s'en prendre qu'à la différence des poètes qu ils ont employés... « Lisez, lisez, s'écrienl-ils, la scène de Dardanus, et vous serez convaincu que si Ton donne do bonnes paroles à Utrémifasollasiututut, les scènes charmantes d'Utmiutsol renaîtront. » Quoi qu il en soit, de mon temps, toute la ville courait aux tragédies de celui-ci, et l'on s'étouffait aux ballets de celuilà. »

Page 1