Voir plus haut, p
3. RoussKAu, Lettre sur la iitiisitfiic française, fin : « Je crois avoir fait voir qu'il n'y a ni mesure ni mélodie dans la musi(jue française, parce que la langue n'en est pas susceptible ; que le cliant fr-ancais n'est qu'un aboiement continuel, insupportable à toute oreille non prévenue; que 1 harmonie en est brute, sans expression, et sentant uniquement son i-emplissage d'écolier ; que les airs français m* sont |)(>iiil des airs ; <[ue le récitatif français n'est pas du récitatil. D (»ù je conclus ([ue les I''rançais n ont point de nuisitjue cl n en peuvent avoir une. ou que, si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux. »
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Il y a une part de vérité dans ces deux jugements contraires : Rameau est bien le continuateur de Lully ; mais, s'il l'imite, ce n'est pas un « copiste servile » ; c'est là toute sa hardiesse : elle suffit pour effrayer un public accoutumé à de plus superstitieux respects ; on est d'abord moins sensible à ce qu'il laisse intact, qu'à ce qu'il veut ajouter, et Titon du Tillet a raison : les nouveautés qu'il apporte semblent bien venir, pour une bonne part, d'Italie.
C'est ici un renversement d'influence qu'il importe de bien remarquer. Le courant italien qui, à partir de 1762, porte vers la simplicité, la vivacité d'expression et la virtuosité vocale, suit avant cette date une tout autre direction. La musique d'outre-monts est alors le régal des délicats que rebute l'art de Lully, trop manifestement mis à la portée de tous.
La France est en retard : elle se pâme encore à des beautés qui là-bas courent les rues. « La musique est une chose trop commune en Italie, les Italiens chantent tous les jours et partout. Un chant naturel et uni est pour eux chose trop vulgaire, et pour piquer leur goût rassasié de chants simples et suivis, il faut sans cesse chan-
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ger de ton et hasarder les passages les plus bizarres et les plus forcés. Le naturel est usé pour eux^ ». Le goût français est modeste et borné, les Italiens ont une liberté sans limite. « Ils hasardent ce qu'il y a de plus dur et de plus extraordinaire, mais ils le hasardent comme des gens qui sont en droit de le hasarder, et qui sont assurés du succès. Dans le sentiment qu'ils ont d'être les premiers hommes du monde pour la musique, d'en être les souverains et les maîtres despotiques, ils franchissent ses règles par des saillies téméraires mais heureuses; ils se mettent au-dessus de Fart, mais en maîtres de l'art qui suivent ses lois quand ils veulent, et qui le brusquent aussi quand il leur plaît; ils insultent la délicatesse de l'oreille que les autres n'oseraient toucher qu'en la flattant, ils la bravent, ils la forcent, ils la maîtrisent et l'emportent par des charmes qui tirent assurément leur plus grande force de la hardiesse avec laquelle ils savent s'en servir - ». Ils sont à tel point familiers avec tous les secrets de l'art, (jue toutleur est facile, et l'écriture la plus recherchée est pour eux un simple jeu : un homme qui ne partage pas l'enthousiasme du précédent n'en
1. Racukmît, Parallèle des lUdiciis et des Franniis en ce (jui concerne lu niiisiriiie et les opéras (i^Oi).