I. Génération harmonique, p
comprend que des tierces. Que l'on soumette à cette double opération un texte de musique, et l'on obtiendra une série d'accords parfaits, dont la basse recevra le nom de basse fondamentale. Si on observe les mouvements de cette basse, on reconnaîtra bien vite qu'elle détermine une série de cadences ; c'est-à-dire que chacune de ses notes ne peut être que la tonique, la dominante ou la sous-dominante d'une tonalité déterminée. Ainsi l'on retrouve, sous l'harmonie la plus riche, la plus enveloppée, la plus chargée de dissonances, la clarté, Tordre et la précision, qui sont indispensables à tous les ouvrages de l'esprit. Ainsi la raison est satisfaite; ainsi la nature est observée. Et l'on peut s'en assurer par une analyse exacte, où le sentiment personnel n'entre pour rien. La vérité de la musique peut être démontrée.
Cette vérité intérieure est la première condition, sans laquelle une œuvre ne peut se soutenir. Mais elle ne suffit pas ; une liaison d'accords, un système de cadences, un jeu de modulations, n'a d'intérêt que pour le savant, non pour l'artiste. La fin de la musique n'est pas en elle-même : un plan bien suivi lui est indispen-
sable, un sujet ne lui est pas moins nécessaire. Sur ce point Rameau n'a jamais varié : « l'école où il n'est question que de notes, et rien de plus ^ », n'a jamais été son école. Il estime « qu'un bon musicien doit se livrer à tous les caractères qu'il veut dépeindre, et, comme un habile comédien, se mettre à la place de celui qui parle ; se croire être dans les lieux où se passent les différents événements qu'il veut représenter, et y prendre la même part que ceux qui y sont le plus intéressés" ». Le devoir de l'artiste, c'est de sortir de soi ; l'objet de la musique, d'imiter la vie dans toute la variété qu'elle peut offrir. L'abbé du Bos a écrit tout un livre sur le mot d'Horace : ut pictura poësis ^. Rameau y souscrirait volontiers, pour sa part. Il veut des portraits fidèles, des traits justes et frappants, une ressemblance éclatante.
Pour y parvenir, l'exercice et la méditation ne sont pas moins nécessaires que le talent. Le musicien qui n'a que du goût n'excelle que dans « les genres relatifs à son tempérament "^ » ; celui qui n'entend pas rester enfermé en lui-
I. Lettre à Houdar de la Motte, Voir plus haut, p. 29. 1. Traité de l'harmonie^ p. i43.