‹ RameauChapitre 62 sur 89 · I. Dissertation... par M. de L · texte numérisé non relu

I. Dissertation... par M. de L

a. Raguenet, /*<?r«^/è/e.

Enfin, la mélodie victorieuse va devenir le sujet même de la composition musicale, qui prendra dès lors une forme nouvelle. Au lieu de partir d'un certain ton pour y revenir après s'être élevé à la dominante, ce qui est la forme dite binaire, l'air exposera d'abord un certain chant, puis le reprendra après l'avoir quitté : c'est la forme ternaire ou à reprise, qui à la fin du xvii^ siècle règne sans rivale en Italie . La deuxième partie est à cette époque en rapport très étroit avec la première, qu'elle se contente souvent de faire passer à d'autres tons ou bien à un autre mode. Peu à peu elle prendra plus d'indépendance : quand elle aura son chant particulier, l'air à reprise sera devenu le lied, autrement dit Tandante de la symphonie classique.

Pour faire à la mélodie une entrée plus solennelle, il arrive aussi qu'on l'annonce à l'avance, en n'en montrant d'abord que le commencement : cette sorte d'emphase est particulièrement chère à Alessandro Scarlatti. Elle devient aussi fort à la mode, au point de mériter l'ironie de B. Marcello ^ : « Le maestro moderne coupera le sens et la signification des paroles, surtout dans les grands airs, en faisant chanter par Tartiste le premier vers (bien que ce vers seul ne signifie

I. Le théâtre à la mode {vers l'j 20), traduction David, p. 69. Laloy. \o

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rien par lui-même), puis en introduisant aussitôt une longue ritournelle pour les violons ou les violes ».

L'opéra italien, on le voit, a déjà ses travers. Si cependant on le compare à l'opéra de Lully, le doute n'est pas possible : la musique y est mieux "traitée. C'est elle qui en fait l'agrément principal, et tout est disposé pour elle. Chez Lully, elle se contente de prendre part à la cérémonie, d'y jouer son rôle, qui n'est pas le premier : les vers du poète passent d'abord, les machines et la danse rivalisent avec elle pour l'émerveillement du spectateur. Les Italiens n'ont cure d'entendre exactement les paroles, d'en respecter le sens, l'accent : il leur suffit que Tair soit beau. Aussi sont-ils peu exigeants pour leurs poèmes; de l'aveu même de leurs partisans, ce sont de « pitoyables rapsodies sans liaison, sans suite, sans intrigue », des « canevas fort minces et fort maigres » ; et l'on convient qu'un opéra « fait ainsi de morceaux rapetassés et de pièces recousues ne saurait constamment être mis en parallèle avec les nôtres, qui sont des ouvrages d'une suite, d'une justesse et d'une conduite merveilleuses »^ A vrai dire, ce ne sont que des recueils d'airs, reliés entre eux par

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