I. Histoire du théâtre de V Opéra en France, t. I, p
au musicien. Au temps de Quinault, c'est un petit malheur; au temps de La Motte, c'est un dommage ; au temps de Gahuzac, c'est une humiliation. Les morceaux de symphonie, au contraire, ouvertures, parties descriptives, et airs à danser, sont à la volonté du compositeur. Lully s'y montre encore très prudent, très économe de m-usique, et cependant y gagne une renommée incomparable. Ses adversaires eux-mêmes en conviennent. François de Callières ^ avoue que ses airs de ballet « sont d'une cadence vive et animée et... contribuent beaucoup à la perfection de la danse oii la nation française excelle sur toutes les autres », et l'abbé Raguenet- loue ces chœurs, airs de ballet et autres divertissements « en quoi nos opéras l'emportent infiniment sur ceux des Italiens ». Les successeurs de Lully iront plus loin, parce qu'ils oseront davantage. La gloire de l'opéra du xviii® siècle est dans ses danses, bien plus éloquentes que ses chants, dans ses airs de sommeil, ses tempêtes ou ses divertissements pastoraux, qui concourent à Tillusion du décor et sont, bien plus que lui, évocateurs de l'impossible. Il ne faut pas voir dans une œuvre de ce genre une action tragique à tout moment
1. Histoire ooétique de la guerre récemment survenue entre les Anciens et les Modernes (1688).