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artiste avant que d'être homme. C'est pourquoi il ne peut dissimuler que peu lui importe de savoir si Hippolyte est digne d'Aricie, si Dardanus ne sera pas puni pour son fol amour, et si même Pollux rendra Castor à la lumière, lorsqu'il est à la fois son frère et son rivale Le seul sentiment humain qu'il connaisse, c'estla mélancolie ; c'est le seul qu'il exprime avec bonheur ; on peut citer l'air funèbre de Télaïre, dans Castor et Pollux^ le chant sombre et résolu de Thésée, Puisque Pluton est inflexible^ dans Hippolyte, ou encore l'air d'Anténor dans Dardanus, Monstre affreux, où respire un courage désolé. On reconnaît cette tristesse, restée au fond de son cœur, mais devenue héroïque.
Il est d'autres occasions où la voix n'assume qu'un rôle décoratif: des airs de danse, en assez grand nombre, sont chantés. Aussi Rameau retrouve pour eux toute sa grâce, sa verve et sa poésie. En réalité ces airs font partie de la symphonie ; le plus souvent même leur mélodie a
I. De là son indifférence pour les paroles. Decroix rapporte [Biographie Michaud) qu'il se serait fait fort de mettre en musique la Gazette de Hollande, et il raconte aussi [Ami des Arts) qu'à une répétition des Paladins, une actrice ayant voulu ralentir un mouvement en faveur du débit, Rameau lui répliqua vertement : « Peu importe qu'on entende vos paroles, si on entend ma musique. » Aucun de ces deux traits n'est certain, mais ils sont tous deux vraisemblables. Si Rameau s'est contenté de si médiocres poèmes, c'est qu'il ne se sentait pas intéressé à ce qu'ils fussent meilleurs.
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été exposée par les instruments, avant de prendre des paroles, d'être, comnr.e on dit alors, « parodiée ». On sent que le musicien n'a plus été gêné par les mots, ni par une situation particulière. Pour une raison pareille, il réussit mieux les chœurs que les airs de chant ; le sentiment ici .se généralise, dans la mesure même où les voix s'associent. Les intérêts particuliers s'effacent, il ne reste qu'une couleur, un caractère de triomphe ou de deuil, de joie ou d'innocence, de majesté ou de moquerie, qu'il faut peindre ; et Rameau y arrive par Temploi judicieux et raisonné de toutes les ressources de son art. Il se souvient ici qu'il a été maître de chapelle jadis ; il sait employer à propos les figures du contrepoint, les imitations enjouées ou menaçantes, les accords larges ou déchirants. On peut voir, au premier acte de Castor et Pollux, comment la vivacité des voix qui se répondent, aux mots Le cri de la vengeance, s*oppose à leur déploration unie, sur ce refrain : Qu'une ombre plaintive en jouisse ; dans Hippolyte^ le premier trio des Parques, aux harmonies creuses et lugubres ; dans Platée, le chœur Que nos voix retentissent, où de longues tenues, passant d'une partie à l'autre, nourrissent la sonorité, ou enfin, dans la même pièce, ces joyeuses interjections, Quoi? Quoi ? qui s'entrecroisent en rythmes contraires, se
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choquent en accords serrés. Ici encore le symphoniste reparaît. Il se montrerait plus libre, si la médiocrité des chanteurs ne l'arrêtait. Le second trio des Parques, à'Hippolyte et Aricie, auquel il tenait beaucoup, a dû être supprimé \ à cause des modulations enharmoniques. C'est une leçon qu'il n'oublie pas. A l'orchestre seul il confie sa pensée entière, et il en obtient, non sans peine d'ailleurs, la suffisante interprétation. Ici tous sont d'accord. Diderot lui-même pense que « ses airs de danse dureront éternellement^ », et Rousseau n'y contredit pas quand il est dans son bon sens. Ghabanon ne craint pas d'écrire ^ : « Rameau, comme symphoniste d'opéra, n'eut jamais de modèle ni de rival, et nous ne craignons pas d'affirmer hautement qu'après toutes les révolutions que l'art pourra subir, lorsqu'il sera porté à sa plus haute perfection par quelque peuple que ce soit, alors même ce sera beaucoup faire que d'égaler notre artiste dans cette partie et de mériter d'être placé à côté de lui ». Ce magnifique éloge paraît mérité; du moins rien, aujourd'hui encore, n'y contredit. Les airs de danse et les morceaux descriptifs de Rameau brillent d'une splendeur inaltérée. Le temps, qui