I. Voir plus haut, p
a. Le neveu de Rameau.
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a fait tort à tant de gloires, semble avoir ajouté çncore à leur beauté, y effaçant ce que les contemporains y voyaient de hardi , la rendant plus claire et plus harmonieuse. De toutes ces compositions, rien n'a vieilli, alors que Beethoven, Schubert, Berlioz, Liszt, Wagner et César Franck nous montrent tant de pages ou de phrases surannées. Rien ne perd aussi tôt sa fraîcheur qu'une eftusion lyrique, fût-elle la plus touchante du monde, parce que rien ne change plus rapidement que nos manières de vivre. C'est en s'abstenant de paraître en son œuvre que Rameau lui a assuré les plus grandes chances d'immortalité.
La clarté, la précision, le relief, voilà ce qui saute aux yeux d'abord. Ceux qui, sur la foi de ses adversaires, chercheraient des obscurités dans les symphonies de Rameau, pourraient chercher longtemps. Il est inconcevable qu'on ait pu y découvrir un « chaos » ^, ou encore une mécanique savante et dépourvue d'expression ^ : c'est un bien grand mystère qu'une
1. Rousseau, Lettre sur la musique française. Œuvres, éd. Petitain, VI, p. i58.
2. Voir le passage de Rousseau, cité plus loin, p. 207. Grimm [Correspondance littéraire, mars 1760) nous informe
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oreille encyclopédiste. Aucun Italien, à aucune époque, n'a tracé la mélodie d'une main aussi ferme, ne l'a conduite avec cette assurance, ne l'a mise au premier plan avec cette décision. C'est en cela peut-être que Rameau a suie mieux profiter de la mode nouvelle et en comprendre les leçons : il n'était pas dans le goût français de parler si fort; la mélodie, même chez Destouches, même chez François Gouperin, est modeste et discrète; elle indique, souvent avec une délicatesse rare, elle se garde d'être explicite ; quelques notes, quelques gestes lui suffisent; tout ce qui est extrême lui est interdit; elle craint égalementde précipiter son allure ou de la ralentir à l'excès, de faire de trop grands pas ou de diminuer ses intervalles jusqu'aux subtilités du chromatique. Même lorsqu'elle n'est faite que pour le jeu des instruments, elle se souvient encore du style vocal français et de son impérative simplicité. Rameau ne craint rien : ni ceux qui ne peuvent entendre 32 notes à la mesure ^, ni ceux que blessent deux ou trois demi-tons de
qu'il « aimerait mieux avoir fait un air de Hasse ou de Buranello que tous les ouvrages ensemble de ce prétendu premier musicien de la Terre ».
I, Lecerf de la Vieville était dans ce cas. Comparaison^ dans BoNNET-BouRDELOT, III, p. io8 : « Vous ne sauriez croire combien il est effrayant de voir Sa notes en une seule mesure. »
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suite \ ni ceux que contrarie un mouvement trop prononcé. Ce que les vieux Français pourraient lui reprocher, c'est une exubérance et une vivacité qui sentent leur Italie. En effet, il a réalisé pour la symphonie ce que Ghabanon désirait pour le chant : il l'a délivrée du récitatif et lui a donné de véritables airs.
Mais il y a, entre les Italiens et lui, cette grande différence que la virtuosité lui est inconnue. Si la mélodie se couvre d'ornements parfois, ce n'est pas pour le plaisir d'être belle, c'est pour imiter le rire, ou le ramage des oiseaux. Si elle a recours aux traits les plus rapides, ce n'est pas pour faire valoir un coup d'archet victorieux, c'est pour donner une idée d'animation. Et si elle descend par degrés chromatiques, ce n'est pas pour se parer d'une harmonie fine et cachée : c'est pour pleurer la mort d'un héros. Chez les Italiens, elle ne cherche qu'à plaire, à étonner ou à divertir; chez Rameau, elle a toujours un sens : c'est une image, non un jeu.
Pour peindre, elle est sans rivale ; il suffit qu'elle paraisse, et d'un coup tout le tableau se dessine. Voici le sommeil de Dardanus, enchanté de songes heureux :
I. Lecerf dans Bonnet, III, p. 87. « Faire de la chromatique aujourd'hui est faire un chant qui va montant ou descendant toujours de demi-ton en demi-ton. Et quand les Italiens y sont une fois, Dieu sait combien ils eu enfilent ! »
Daudanus, Acte IV, Sommeil : rondeau tendre.
et rhéroïsme vainqueur des compagnons de PoUux :
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i jijj'j'Mijj fifi'rraj
Castor ET Pollux, Acte 1, Marche: grave et fier.
la délicate langueur des plaisirs :
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Dardanus, Prologue, Air gracieux pour les Plaisirs.
la douceur des ombres heureuses, mélancolique et voilée de lumière :
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Castor et Pollux, Acte IV, Air pour les Ombres : doux et gracieux.
la majesté terrible du royaume infernal :
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Castor et Pollux, Acte III, i®"" air des Démons : vivement.
Et tous les aspects de la nature, les ténèbres de l'orage comme la sérénité du ciel et des eaux, ou les caresses du zéphir qui joue avec les fleurs :
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