Voir au Musée du Louvre, salle civile, armoire H
Princesse égyptienne en p'alanquin, d’après Wilkinson
Derrière la reine se succédaient, sur deux longues lignes parallèles, les princes et les princesses du sang, les rois vassaux et les dignitaires du sacerdoce et de l’armée. Des détachements de celleci, régulièrement alignés en peloton sous leurs chefs et leurs étendards respectifs, terminaient le cortège, que la longue avenue de sphynx et de béliers, conduisant des bords du fleuve à la principale entrée du temple, ne put contenir tout entier.
Devant l’édifice sacré, dont les profondeurs de granit retentissaient de sons mystérieux et solennels, la musique guerrière fit silence, la pompe royale s’arrêta. Les portes d’airain, placées entre les grands pylônes, livrèrent passage à une longue suite de chœurs sacerdotaux allant au devant de Meïamoun : c'étaient les desservants de tous les grands temples de l’empire, de tous les cultes locaux que le temps, les conquêtes et la politique des législateurs, avaient hiérarchisés sous la divinité thébaine. Ils appor-
taient au nouveau fils qu’Ammon adoptait en ce jour les bénédictions de leurs dieux; bien plus, ils lui apportaient ces dieux eux-mêmes. Des baris ou barques sacrées, soutenues sur les épaules de dixhuit ou de vingt-quatre prêtres, suivant l’importance du personnage divin représenté sur la poupe et la proue de chacune d’elles, contenaient de petits naos ou tabernacles, soigneusement voilés d’un épais tissu d’argent et d’or. Là, à l’abri de tout regard profane, étaient censés renfermés ces grands dieux descendus de l’Arie védique sur la terre de Kémi, à des époques successives et ignorées : Ph-t-ah \ Ph-Ra1 2, Djom3, Sevek4, Asiri3, et ces autres conceptions locales, moitié monstres, moitié mythes, que les pontifes éducateurs de l’Éthiopie avaient greffés sur les fétiches grossiers des Koushites, premiers habitants de la vallée du Nil, et qui toutes se résumaient en des familles divines, analogues à la grande triade initiale de Thèbes.
A mesure que chaque bari défilait processionnellement devant Meïamoun, les prêtres qui la por-