Tacite, Annales, liv. II, ch. lx
Hérodote, qui devança Germanicus de plus de quatre cent cinquante ans sur les bords du Nil, et Tacite d’au moins cinq siècles dans l’histoire, rapporte aussi, d’après le dire des prêtres : « Que Sésostris (Ramsès II), après la soumission de l’Éthiopie, marcha avec une nombreuse armée à la conquête de l’Asie, et subjugua tous les peuples qui se trouvèrent sur sa route, en ayant soin, après chaque victoire, d’ériger des stèles sur lesquels une inscription relatait les détails du combat, le nom de sa patrie et le sien.... En parcourant ainsi le continent, il passa d’Asie en Europe, et soumit les Scythes et les Thraces; mais je ne pense pas, observe l’historien, qu’il ait pénétré plus avant dans cette direction ; car si on trouve encore chez ces derniers peuples les trophées qu'il y fit élever, on n’en rencontre plus au delà.
« Revenant sur ses pas, il s’arrêta sur les bords du Phase: mais je ne vois pas clairement si ce fut volontairement qu’il y laissa une partie de son
armée pour coloniser le pays ; ou si des détachements de ses soldats, las et épuisés de leurs longues marches, s’y fixèrent malgré lui....
« Quoi qu’il en soit, il paraît constant que les Colches sont Égyptiens d’origine. Je soupçonnais ce fait, d’autres m’en avaient parlé, j’ai voulu m’en assurer par moi-même. Je puis affirmer que les deux peuples ont gardé l’un de l’autre des souvenirs, beaucoup plus vivaces cependant chez les Colches que chez les Égyptiens.... Ces nations ontégalement la peau noire et les cheveux crépus.... pratiquent la circoncision, vivent de la même manière, cultivent et travaillent le lin de la même façon, enfin parlent la même langue. »
Hérodote ajoute que la plupart des monuments que Sésostris avait fait élever en commémoration de ses victoires n’existaient déjà plus de son temps; mais que, toutefois, il en avait vu par lui-même jusqu’à trois (on les a retrouvés de nos jours aux lieux indiqués) : un dans la Palestine de Syrie , et les* deux autres dans l’Ionie, sur les routes d’Ephèse à Phocée, et de Smyrne à Sardes. « Chacun de ceux-ci, sculpté en relief dans une paroi de rocher, représente un guerrier de cinq coudées de haut, tenant de la main droite un javelot et de la gauche un arc : le reste de son armure est pareillement
égyptien et éthiopien. Il porte sur la poitrine, d'une épaule à l’autre, une inscription en caractères sacrés, ainsi conçue : « C'est moi qui ai conquis ce pays « par la force de mon bras h »
Strabon, que sa naissance dans l'Asie Mineure et ses longs voyages en Orient, mirent à même de contrôler de ses yeux les assertions du père de l'histoire , déclare que les routes suivies par Ramsès-Sésostris avaient été jalonnées de colonnes, d’inscriptions, de bas-reliefs et de temples commémoratifs1 2.
Les grandes pages historiques d’Ibsamboul, de Louqsor et de Karnac, confirment dans la plupart de leurs détails, sans en infirmer un seul, les témoignages précédents des deux grands historiens de la Grèce et de Rome, et du savant géographe d’Amasie. Seulement on ne doit pas s’attendre à retrouver dans les inscriptions lapidaires les ethniques de peuples et d'empires énumérés dans le texte de ces écrivains. L’ethnographie du temps de Ramsès n'a transmis que bien peu de noms à celle des époques hellénique et romaine. Si des appellations comme Louki et Naharaïn peuvent s’y traduire sans peine par Lyciens et Mésopotamie, les nomades d’Arabie