Voir l’appendice i
interroger sur ce sujet controversé les tombes des Pharaons, creusées dans la chaîne Libyque, au couchant de Thèhes, du vivant même des princes dont elles furent les dernières demeures.
La perfection des décors, le fini du travail dans chacune d’elles, sont en raison de la durée du règne de l’hôte qu’elle a attendu. Mais sur les parois de toutes celles auxquelles le temps a permis de mettre la dernière main, à dater de ladix-neuvième dynastie 1 , l’artiste mystique a ciselé et peint les images des principales fractions de la race humaine connues de son époque.
Guidées par Horus, le Dieu pasteur des peuples, elles sont rangées généralement en quatre groupes, correspondant aux divisions du monde d’alors. Le plus éloigné du dieu se compose de sauvages de haute taille, blonds ou roux de poils, aux yeux bleus, aux traits droits ou légèrement arrondis. Tatoués et couverts de la dépouille des aurochs et des ours , tels enfin que devaient apparaître dans la suite des temps aux Romains et aux Grecs épouvantés les Gaulois et les Cimbres, ces tard-venus de notre Europe, tels, quinze siècles avant notre ère,
]. La dix-neuvième seulement. Les connaissances géographiques que ces peintures supposent, ne paraissent pas avoir existé plus tôt. Ceci est bon à constater.
les ancêtres mêmes de Rome et d’Athènes, les vieux Pélasges, apparaissaient à la docte Égypte, qui les nommait Tamhous.
Dans le groupe qui les précède, éclatent tous les caractères du type nègre, dans ses variétés les plus dégradées; les légendes leur donnent le nom de Nahazis.
En avant de ceux-ci sont les représentants de l’Asie. Leur teint jaune et basané, leur nez aquilin ou bombé, leur barbe noire, pointue chez les uns, large et bouclée chez les autres, leurs vêtements de coupe et de couleurs variées, désignent des membres de la branche araméenne : Arabes, Hébreux et Assyriens. Parmi ces fils de Sem, figurent sur quelques parois des Mèdes et des Ioniens. Tous sont compris dans la dénomination générale d’Aâmous.
Enfin, tout auprès de la divinité et comme spécialement protégés par elle, des individus de couleur rouge sombre et de taille élancée, ayant la physionomie douce et régulière, l’œil bien fendu, le nez droit, l’angle facial ouvert, portent la chevelure nattée ettdes vêtements blancs. Le nom de Rut-n- Rom (le germe ou la race des hommes) dont ils sont décorés, désigne assez les riverains du fleuve sacré : les Égyptiens.
0r 4 les caractères typiques qui leur sont ici affec-
tés, identiques sur tous les monuments, vérifiés sur des milliers de momies d’époques diverses, ne se retrouvent guère chez les Coptes, leurs descendants abâtardis. Au sein du mélange confus de toutes les nations qui se sont succédé en Égypte, les Coptes ont mieux retenu l’idiome que le sang de la vieille race 1 .
Celui-ci, dont on peut suivre les traces sur des points nombreux du continent africain, se retrouve dans sa pureté originelle chez deux peuples du bassin du Nil, séparés par un long intervalle : les Abyssins des hauts plateaux et les Barabras de la basse Nubie, abrités qu’ils ont été, ceux-ci par la pauvreté, ceux-là par la force naturelle de leur sol, des invasions des conquérants et du courant des migrai ions, qui, dans la suite des siècles, ont passé entre eux en les isolant; rameaux congénères d’un tronc qui n'est plus.
1. Champollion, Lettres sur ï Égypte et la Nubie. — Larrey, Mémoires dans la description de l'Égypte. — Caillant!, voyage à Méroé et au fleuve blanc. — Trémeaux, voyage en Nubie, etc.
Si la logique des inductions nous amène plus d’une fois, dans la suite de ce récit, à admettre des extraits de Manéthon parmi les bases historiques, il ne faudrait pas en inférer que nous sommes disposés à accorder à tout ce qui reste de ce vieil annaliste, et surtout à ses listes de rois et de dynasties, une autorité analogue.
Nous n'avons point à rechercher si ce prêtre égyptien, chargé de recueillir en langue grecque les traditions nationales, enfouies dans les archives sacerdotales de sa patrie, fut ou ne fut pas à la hauteur de sa mission. Des trois volumes qui composaient son livre, quelques fragments noyés dans des compilations postérieures, et des listes de rois revues, corrigées, abrégées par le zèle monacal des chrétiens des premiers ûges, étant malheureusement seuls venus jusqu’à nous, il serait injuste de le rendre entièrement responsable de toutes les contradictions de temps, défaits, déchiffrés, ainsi que des doubles emplois que renferment ces divers fragments.
Mais, si Ton considère le désaccord complet qui existe entre tous ces documents d’origine commune et ceux où Hérodote avait puisé deux siècles auparavant; mais, si l’on pèse les dissidences par lesquelles ils sont séparés de la source antique qui dut servir à les alimenter, et qui, conservée jusqu’à nous sous le nom de Vieille chronique, ne fait figurer que pour quatre cent quarante-trois ans les quinze premières dynasties, auxquelles Manéthon attribue quarante ou cinquante siècles, on devra convenir, avec l’un des plus judicieux scrutateurs de l’antiquité, qu’il est peu probable qu’un prêtre égyptien, compilant avec les préjugés de sa caste, en langue étrangère, et pour un roi d’origine barbare à ses yeux, les traditions d’une nationalité expirante, éparses dans des monuments d’attributions diverses et souvent rivales, ait été doué particulièrement de cet esprit de critique , sans lequel l’histoire retombe dans la légende, et qui a manqué presque entièrement aux anciens 1 .
On trouvera k la suite de cette étude le résumé fidèle des listes de Manéthon, telles qu’elles sont sorties des mains de Jules l’Africain, d’Eusèbe et du Syncelle ; telles aussi que Champollion et ses succes-