TRIOMPHE DES PKKIPATÉTIC1ENS
d'un côté h VArrêt burlesque de Boileau, où la raison étant proscrite au nom d'Aristoto, on lui fait défenses expresses de troubler ou d'inquiéter ce très haut, très ml miré et très peu entendu philosophe « dans la possession des écoles où ladite Raison n'a jamais été admise ni agrégée '? » Ce n'est pas que nous prétendions effacer l'odieux de pareilles persécutions, si peu de mise dans la république des lettres; mais ne savons-nous pas que la liberté, comme tous les biens d'ici-bas, ne peut être acbetée qu'au prix des plus grandes épreuves"? Nul n'a mieux connu cette vérité que notre philosophe. Cependant, sa patience parait avoir été ébranlée en cette circonstance. Il ne subit pas sa condamnation sans en témoigner quelque ressentiment (non sine stomacho, dit Orner Talon), et plus tard il rappela dans plusieurs de ses écrits ce qu'il lui en avait coûté pour avoir voulu introduire dans les écoles de Paris la sagesse socratique. «J'avais entrepris, dit-il quelque part, de faire connaître la philosophie de Socrate, et il se trouva que j'avais attiré sur moi du même coup le malheureux sort de ce philosophe. Pour lui ressembler de tout point, il ne m'a manqué que la ciguë '. » lit ailleurs : « Ce socralisme lui trouvé si nouveau et si estrange, que je fus joué et farce par toute l'université de Paris, puis condamné pour ignorant, impudent, malicieux, perturbateur et calomniateur. La langue et les mains me furent liées par cesto mesme condamnation, en mt$c qu'il ne m'estoit loisible de lire ni escrire, ni publiquement ni privément Voilà ie sommaire du jugement aristotélique mis jà par diverses fois en lumière par maistre Jac-
' Schola malheinalicaj (1566), 1. III mil,, p. 74.
VIE DE RÀMUB.
ques Charpentier, aflin qu'une telle histoire et si incroyable ne fust éteinte et abolie de In mémoire des hommes '. »
Tandis que la plupart des péri pale tic Sens laissaient éclater une joie indécente, quelques-uns regrettaient que le roi se fût contenté d'une peine si douce. Voici ce que dit Jacques Charpentier, avec sa violence ordinaire, dans tin de ses pamphlets contre Ramua : « Ce .n'était pas assez d'un perpétuel silence pour un homme si bavard et qui donnait des marques si évidentes de folie. C'est un exil perpétuel qu'on aurait dû lui infliger*. » Plusieurs historiens, prenant il la lettre quelques passages de Nancel, d'Orner Talon et de Ramus lui-même où il est question d'exil en termes vagues ou métaphoriques, ont prétendu qu'il avait éle banni à perpétuité Ces écrivains ont pris pour une réalité ce qui ne fut qu'un vœu de quelques fanatiques. Au reste, on a lieu de croire que P. Danès avait volé dans le jury pour l'exil et le bannissement : c'est Génébrard qui lui attribue cette proposition dans sou Oraison funèbre (I. c, p. 90, 92); et il ajoute que « cette grande lumière des lellres avait sagemenl et justement condamné cet ignorant à un exil perpétuel de celle université de Paris. » Il paraît même qu'il fui question de prononcer contre Ramus une peine beaucoup plus grave encore, et telle qu'on la réserve aux plus insignes malfaiteurs. C'est Pierre Galland, témoin peu suspect, qui raconte ce fait incroyable dans la vie de Pierre DuCbastel 1 :
1 Bernons Irance au conseil priva , «le. , p. ÏS.
i Animadv. in Dialcct. instit. P. Rami, toi 13 r.
» Féliblen , Hist. Ûo la ville de Paris, t. Il, p. 9B7 ; etc.
* P. Castellani vila (Paris, MIL Balnie, iB7(, in-8"), g XXV, p. 7J-